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Le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) rejette catégoriquement la condamnation de quinze ans de prison de son dirigeant, Abdoulaye Miskine, prononcée le 9 septembre 2026 par la chambre criminelle de la Cour d'appel de N'Djamena. Dans un communiqué de presse publié le 29 octobre dernier à Gamboula, le mouvement dénonce des irrégularités présumées dans la procédure judiciaire et appelle les organisations internationales de défense des droits de l'homme à suivre attentivement cette affaire. Par Éric Ngarlem Toldé.. L’affaire Abdoulaye Miskine revient dans le débat. Cette fois, c’est le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), son propre mouvement, qui monte au créneau. Dans un communiqué signé par son coordonnateur, le colonel Djimadou Léon, l’organisation exprime son désaccord avec la décision rendue par la justice tchadienne et conteste les conditions dans lesquelles le procès s’est déroulé. Le 9 septembre 2026, la chambre criminelle de la Cour d’appel de N’Djamena a condamné Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, à 15 ans d’emprisonnement pour plusieurs infractions graves, notamment l’association de malfaiteurs, les sévices graves, les actes de torture et l’assassinat. Ses trois coaccusés ont, quant à eux, écopé de dix ans de prison chacun. La juridiction a également ordonné le versement de dommages et intérêts de 30 millions de francs CFA au profit de chacune des parties civiles concernées par le procès. Arrivé au Tchad en novembre 2019, Abdoulaye Miskine est détenu depuis près de sept ans. À l’époque, il voyageait avec plusieurs membres de son état-major. Selon les explications alors avancées par ses avocats, ce déplacement avait pour objectif de solliciter une médiation des autorités tchadiennes dans le cadre de l’accord de Khartoum, signé en février 2019 entre le gouvernement centrafricain et quatorze groupes armés. Les faits examinés par la justice tchadienne remontent, eux, à la période 2002-2003, dans la zone frontalière entre le Tchad et la République centrafricaine. Au cours du procès, les avocats de la défense ont contesté les accusations portées contre leur client. Ils ont notamment soutenu qu’Abdoulaye Miskine se trouvait en exil au Togo au moment des faits qui lui sont reprochés. Ils ont également soulevé la question de la compétence des juridictions tchadiennes à connaître de cette affaire, ainsi que celle de la prescription des faits. Ces arguments n’ont toutefois pas empêché la condamnation prononcée par la Cour d’appel. Le collectif de défense a engagé un pourvoi en cassation le 11 septembre, soit deux jours après le verdict, afin de contester la décision. Le FDPC interpelle N’Djamena sur les conditions de détention Dans son communiqué du 29 octobre, le FDPC estime que les conditions du procès méritent un examen approfondi. Le mouvement rappelle que toute décision privative de liberté doit s’accompagner du respect des droits fondamentaux, notamment des garanties de la défense et du droit à un procès équitable. L’organisation exprime également ses préoccupations concernant l’état physique de son dirigeant. Selon le mouvement et les alertes précédemment formulées par ses avocats, les longues années de détention à la maison d’arrêt de Klessoum auraient considérablement affecté sa condition physique. Le FDPC demande ainsi aux autorités tchadiennes de prendre les mesures nécessaires pour garantir l’intégrité physique, la sécurité et la santé d’Abdoulaye Miskine. Ses conseils auraient déjà sollicité des mesures humanitaires urgentes auprès des autorités de N’Djamena. Les organisations internationales appelées à suivre le dossier Au-delà de sa contestation judiciaire, le mouvement entend internationaliser ses démarches. Il appelle les organisations non gouvernementales et les institutions internationales de défense des droits humains à suivre de près le traitement réservé à son dirigeant. Tout en affirmant ne pas remettre en cause, dans son communiqué, l’autorité des juridictions tchadiennes, le FDPC réclame le respect des garanties légales et conteste les fondements de la condamnation du 9 septembre. Son coordonnateur, le colonel Djimadou Léon, réaffirme par ailleurs l’engagement du mouvement en faveur de la paix et du dialogue politique. Il assure que la contestation de la peine se poursuivra par des voies légales et diplomatiques auprès des instances compétentes de la région. L’affaire Abdoulaye Miskine est donc loin d’être close. Entre