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Boko Haram, Tibesti, Soudan : pourquoi le Tchad pourrait renouer avec l’appui militaire français

Boko Haram, Tibesti, Soudan : pourquoi le Tchad pourrait renouer avec l’appui militaire français. Article écrit par Éric Topona. Publié le 4 novembre 2026à 18h17

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

Dans les prochains jours, des avions de chasse de l’armée française feront une brève « escale technique » au Tchad, dans le cadre d’« actions de formation » que la France mènera conjointement avec la Côte d’Ivoire et le Gabon. Cette annonce intervient après la visite de travail (mi-octobre 2026) du chef de l’État tchadien à Paris, Mahamat Idriss Déby Itno. Au cours de cette visite, de nouveaux accords de coopération militaire ont été signés avec son homologue français Emmanuel Macron. Éric Topona.. Cette information, qui s’inscrit effectivement dans le sillage de cette visite et du renouvellement des accords de coopération militaire entre les deux pays, ne devrait pas surprendre au regard de cette nouvelle dynamique diplomatique. Force est de constater, cependant, qu’elle continue de susciter analyses, commentaires et conjectures de divers ordres. Certains de ces commentaires, souvent parmi les plus virulents, estiment que le Tchad fait ainsi un pas de plus pour s’installer dans le giron de la France, voire brade une « souveraineté » qu’il semblait avoir reconquise avec le départ des troupes françaises en janvier 2024. Confirmant cette information, un responsable tchadien est allé bien plus loin en affirmant qu’un retour de l’armée française est envisageable si le gouvernement de son pays l’autorise. Préciser le contexte Toutefois, au-delà du déchaînement des passions et des procès d’intention qui entourent ces annonces, il importe de préciser le contexte dans lequel elles ont été faites. En effet, le Tchad, ce n’est un secret pour personne, est confronté à la recrudescence des attaques du groupe terroriste Boko Haram, notamment dans la région du Lac Tchad, que ces terroristes persistent à vouloir contrôler. Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2026, 16 civils tchadiens ont perdu la vie dans cette région à cause de ces attaques terroristes. Déjà, le 21 septembre 2026, toujours sur le même théâtre d’opérations, 11 civils avaient trouvé la mort à la suite d’attaques menées par Boko Haram. Outre Boko Haram, le Tchad est le théâtre de nouveaux combats depuis le 14 octobre 2026 dans la région productrice d’or de Miski, dans le Tibesti. Ces combats opposent l’armée régulière tchadienne au Comité d’autodéfense de Miski. Ces affrontements ont conduit à un déploiement massif de l’armée en hommes et en moyens logistiques. Il importe de préciser que la province du Tibesti couvre une superficie de 220 000 km², alors que le massif du Tibesti s’étend sur 100 000 km². Des conflits de cette nature pourraient être exploités par des ennemis extérieurs du pays à des fins de déstabilisation interne. S’il faut ajouter à ces crises les répercussions humanitaires et sécuritaires du conflit soudanais dans l’est du Tchad, ainsi que l’activisme criminel des groupes djihadistes dans le Sahel, il est manifeste que la perspective d’un redéploiement de l’armée française relève d’une décision de pur réalisme politique, voire géopolitique. Le Sahel, épicentre de cette nouvelle donne géopolitique Le Sahel est l’épicentre de cette nouvelle donne géopolitique, comme l’affirme une étude d’avril 2026 du think tank Policy Center for the New South intitulée La reconfiguration des alliances extérieures de l’AES. Une alternative à « l’ordre occidental ». « (…) les pays sahéliens font face à une forte compétition d’influence entre les puissances occidentales, d’un côté, et la Russie et la Chine, de l’autre. Ils affirment une diplomatie d’“ouverture tous azimuts”, marquée par la diversification de leurs partenaires du Sud. Cette politique vise à briser le face-à-face exclusif avec les anciens partenaires, tout en cherchant des alliances pragmatiques. Ces nouvelles alliances contribuent à élargir la marge de manœuvre diplomatique du Sahel. Toutefois, elles ne garantissent pas une autonomie effective si certaines conditions ne sont pas réunies. » Après l’échec du G5 Sahel, la France, voire l’Europe, ne pouvaient durablement s’accommoder d’une absence prolongée dans cette région éminemment stratégique pour leur propre sécurité. Absente de cette région, la France laisserait prospérer un foyer potentiel de déstabilisation pouvant avoir des répercussions sur son propre territoire, faute d’avoir anticipé certaines menaces. Cette absence prolongée serait d’autant plus difficilement concevable pour la France, comme pour l’Europe tout entière, alors que quasiment toutes les grandes puissances s’emploient à y prendre pied (Russie, États-Unis, Chine), voire certaines puissances moyennes comme la Turquie, qui renforce sa présence dans les pays de l’Alliance des États du Sahel, notamment au Niger. Or, le Tchad demeure pour la France un partenaire historique dans cette région en matière de coopération militaire. L’Algérie, un partenaire stratégique pour l’AES L’exemple le plus récent de cette dynamique d’investissement au Sahel est l’Algérie. Pour des impératifs économiques et sécuritaires, Alger et certains pays de l’AES se sont récemment engagés sur la voie de la normalisation de leurs relations. Après le Mali, longtemps en froid avec l’Algérie, c’est désormais au tour du Niger de s’engager sur la voie d’une relation diplomatique apaisée avec son voisin algérien. D’une part, les deux pays sont liés par un projet commun de gazoduc auquel est associé le Nigeria. Dans le même temps, le Niger est utile à l’Algérie, dont la sécurité intérieure pourrait être affectée par la situation sécuritaire à l’est de la Libye. Au regard de cet arrière-plan géostratégique, il reste désormais à voir dans le détail la mise en application de la feuille de route de cette coopération militaire renouvelée entre le Tchad et la France..

