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Réunis à Dakar le 17 octobre 2026, les représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont convenu de mettre en place des groupes de travail conjoints en vue de l’élaboration d’un accord-cadre de coopération. Cette reprise du dialogue soulève une question fondamentale : jusqu’où le Mali, le Burkina Faso et le Niger peuvent-ils construire leur autonomie en dehors de la CEDEAO, alors que leurs économies et leurs enjeux sécuritaires restent étroitement liés à ceux de leurs voisins ?. Le dialogue reprend entre les deux organisations régionales. Après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif en janvier 2025, les discussions s’orientent désormais vers la définition de nouvelles modalités de coopération. À l’issue de la rencontre de Dakar, les deux parties ont convenu de créer des groupes de travail thématiques chargés de mener des échanges techniques en vue d’un accord-cadre. Les conclusions de ces travaux seront soumises aux ministres lors d’une prochaine session, dont la date et le lieu restent à déterminer. À ce stade, aucun accord définitif n’a donc été conclu. En quittant la CEDEAO, les trois pays sahéliens ont affirmé leur volonté de reprendre en main leurs choix politiques, économiques et sécuritaires. Mais au-delà des discours sur la souveraineté, une question demeure : la construction d’un espace confédéral peut-elle, à elle seule, répondre aux besoins économiques et sécuritaires des populations ? Une souveraineté politique confrontée aux interdépendances économiques Depuis sa création en 2023, l’AES s’efforce de renforcer la coordination entre ses trois membres, notamment dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l’assistance mutuelle. Cette coopération constitue l’un des piliers de leur stratégie d’autonomie. Cependant, l’indépendance politique ne garantit pas l’autonomie économique. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont des pays enclavés, dont les importations et les exportations dépendent largement des corridors terrestres reliant leurs territoires aux ports des pays côtiers. Le retrait de la CEDEAO ne modifie ni cette réalité géographique ni les contraintes logistiques qui en découlent. Les économies sahéliennes restent tributaires de la fluidité des échanges avec leurs voisins, notamment pour l’approvisionnement en produits de première nécessité, en carburant et en équipements. L’AES peut certes diversifier ses partenariats et développer des accords bilatéraux. Mais elle doit encore relever plusieurs défis : garantir la continuité des transports, limiter les surcoûts logistiques, sécuriser les axes commerciaux et préserver les échanges transfrontaliers. La question n’est donc pas seulement de savoir si les trois pays peuvent s’affranchir des structures de la CEDEAO, mais aussi s’ils disposent des moyens nécessaires pour réduire leurs vulnérabilités économiques sans pénaliser leurs populations. La sécurité, un autre test pour l’AES Le défi sécuritaire demeure tout aussi déterminant. La coopération militaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger répond à une menace qui dépasse largement les frontières nationales. Pourtant, la persistance des violences armées au Sahel interroge la capacité des trois États à protéger durablement leurs populations et à stabiliser leurs territoires. La coordination entre les forces de défense, le partage de renseignements et la sécurisation des frontières restent des priorités. Or, les groupes armés et les réseaux criminels continuent d’opérer dans plusieurs zones du Sahel, sans se limiter aux frontières de l’espace confédéral. Dans ce contexte, la coopération avec les pays voisins demeure essentielle, même lorsque les relations politiques sont tendues. Les menaces transfrontalières ne disparaissent pas avec les ruptures institutionnelles. Elles exigent, au contraire, des mécanismes de concertation capables de dépasser les divergences diplomatiques. Pour l’AES, l’enjeu consiste ainsi à démontrer que sa stratégie sécuritaire peut produire des résultats concrets. La mutualisation des moyens militaires ne saurait, à elle seule, constituer une garantie de stabilité si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration durable de la sécurité des populations. Dakar : une reprise du dialogue, pas une réconciliation La rencontre du 17 octobre à Dakar constitue une étape diplomatique importante. Elle ne signifie toutefois ni un retour de l’AES au sein de la CEDEAO ni une réconciliation politique entre les deux organisations. Les parties ont plutôt choisi d’explorer les possibilités d’un cadre de coopération dont les contours restent à définir. Les groupes de travail devront préciser les domaines d’intérêt commun ainsi que les modalités pratiques d’un éventuel partenariat. Les questions commerciales, la circulation des personnes et la coopération sécuritaire figurent parmi les principaux enjeux susceptibles d’être abordés. Cette démarche met en évidence une réalité