le pourvoi en cassation engagé par ses avocats, les contestations de son mouvement et les appels adressés aux organisations internationales, le dossier continue de dépasser le seul cadre judiciaire tchadien. Reste à savoir quelle suite les juridictions compétentes donneront aux recours de la défense. Bangui face à ses responsabilités Depuis l’arrestation d’Abdoulaye Miskine en novembre 2019, une question demeure : où sont les autorités centrafricaines ? Près de sept ans après son interpellation au Tchad, le silence de Bangui sur le sort de cet ancien chef de mouvement armé devient de plus en plus difficile à ignorer. Si les autorités centrafricaines lui reprochent des faits susceptibles de relever de leur compétence judiciaire, pourquoi n’ont-elles pas publiquement clarifié leur position ? Ont-elles engagé des démarches auprès de N’Djamena ? Ont-elles sollicité son extradition pour qu’il puisse répondre des éventuelles accusations portées contre lui devant les juridictions de son pays ? Ou ont-elles simplement choisi de se tenir à distance d’une affaire pourtant lourde de conséquences ? Ces interrogations méritent des réponses. La nationalité centrafricaine d’Abdoulaye Miskine et la nature transfrontalière des faits examinés rendent d’autant plus légitime la question du rôle de Bangui. Le silence des autorités ne constitue certes pas, à lui seul, une preuve de complicité. Mais il alimente le doute et appelle des explications publiques. Plus troublant encore, l’absence de position officielle clairement exprimée par les autorités centrafricaines peut donner l’impression que le sort de cet ancien chef de mouvement armé ne constitue plus une préoccupation pour son pays. Dès lors, une question politique s’impose : cette arrestation et les longues années de détention qui ont suivi ont-elles été accompagnées de démarches ou d’accords dont l’opinion publique n’a jamais été informée ? À ce stade, aucun élément présenté ne permet d’affirmer que Bangui aurait participé à un quelconque plan visant son arrestation ou son maintien en détention. Mais les autorités centrafricaines ne peuvent éternellement se soustraire aux interrogations sur leur attitude dans ce dossier. Elles doivent clarifier leur position, préciser les démarches éventuellement entreprises et répondre aux préoccupations soulevées par le FDPC. Reste également à attendre une clarification des autorités centrafricaines, dont le silence nourrit désormais de sérieuses interrogations. La transparence de Bangui est attendue, autant que le respect des garanties judiciaires à N’Djamena..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
L’affaire Abdoulaye Miskine revient dans le débat. Cette fois, c’est le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), son propre mouvement, qui monte au créneau. Dans un communiqué signé par son coordonnateur, le colonel Djimadou Léon, l’organisation exprime son désaccord avec la décision rendue par la justice tchadienne et conteste les conditions dans lesquelles le procès s’est déroulé.
Le 9 septembre 2026, la chambre criminelle de la Cour d’appel de N’Djamena a condamné Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, à 15 ans d’emprisonnement pour plusieurs infractions graves, notamment l’association de malfaiteurs, les sévices graves, les actes de torture et l’assassinat. Ses trois coaccusés ont, quant à eux, écopé de dix ans de prison chacun. La juridiction a également ordonné le versement de dommages et intérêts de 30 millions de francs CFA au profit de chacune des parties civiles concernées par le procès.
Arrivé au Tchad en novembre 2019, Abdoulaye Miskine est détenu depuis près de sept ans. À l’époque, il voyageait avec plusieurs membres de son état-major. Selon les explications alors avancées par ses avocats, ce déplacement avait pour objectif de solliciter une médiation des autorités tchadiennes dans le cadre de l’accord de Khartoum, signé en février 2019 entre le gouvernement centrafricain et quatorze groupes armés.
Les faits examinés par la justice tchadienne remontent, eux, à la période 2002-2003, dans la zone frontalière entre le Tchad et la République centrafricaine.
Au cours du procès, les avocats de la défense ont contesté les accusations portées contre leur client. Ils ont notamment soutenu qu’Abdoulaye Miskine se trouvait en exil au Togo au moment des faits qui lui sont reprochés. Ils ont également soulevé la question de la compétence des juridictions tchadiennes à connaître de cette affaire, ainsi que celle de la prescription des faits.
