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Le 29 mai 2026, Abdoulaye, "Gorgui", "le vieux" en wolof, a eu 100 ans. À cette occasion, le gouvernement sénégalais rend hommage à cette personnalité politique dont l'héritage transcende les divisions politiques les 4 et 5 juin 2026. La commémoration a été décalée, car elle coïncidait auparavant avec l'Aïd el-Kebir – la fête de la Tabaski, l'Aïd el-Adha. Éric Topona.. Des anniversaires, il en est qui ont une dimension symbolique toute particulière. Car ils célèbrent une longévité dont nous ne sommes pas coutumiers. C’est le cas de ces rares personnes qui peuvent revendiquer et s’enorgueillir de l’insigne privilège existentiel d’avoir atteint l’âge de 100 ans. Abdoulaye Wade, l’ancien président sénégalais, est de ceux-là. En effet, le 29 mai dernier, le Sénégal a célébré un autre illustre centenaire comme il sait seul les produire et, au-delà du Sénégal, l’Afrique tout entière, comme ce fut le cas en mars 2021 à l’occasion de la célébration des 100 ans de l’ancien directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Amadou Mahtar Mbow, grand homme de culture et premier Africain à accéder à cette illustre fonction. Abdoulaye Wade, aujourd’hui retiré dans la commune de Versailles (chef-lieu du département des Yvelines dans la région Île-de-France, en région parisienne), est de ces hommes politiques de premier plan dont on peut dire qu’ils ont eu mille et une vies en une seule. Le Gorgui (le vieux en wolof), comme ses compatriotes l’appellent affectueusement, est à la fois témoins de la naissance de l’Afrique moderne et acteurs de sa longue marche vers l’émergence. Contexte historique Il n’est pas possible de cerner l’homme politique qu’aura été Abdoulaye Wade si on ne remonte pas au contexte historique qui a forgé sa conscience militante et son engagement panafricain. Au commencement était la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), créée en 1950, après les congrès de Lyon (avril 1950) et de Bordeaux (décembre 1950). Nous sommes dans la France de l’après Seconde Guerre mondiale. De nombreux Africains, parmi lesquels certains furent sur le front de guerre pour débarrasser l’Europe et le reste du monde du péril nazi, souvent au prix de leur sang, rêvent de voir l’Africain dorénavant reconnu digne des idéaux humanistes pour lesquels il s’est battu. Cette exigence légitime doit se traduire par l’accession à la souveraineté internationale des pays colonisés et l’abandon des préjugés racistes et déshumanisants dont l’homme noir demeure alors victime. Au sein de la FEANF, Abdoulaye Wade sera de ces combats. Brillant étudiant à l’université de Grenoble (1958-1959), il écrit : « L’objectif immédiat doit donc être la libération de l’homme africain, du Négro-Africain, du colonisé, et c’est là le but du nationalisme. » Retour au Sénégal pour un combat politique Toutefois, le sémillant universitaire, qui accumule les titres universitaires tels des clés qui lui ouvriront les portes de l’avenir, est convaincu que le magistère de la parole ne suffira pas pour mener à bien son combat. Comme son compatriote Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Wade décide de retourner au Sénégal pour se lancer résolument dans le combat politique. Il s’illustre tout d’abord par une brillante carrière d’avocat au Barreau du Sénégal. Pour son premier fait d’armes, il assure, en décembre 1963, la défense du président du Conseil du Sénégal, Mamadou Dia, naguère allié politique de Léopold Sédar Senghor, qui l’accuse de tentative de coup d’État. S’il s’investit à son retour au pays natal au début des années 1960 dans la défense des causes à caractère politique, c’est en 1974 qu’il franchira véritablement le pas lorsqu’il crée, le 31 juillet, le PDS (Parti démocratique sénégalais) sous la