difficile à contourner : malgré la rupture institutionnelle, les intérêts économiques et sécuritaires continuent de rapprocher les deux espaces régionaux. Pour la CEDEAO comme pour l’AES, le défi est de préserver les intérêts communs sans renoncer à leurs orientations politiques respectives. La reprise des discussions montre que la séparation institutionnelle ne suffit pas à effacer des années d’interdépendance économique, sociale et sécuritaire. Reste à savoir si cette ouverture diplomatique débouchera sur des engagements concrets. La création de groupes de travail constitue une avancée dans le processus de dialogue, mais elle ne garantit pas, à elle seule, des résultats tangibles pour les populations. L’AES peut-elle tenir sans la CEDEAO ? La réponse appelle à la nuance. Sur le plan institutionnel, l’AES peut poursuivre sa construction en dehors de la CEDEAO. Toutefois, sa viabilité à long terme dépendra de la solidité de ses mécanismes de financement, de l’intensité des échanges entre ses membres, de la diversification de ses partenariats et de sa capacité à répondre aux défis sécuritaires. Il convient également de distinguer le retrait de la CEDEAO d’une rupture avec l’ensemble des mécanismes d’intégration régionale. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un cadre d’intégration distinct de la CEDEAO. Leur situation ne correspond donc pas à un isolement institutionnel total. Cette appartenance souligne la complexité de leur stratégie : revendiquer une autonomie politique accrue tout en continuant à participer à des mécanismes économiques régionaux indispensables à leurs échanges. Dès lors, la véritable question est moins de savoir si l’AES peut exister sans la CEDEAO que de déterminer si elle peut transformer la souveraineté politique qu’elle revendique en capacités économiques et sécuritaires durables. Une autonomie à mesurer aux résultats La réunion de Dakar ne tranche pas ce débat. Elle montre plutôt que, malgré les divergences politiques et la séparation institutionnelle, le dialogue demeure nécessaire. Pour l’AES, l’épreuve ne consiste pas simplement à démontrer qu’elle peut se passer de la CEDEAO. Elle doit surtout prouver que son projet confédéral peut améliorer concrètement les conditions de vie des populations, renforcer la sécurité et préserver les échanges indispensables au développement de ses membres. De son côté, la CEDEAO devra démontrer sa capacité à maintenir des relations pragmatiques avec ses voisins sahéliens, malgré les désaccords politiques. Au-delà des discours sur la souveraineté, le véritable bilan se mesurera aux résultats : une sécurité renforcée, des échanges commerciaux fluides et une amélioration tangible du quotidien des populations. C’est à cette aune que l’autonomie sahélienne pourra être jugée, bien davantage qu’au nombre de déclarations politiques ou d’accords annoncés..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
Le dialogue reprend entre les deux organisations régionales. Après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif en janvier 2025, les discussions s’orientent désormais vers la définition de nouvelles modalités de coopération.
À l’issue de la rencontre de Dakar, les deux parties ont convenu de créer des groupes de travail thématiques chargés de mener des échanges techniques en vue d’un accord-cadre. Les conclusions de ces travaux seront soumises aux ministres lors d’une prochaine session, dont la date et le lieu restent à déterminer. À ce stade, aucun accord définitif n’a donc été conclu.
En quittant la CEDEAO, les trois pays sahéliens ont affirmé leur volonté de reprendre en main leurs choix politiques, économiques et sécuritaires. Mais au-delà des discours sur la souveraineté, une question demeure : la construction d’un espace confédéral peut-elle, à elle seule, répondre aux besoins économiques et sécuritaires des populations ?
Depuis sa création en 2023, l’AES s’efforce de renforcer la coordination entre ses trois membres, notamment dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l’assistance mutuelle. Cette coopération constitue l’un des piliers de leur stratégie d’autonomie.
Cependant, l’indépendance politique ne garantit pas l’autonomie économique. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont des pays enclavés, dont les importations et les exportations dépendent largement des corridors terrestres reliant leurs territoires aux ports des pays côtiers.
Le retrait de la CEDEAO ne modifie ni cette réalité géographique ni les contraintes logistiques qui en découlent. Les économies sahéliennes restent tributaires de la fluidité des échanges avec leurs voisins, notamment pour l’approvisionnement en produits de première nécessité, en carburant et en équipements.
L’AES peut certes diversifier ses partenariats et développer des accords bilatéraux. Mais elle doit encore relever plusieurs défis : garantir la continuité des transports, limiter les surcoûts logistiques, sécuriser les axes commerciaux et préserver les échanges transfrontaliers.