Ces arguments n’ont toutefois pas empêché la condamnation prononcée par la Cour d’appel. Le collectif de défense a engagé un pourvoi en cassation le 11 septembre, soit deux jours après le verdict, afin de contester la décision.
Dans son communiqué du 29 octobre, le FDPC estime que les conditions du procès méritent un examen approfondi. Le mouvement rappelle que toute décision privative de liberté doit s’accompagner du respect des droits fondamentaux, notamment des garanties de la défense et du droit à un procès équitable.
L’organisation exprime également ses préoccupations concernant l’état physique de son dirigeant. Selon le mouvement et les alertes précédemment formulées par ses avocats, les longues années de détention à la maison d’arrêt de Klessoum auraient considérablement affecté sa condition physique.
Le FDPC demande ainsi aux autorités tchadiennes de prendre les mesures nécessaires pour garantir l’intégrité physique, la sécurité et la santé d’Abdoulaye Miskine. Ses conseils auraient déjà sollicité des mesures humanitaires urgentes auprès des autorités de N’Djamena.
Au-delà de sa contestation judiciaire, le mouvement entend internationaliser ses démarches. Il appelle les organisations non gouvernementales et les institutions internationales de défense des droits humains à suivre de près le traitement réservé à son dirigeant.
Tout en affirmant ne pas remettre en cause, dans son communiqué, l’autorité des juridictions tchadiennes, le FDPC réclame le respect des garanties légales et conteste les fondements de la condamnation du 9 septembre.
Son coordonnateur, le colonel Djimadou Léon, réaffirme par ailleurs l’engagement du mouvement en faveur de la paix et du dialogue politique. Il assure que la contestation de la peine se poursuivra par des voies légales et diplomatiques auprès des instances compétentes de la région.
L’affaire Abdoulaye Miskine est donc loin d’être close. Entre le pourvoi en cassation engagé par ses avocats, les contestations de son mouvement et les appels adressés aux organisations internationales, le dossier continue de dépasser le seul cadre judiciaire tchadien. Reste à savoir quelle suite les juridictions compétentes donneront aux recours de la défense.
Depuis l’arrestation d’Abdoulaye Miskine en novembre 2019, une question demeure : où sont les autorités centrafricaines ? Près de sept ans après son interpellation au Tchad, le silence de Bangui sur le sort de cet ancien chef de mouvement armé devient de plus en plus difficile à ignorer. Si les autorités centrafricaines lui reprochent des faits susceptibles de relever de leur compétence judiciaire, pourquoi n’ont-elles pas publiquement clarifié leur position ? Ont-elles engagé des démarches auprès de N’Djamena ? Ont-elles sollicité son extradition pour qu’il puisse répondre des éventuelles accusations portées contre lui devant les juridictions de son pays ? Ou ont-elles simplement choisi de se tenir à distance d’une affaire pourtant lourde de conséquences ?
Ces interrogations méritent des réponses. La nationalité centrafricaine d’Abdoulaye Miskine et la nature transfrontalière des faits examinés rendent d’autant plus légitime la question du rôle de Bangui. Le silence des autorités ne constitue certes pas, à lui seul, une preuve de complicité. Mais il alimente le doute et appelle des explications publiques.
Plus troublant encore, l’absence de position officielle clairement exprimée par les autorités centrafricaines peut donner l’impression que le sort de cet ancien chef de mouvement armé ne constitue plus une préoccupation pour son pays. Dès lors, une question politique s’impose : cette arrestation et les longues années de détention qui ont suivi ont-elles été accompagnées de démarches ou d’accords dont l’opinion publique n’a jamais été informée ?
À ce stade, aucun élément présenté ne permet d’affirmer que Bangui aurait participé à un quelconque plan visant son arrestation ou son maintien en détention. Mais les autorités centrafricaines ne peuvent éternellement se soustraire aux interrogations sur leur attitude dans ce dossier. Elles doivent clarifier leur position, préciser les démarches éventuellement entreprises et répondre aux préoccupations soulevées par le FDPC.
Reste également à attendre une clarification des autorités centrafricaines, dont le silence nourrit désormais de sérieuses interrogations. La transparence de Bangui est attendue, autant que le respect des garanties judiciaires à N’Djamena.