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Dans les prochains jours, des avions de chasse de l’armée française feront une brève « escale technique » au Tchad, dans le cadre d’« actions de formation » que la France mènera conjointement avec la Côte d’Ivoire et le Gabon. Cette annonce intervient après la visite de travail (mi-octobre 2026) du chef de l’État tchadien à Paris, Mahamat Idriss Déby Itno. Au cours de cette visite, de nouveaux accords de coopération militaire ont été signés avec son homologue français Emmanuel Macron. Éric Topona.

Cette information, qui s’inscrit effectivement dans le sillage de cette visite et du renouvellement des accords de coopération militaire entre les deux pays, ne devrait pas surprendre au regard de cette nouvelle dynamique diplomatique. Force est de constater, cependant, qu’elle continue de susciter analyses, commentaires et conjectures de divers ordres. Certains de ces commentaires, souvent parmi les plus virulents, estiment que le Tchad fait ainsi un pas de plus pour s’installer dans le giron de la France, voire brade une « souveraineté » qu’il semblait avoir reconquise avec le départ des troupes françaises en janvier 2024. Confirmant cette information, un responsable tchadien est allé bien plus loin en affirmant qu’un retour de l’armée française est envisageable si le gouvernement de son pays l’autorise.

Préciser le contexte

Toutefois, au-delà du déchaînement des passions et des procès d’intention qui entourent ces annonces, il importe de préciser le contexte dans lequel elles ont été faites.

En effet, le Tchad, ce n’est un secret pour personne, est confronté à la recrudescence des attaques du groupe terroriste Boko Haram, notamment dans la région du Lac Tchad, que ces terroristes persistent à vouloir contrôler. Dans la nuit du 4 au 5 octobre 2026, 16 civils tchadiens ont perdu la vie dans cette région à cause de ces attaques terroristes. Déjà, le 21 septembre 2026, toujours sur le même théâtre d’opérations, 11 civils avaient trouvé la mort à la suite d’attaques menées par Boko Haram.

Outre Boko Haram, le Tchad est le théâtre de nouveaux combats depuis le 14 octobre 2026 dans la région productrice d’or de Miski, dans le Tibesti. Ces combats opposent l’armée régulière tchadienne au Comité d’autodéfense de Miski. Ces affrontements ont conduit à un déploiement massif de l’armée en hommes et en moyens logistiques.

Il importe de préciser que la province du Tibesti couvre une superficie de 220 000 km², alors que le massif du Tibesti s’étend sur 100 000 km². Des conflits de cette nature pourraient être exploités par des ennemis extérieurs du pays à des fins de déstabilisation interne.

S’il faut ajouter à ces crises les répercussions humanitaires et sécuritaires du conflit soudanais dans l’est du Tchad, ainsi que l’activisme criminel des groupes djihadistes dans le Sahel, il est manifeste que la perspective d’un redéploiement de l’armée française relève d’une décision de pur réalisme politique, voire géopolitique.

Le Sahel, épicentre de cette nouvelle donne géopolitique

Le Sahel est l’épicentre de cette nouvelle donne géopolitique, comme l’affirme une étude d’avril 2026 du think tank Policy Center for the New South intitulée La reconfiguration des alliances extérieures de l’AES. Une alternative à « l’ordre occidental ». « (…) les pays sahéliens font face à une forte compétition d’influence entre les puissances occidentales, d’un côté, et la Russie et la Chine, de l’autre. Ils affirment une diplomatie d’“ouverture tous azimuts”, marquée par la diversification de leurs partenaires du Sud. Cette politique vise à briser le face-à-face exclusif avec les anciens partenaires, tout en cherchant des alliances pragmatiques. Ces nouvelles alliances contribuent à élargir la marge de manœuvre diplomatique du Sahel. Toutefois, elles ne garantissent pas une autonomie effective si certaines conditions ne sont pas réunies. »

Après l’échec du G5 Sahel, la France, voire l’Europe, ne pouvaient durablement s’accommoder d’une absence prolongée dans cette région éminemment stratégique pour leur propre sécurité. Absente de cette région, la France laisserait prospérer un foyer potentiel de déstabilisation pouvant avoir des répercussions sur son propre territoire, faute d’avoir anticipé certaines menaces. Cette absence prolongée serait d’autant plus difficilement concevable pour la France, comme pour l’Europe tout entière, alors que quasiment toutes les grandes puissances s’emploient à y prendre pied (Russie, États-Unis, Chine), voire certaines puissances moyennes comme la Turquie, qui renforce sa présence dans les pays de l’Alliance des États du Sahel, notamment au Niger. Or, le Tchad demeure pour la France un partenaire historique dans cette région en matière de coopération militaire.

L’Algérie, un partenaire stratégique pour l’AES

L’exemple le plus récent de cette dynamique d’investissement au Sahel est l’Algérie. Pour des impératifs économiques et sécuritaires, Alger et certains pays de l’AES se sont récemment engagés sur la voie de la normalisation de leurs relations.

Après le Mali, longtemps en froid avec l’Algérie, c’est désormais au tour du Niger de s’engager sur la voie d’une relation diplomatique apaisée avec son voisin algérien.

D’une part, les deux pays sont liés par un projet commun de gazoduc auquel est associé le Nigeria. Dans le même temps, le Niger est utile à l’Algérie, dont la sécurité intérieure pourrait être affectée par la situation sécuritaire à l’est de la Libye.

Au regard de cet arrière-plan géostratégique, il reste désormais à voir dans le détail la mise en application de la feuille de route de cette coopération militaire renouvelée entre le Tchad et la France.

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