Le souffle de l'info en un clic

GlobUs : la nouvelle machine d’influence du Kremlin en Afrique francophone

GlobUs : la nouvelle machine d’influence du Kremlin en Afrique francophone. Article écrit par Éric Topona. Publié le 4 novembre 2026à 08h00

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

Réagissant sur le réseau social X à la publication du rapport Viginum 2026 sur GlobUs, la structure d’ingérence informationnelle russe en Afrique, Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, déclare : « En Afrique comme ailleurs, la Russie de Vladimir Poutine tente de manipuler les opinions publiques d’États souverains pour nuire aux intérêts de la France. » Par Éric Topona.. Au moment où paraît ce rapport, une enquête du collectif AEOW (All Eyes On Wagner), rendue publique le 27 octobre 2026 sur la base d’une fuite de documents dûment authentifiés, révèle la création d’un « bureau spécial France » au sein de Politology, cet organe russe de désinformation créé sous Prigojine et proche du Service russe du renseignement extérieur, le SVR. La publication quasi simultanée de ces deux enquêtes prouve à suffisance que, pour la Russie de Vladimir Poutine, la nécessité de mener des campagnes actives de désinformation, avec pour cibles l’Europe, et notamment la France, demeure un impératif géopolitique de premier ordre. Restructuration du dispositif de propagande russe en Afrique À la tête de ces actions de déstabilisation anti-européennes figure une entité très peu connue du grand public, dénommée GlobUs. Selon le rapport Viginum, sa mise sur pied s’inscrit dans le processus de restructuration du dispositif de propagande russe entrepris en 2023. Cette nouvelle entité est dirigée par Youlia Berg et Andreï Gromov. Au titre des missions qui leur sont assignées, ils « mènent depuis plusieurs années des opérations d’influence en Russie, en Europe et en Afrique. Ces derniers sont parvenus à tisser un réseau international de relais d’opinion pro-russes, diffusant des récits anti-ukrainiens et anti-occidentaux, dont des récits anti-français, dans différents médias et sur leurs plateformes numériques associées ». Diversification des actions  Dans le cadre du redéploiement des manœuvres russes de désinformation, cette nouvelle entité a opté pour une diversification de ses actions. Ainsi, il ne s’agit plus seulement de saturer les réseaux sociaux avec les narratifs russes ou certains médias à forte audience acquis à leur cause. Leurs « méthodes combinent des opérations informationnelles numériques, des stratégies de diplomatie publique ainsi que des actions d’influence politique dans le champ physique ». C’est dans cette perspective qu’un nouveau statut est apparu au sein de cette architecture de la propagande russe : les polit-technologues. Il s’agit de professionnels de la communication d’influence, à l’instar des spin doctors dans le monde anglo-saxon. Ils ont pour mission de créer des narratifs destinés à la manipulation des opinions publiques, de concevoir des méthodes de manipulation de ces opinions et de mettre à la disposition de leurs agents d’influence des stratégies communicationnelles de riposte ou de déconstruction des discours dissonants. GlobUs, poursuit le rapport Viginum, dispose d’une importante palette d’outils dont les principaux sont : « la sponsorisation d’“émissions” dans des médias panafricains pro-russes faisant intervenir ces prétendus “experts” ; l’organisation et la participation à des tables rondes impliquant des entités liées à l’État russe, notamment la Douma d’État (chambre basse de l’Assemblée fédérale de Russie, l’équivalent de la Chambre des députés dans le système parlementaire russe, NDLR) ; l’implantation locale dans des pays africains afin de diffuser des récits favorables à la Russie ». La République du Congo et le Cameroun, terrains d’implantation Comme terrains d’implantation en Afrique, GlobUs a choisi comme points focaux initiaux la République du Congo et le Cameroun. Ces pays ont en commun d’être des pays phares de l’espace francophone. Ils disposent d’un important potentiel minier et naturel, ainsi que d’une population au sein de laquelle les problématiques mémorielles liées à la colonisation continuent d’être débattues avec une intense vivacité. En République du Congo, d’août 2025 jusqu’à l’élection présidentielle de mars 2026, GlobUs a multiplié les actions d’influence, de soft power et de séduction, sur fond de désinformation contre la relation Europe-Afrique. Parmi celles-ci figurent l’organisation d’expositions et la diffusion de contenus vantant les mérites de la coopération entre le pays ciblé et la Russie ; la réalisation d’enquêtes sociologiques de terrain pour identifier les leviers d’action stratégiques ; la création de programmes éducatifs, informationnels et sportifs destinés à faire de la jeunesse locale des relais d’opinion ; ainsi que l’infiltration et la création de mouvements citoyens susceptibles de favoriser l’ancrage de la présence russ​e et de soutenir ses intérêts. Au Cameroun, GlobUs s’est illustré par son soutien actif à certaines plateformes médiatiques existantes ou en a favorisé la création d’autres. Parmi les plus en vue figurent notamment Afrique Média TV, For You Media Africa et Panafrican Media TV. Sur ces différentes chaînes interviennent des activistes pro-russes qui ont pignon sur rue, mais également des communicants russes, voire certains hommes politiques camerounais. Si quelques-uns se sont parfois présentés à des scrutins nationaux, leurs performances électorales extrêmement faibles prouvent qu’ils ont un impact insignifiant lors des échéances électorales cruciales. D’où la conclusion du rapport Viginum : «Néanmoins, l’efficacité réelle des stratégies d’influence de GlobUs sur les populations ciblées mérite d’être relativisée. Les politologues vantent en effet régulièrement leurs prétendus succès en surestimant leur pouvoir d’influence. En l’absence d’études approfondies sur l’impact avéré de leurs activités, il convient d’éviter de renforcer la perception d’une Russie omniprésente, peu impactée par la guerre et capable de se projeter sur différents champs d’influence. »​  .