bannière duquel il sera élu député à l’Assemblée nationale en 1978. Il commence donc sa carrière politique comme député. Néanmoins, conscient de sa haute stature et porteur d’une ambition nationale, il ne tardera pas à se faire à l’idée qu’il est de son devoir citoyen de postuler aux plus hautes fonctions, dans son pays. Cette nouvelle vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Tant s’en faut. Chemin long et sinueux Le chemin long et sinueux qui le mènera jusqu’à l’élection présidentielle victorieuse en 2000 a été jalonné de nombreuses défaites. Ainsi, il sera tour à tour candidat au scrutin présidentiel de 1978 face à Senghor, puis à ceux de 1983, 1988, 1993 et 2000 face à Abdou Diouf, qui aura l’élégance républicaine et démocratique de reconnaître finalement sa défaite. Fait politique rare en Afrique, Abdoulaye Wade n’aura pas connu une carrière politique ininterrompue d’opposant avant son accession à la magistrature suprême. Il a fait des allers-retours entre des gouvernements de cohabitation et l’opposition. Fin stratège, redoutable tacticien, il avait compris qu’il ne lui serait pas aisé d’exercer le pouvoir à la fonction suprême sans avoir été confronté au préalable à la réalité du pouvoir. De l’exercice du pouvoir de 2000 à 2012, le tableau est contrasté. Son départ du pouvoir ne s’est pas fait sans heurts. C’est le moins que l’on puisse dire. L’histoire retiendra que c’est sous Wade, dans un pays présenté comme modèle démocratique en Afrique et où les institutions sont sanctuarisées, qu’est née ce que l’on appelle aujourd’hui la « tentation du troisième mandat ». Il a fallu une mobilisation sans précédent des formations politiques de divers bords, de la société civile, afin qu’Abdoulaye décide de retirer, le 23 juin 2011, son projet controversé de réforme constitutionnelle visant à instaurer un « ticket présidentiel » (élection simultanée du président et du vice-président) et à abaisser à 25 % le seuil des voix pour élire le chef de l’État dès le premier tour. Il n’a pas tenté d’instaurer une succession dynastique, mais ce projet, à peine voilé, visait en réalité à voir son fils Karim Wade lui succéder. En dépit des critiques, il chercha à obtenir un troisième mandat lors de la présidentielle de 2012. Il était donc âgé de 85 ans. À sa décharge, on peut reconnaître que rares sont les carrières politiques qui sont rectilignes.Toutefois, son parcours politique exceptionnel est riche d’enseignements pour les acteurs politiques africains d’aujourd’hui et de demain..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Des anniversaires, il en est qui ont une dimension symbolique toute particulière. Car ils célèbrent une longévité dont nous ne sommes pas coutumiers. C’est le cas de ces rares personnes qui peuvent revendiquer et s’enorgueillir de l’insigne privilège existentiel d’avoir atteint l’âge de 100 ans. Abdoulaye Wade, l’ancien président sénégalais, est de ceux-là.
En effet, le 29 mai dernier, le Sénégal a célébré un autre illustre centenaire comme il sait seul les produire et, au-delà du Sénégal, l’Afrique tout entière, comme ce fut le cas en mars 2021 à l’occasion de la célébration des 100 ans de l’ancien directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Amadou Mahtar Mbow, grand homme de culture et premier Africain à accéder à cette illustre fonction.
Abdoulaye Wade, aujourd’hui retiré dans la commune de Versailles (chef-lieu du département des Yvelines dans la région Île-de-France, en région parisienne), est de ces hommes politiques de premier plan dont on peut dire qu’ils ont eu mille et une vies en une seule. Le Gorgui (le vieux en wolof), comme ses compatriotes l’appellent affectueusement, est à la fois témoins de la naissance de l’Afrique moderne et acteurs de sa longue marche vers l’émergence.