La question n’est donc pas seulement de savoir si les trois pays peuvent s’affranchir des structures de la CEDEAO, mais aussi s’ils disposent des moyens nécessaires pour réduire leurs vulnérabilités économiques sans pénaliser leurs populations.
Le défi sécuritaire demeure tout aussi déterminant. La coopération militaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger répond à une menace qui dépasse largement les frontières nationales. Pourtant, la persistance des violences armées au Sahel interroge la capacité des trois États à protéger durablement leurs populations et à stabiliser leurs territoires.
La coordination entre les forces de défense, le partage de renseignements et la sécurisation des frontières restent des priorités. Or, les groupes armés et les réseaux criminels continuent d’opérer dans plusieurs zones du Sahel, sans se limiter aux frontières de l’espace confédéral.
Dans ce contexte, la coopération avec les pays voisins demeure essentielle, même lorsque les relations politiques sont tendues. Les menaces transfrontalières ne disparaissent pas avec les ruptures institutionnelles. Elles exigent, au contraire, des mécanismes de concertation capables de dépasser les divergences diplomatiques.
Pour l’AES, l’enjeu consiste ainsi à démontrer que sa stratégie sécuritaire peut produire des résultats concrets. La mutualisation des moyens militaires ne saurait, à elle seule, constituer une garantie de stabilité si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration durable de la sécurité des populations.
La rencontre du 17 octobre à Dakar constitue une étape diplomatique importante. Elle ne signifie toutefois ni un retour de l’AES au sein de la CEDEAO ni une réconciliation politique entre les deux organisations.
Les parties ont plutôt choisi d’explorer les possibilités d’un cadre de coopération dont les contours restent à définir.
Les groupes de travail devront préciser les domaines d’intérêt commun ainsi que les modalités pratiques d’un éventuel partenariat. Les questions commerciales, la circulation des personnes et la coopération sécuritaire figurent parmi les principaux enjeux susceptibles d’être abordés.
Cette démarche met en évidence une réalité difficile à contourner : malgré la rupture institutionnelle, les intérêts économiques et sécuritaires continuent de rapprocher les deux espaces régionaux.
Pour la CEDEAO comme pour l’AES, le défi est de préserver les intérêts communs sans renoncer à leurs orientations politiques respectives. La reprise des discussions montre que la séparation institutionnelle ne suffit pas à effacer des années d’interdépendance économique, sociale et sécuritaire.
Reste à savoir si cette ouverture diplomatique débouchera sur des engagements concrets. La création de groupes de travail constitue une avancée dans le processus de dialogue, mais elle ne garantit pas, à elle seule, des résultats tangibles pour les populations.
La réponse appelle à la nuance. Sur le plan institutionnel, l’AES peut poursuivre sa construction en dehors de la CEDEAO. Toutefois, sa viabilité à long terme dépendra de la solidité de ses mécanismes de financement, de l’intensité des échanges entre ses membres, de la diversification de ses partenariats et de sa capacité à répondre aux défis sécuritaires.
Il convient également de distinguer le retrait de la CEDEAO d’une rupture avec l’ensemble des mécanismes d’intégration régionale. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), un cadre d’intégration distinct de la CEDEAO. Leur situation ne correspond donc pas à un isolement institutionnel total.
Cette appartenance souligne la complexité de leur stratégie : revendiquer une autonomie politique accrue tout en continuant à participer à des mécanismes économiques régionaux indispensables à leurs échanges.
Dès lors, la véritable question est moins de savoir si l’AES peut exister sans la CEDEAO que de déterminer si elle peut transformer la souveraineté politique qu’elle revendique en capacités économiques et sécuritaires durables.
La réunion de Dakar ne tranche pas ce débat. Elle montre plutôt que, malgré les divergences politiques et la séparation institutionnelle, le dialogue demeure nécessaire.
Pour l’AES, l’épreuve ne consiste pas simplement à démontrer qu’elle peut se passer de la CEDEAO. Elle doit surtout prouver que son projet confédéral peut améliorer concrètement les conditions de vie des populations, renforcer la sécurité et préserver les échanges indispensables au développement de ses membres.
De son côté, la CEDEAO devra démontrer sa capacité à maintenir des relations pragmatiques avec ses voisins sahéliens, malgré les désaccords politiques.
Au-delà des discours sur la souveraineté, le véritable bilan se mesurera aux résultats : une sécurité renforcée, des échanges commerciaux fluides et une amélioration tangible du quotidien des populations. C’est à cette aune que l’autonomie sahélienne pourra être jugée, bien davantage qu’au nombre de déclarations politiques ou d’accords annoncés.