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

Réagissant sur le réseau social X à la publication du rapport Viginum 2026 sur GlobUs, la structure d’ingérence informationnelle russe en Afrique, Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, déclare : « En Afrique comme ailleurs, la Russie de Vladimir Poutine tente de manipuler les opinions publiques d’États souverains pour nuire aux intérêts de la France. » Par Éric Topona.

Au moment où paraît ce rapport, une enquête du collectif AEOW (All Eyes On Wagner), rendue publique le 27 octobre 2026 sur la base d’une fuite de documents dûment authentifiés, révèle la création d’un « bureau spécial France » au sein de Politology, cet organe russe de désinformation créé sous Prigojine et proche du Service russe du renseignement extérieur, le SVR.

La publication quasi simultanée de ces deux enquêtes prouve à suffisance que, pour la Russie de Vladimir Poutine, la nécessité de mener des campagnes actives de désinformation, avec pour cibles l’Europe, et notamment la France, demeure un impératif géopolitique de premier ordre.

Restructuration du dispositif de propagande russe en Afrique

À la tête de ces actions de déstabilisation anti-européennes figure une entité très peu connue du grand public, dénommée GlobUs. Selon le rapport Viginum, sa mise sur pied s’inscrit dans le processus de restructuration du dispositif de propagande russe entrepris en 2023. Cette nouvelle entité est dirigée par Youlia Berg et Andreï Gromov. Au titre des missions qui leur sont assignées, ils « mènent depuis plusieurs années des opérations d’influence en Russie, en Europe et en Afrique. Ces derniers sont parvenus à tisser un réseau international de relais d’opinion pro-russes, diffusant des récits anti-ukrainiens et anti-occidentaux, dont des récits anti-français, dans différents médias et sur leurs plateformes numériques associées ».

Diversification des actions

 Dans le cadre du redéploiement des manœuvres russes de désinformation, cette nouvelle entité a opté pour une diversification de ses actions. Ainsi, il ne s’agit plus seulement de saturer les réseaux sociaux avec les narratifs russes ou certains médias à forte audience acquis à leur cause. Leurs « méthodes combinent des opérations informationnelles numériques, des stratégies de diplomatie publique ainsi que des actions d’influence politique dans le champ physique ».

C’est dans cette perspective qu’un nouveau statut est apparu au sein de cette architecture de la propagande russe : les polit-technologues. Il s’agit de professionnels de la communication d’influence, à l’instar des spin doctors dans le monde anglo-saxon. Ils ont pour mission de créer des narratifs destinés à la manipulation des opinions publiques, de concevoir des méthodes de manipulation de ces opinions et de mettre à la disposition de leurs agents d’influence des stratégies communicationnelles de riposte ou de déconstruction des discours dissonants.

GlobUs, poursuit le rapport Viginum, dispose d’une importante palette d’outils dont les principaux sont : « la sponsorisation d’“émissions” dans des médias panafricains pro-russes faisant intervenir ces prétendus “experts” ; l’organisation et la participation à des tables rondes impliquant des entités liées à l’État russe, notamment la Douma d’État (chambre basse de l’Assemblée fédérale de Russie, l’équivalent de la Chambre des députés dans le système parlementaire russe, NDLR) ; l’implantation locale dans des pays africains afin de diffuser des récits favorables à la Russie ».

La République du Congo et le Cameroun, terrains d’implantation

Comme terrains d’implantation en Afrique, GlobUs a choisi comme points focaux initiaux la République du Congo et le Cameroun. Ces pays ont en commun d’être des pays phares de l’espace francophone. Ils disposent d’un important potentiel minier et naturel, ainsi que d’une population au sein de laquelle les problématiques mémorielles liées à la colonisation continuent d’être débattues avec une intense vivacité.

En République du Congo, d’août 2025 jusqu’à l’élection présidentielle de mars 2026, GlobUs a multiplié les actions d’influence, de soft power et de séduction, sur fond de désinformation contre la relation Europe-Afrique. Parmi celles-ci figurent l’organisation d’expositions et la diffusion de contenus vantant les mérites de la coopération entre le pays ciblé et la Russie ; la réalisation d’enquêtes sociologiques de terrain pour identifier les leviers d’action stratégiques ; la création de programmes éducatifs, informationnels et sportifs destinés à faire de la jeunesse locale des relais d’opinion ; ainsi que l’infiltration et la création de mouvements citoyens susceptibles de favoriser l’ancrage de la présence russ​e et de soutenir ses intérêts.

Au Cameroun, GlobUs s’est illustré par son soutien actif à certaines plateformes médiatiques existantes ou en a favorisé la création d’autres. Parmi les plus en vue figurent notamment Afrique Média TV, For You Media Africa et Panafrican Media TV.

Sur ces différentes chaînes interviennent des activistes pro-russes qui ont pignon sur rue, mais également des communicants russes, voire certains hommes politiques camerounais. Si quelques-uns se sont parfois présentés à des scrutins nationaux, leurs performances électorales extrêmement faibles prouvent qu’ils ont un impact insignifiant lors des échéances électorales cruciales.

D’où la conclusion du rapport Viginum :

«Néanmoins, l’efficacité réelle des stratégies d’influence de GlobUs sur les populations ciblées mérite d’être relativisée. Les politologues vantent en effet régulièrement leurs prétendus succès en surestimant leur pouvoir d’influence. En l’absence d’études approfondies sur l’impact avéré de leurs activités, il convient d’éviter de renforcer la perception d’une Russie omniprésente, peu impactée par la guerre et capable de se projeter sur différents champs d’influence. »​

 

Facebook
Twitter
LinkedIn