Il n’est pas possible de cerner l’homme politique qu’aura été Abdoulaye Wade si on ne remonte pas au contexte historique qui a forgé sa conscience militante et son engagement panafricain. Au commencement était la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), créée en 1950, après les congrès de Lyon (avril 1950) et de Bordeaux (décembre 1950). Nous sommes dans la France de l’après Seconde Guerre mondiale. De nombreux Africains, parmi lesquels certains furent sur le front de guerre pour débarrasser l’Europe et le reste du monde du péril nazi, souvent au prix de leur sang, rêvent de voir l’Africain dorénavant reconnu digne des idéaux humanistes pour lesquels il s’est battu. Cette exigence légitime doit se traduire par l’accession à la souveraineté internationale des pays colonisés et l’abandon des préjugés racistes et déshumanisants dont l’homme noir demeure alors victime. Au sein de la FEANF, Abdoulaye Wade sera de ces combats. Brillant étudiant à l’université de Grenoble (1958-1959), il écrit :
« L’objectif immédiat doit donc être la libération de l’homme africain, du Négro-Africain, du colonisé, et c’est là le but du nationalisme. »
Toutefois, le sémillant universitaire, qui accumule les titres universitaires tels des clés qui lui ouvriront les portes de l’avenir, est convaincu que le magistère de la parole ne suffira pas pour mener à bien son combat. Comme son compatriote Cheikh Anta Diop, Abdoulaye Wade décide de retourner au Sénégal pour se lancer résolument dans le combat politique. Il s’illustre tout d’abord par une brillante carrière d’avocat au Barreau du Sénégal. Pour son premier fait d’armes, il assure, en décembre 1963, la défense du président du Conseil du Sénégal, Mamadou Dia, naguère allié politique de Léopold Sédar Senghor, qui l’accuse de tentative de coup d’État. S’il s’investit à son retour au pays natal au début des années 1960 dans la défense des causes à caractère politique, c’est en 1974 qu’il franchira véritablement le pas lorsqu’il crée, le 31 juillet, le PDS (Parti démocratique sénégalais) sous la bannière duquel il sera élu député à l’Assemblée nationale en 1978.
Il commence donc sa carrière politique comme député. Néanmoins, conscient de sa haute stature et porteur d’une ambition nationale, il ne tardera pas à se faire à l’idée qu’il est de son devoir citoyen de postuler aux plus hautes fonctions, dans son pays. Cette nouvelle vie ne sera pas un long fleuve tranquille. Tant s’en faut.
Le chemin long et sinueux qui le mènera jusqu’à l’élection présidentielle victorieuse en 2000 a été jalonné de nombreuses défaites. Ainsi, il sera tour à tour candidat au scrutin présidentiel de 1978 face à Senghor, puis à ceux de 1983, 1988, 1993 et 2000 face à Abdou Diouf, qui aura l’élégance républicaine et démocratique de reconnaître finalement sa défaite.
Fait politique rare en Afrique, Abdoulaye Wade n’aura pas connu une carrière politique ininterrompue d’opposant avant son accession à la magistrature suprême. Il a fait des allers-retours entre des gouvernements de cohabitation et l’opposition. Fin stratège, redoutable tacticien, il avait compris qu’il ne lui serait pas aisé d’exercer le pouvoir à la fonction suprême sans avoir été confronté au préalable à la réalité du pouvoir. De l’exercice du pouvoir de 2000 à 2012, le tableau est contrasté. Son départ du pouvoir ne s’est pas fait sans heurts. C’est le moins que l’on puisse dire. L’histoire retiendra que c’est sous Wade, dans un pays présenté comme modèle démocratique en Afrique et où les institutions sont sanctuarisées, qu’est née ce que l’on appelle aujourd’hui la « tentation du troisième mandat ». Il a fallu une mobilisation sans précédent des formations politiques de divers bords, de la société civile, afin qu’Abdoulaye décide de retirer, le 23 juin 2011, son projet controversé de réforme constitutionnelle visant à instaurer un « ticket présidentiel » (élection simultanée du président et du vice-président) et à abaisser à 25 % le seuil des voix pour élire le chef de l’État dès le premier tour.
Il n’a pas tenté d’instaurer une succession dynastique, mais ce projet, à peine voilé, visait en réalité à voir son fils Karim Wade lui succéder. En dépit des critiques, il chercha à obtenir un troisième mandat lors de la présidentielle de 2012. Il était donc âgé de 85 ans.
À sa décharge, on peut reconnaître que rares sont les carrières politiques qui sont rectilignes.Toutefois, son parcours politique exceptionnel est riche d’enseignements pour les acteurs politiques africains d’aujourd’hui et de demain.
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