⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes
Les autorités tchadiennes attendent toujours des preuves formelles et irréfutables de leur implication présumée dans la récente tentative de coup d'État au Niger, alors que Niamey accuse une nouvelle fois N'Djamena de porter atteinte à sa souveraineté nationale. Éric Topona.. Selon les autorités nigériennes, un drone a frappé, le 24 octobre 2026, la zone d’Emi Lulu, dans la région d’Agadez (nord), causant d’importants dégâts humains et matériels. L’attaque aurait fait deux morts parmi les populations civiles, plusieurs blessés et endommagé divers véhicules. Dans le cadre de sa protestation officielle, le gouvernement nigérien a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante et saisi le Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Au-delà des accusations visant l’État tchadien, Niamey met également en cause la France, qu’il soupçonne d’avoir favorisé cette attaque. « Depuis plusieurs mois, le Tchad s’est inscrit dans une démarche hostile à l’égard de notre pays et offre une profondeur stratégique à des mercenaires qui s’attaquent à notre pays », affirmait encore le gouvernement nigérien le 26 octobre. Des accusations surprenantes Dans une déclaration officielle diffusée le 27 octobre à la télévision nationale, le gouvernement tchadien a fermement rejeté ces accusations, qualifiées d’extrêmement graves. N’Djamena nie toute implication dans cette attaque de drones ainsi que tout soutien, direct ou indirect, à une puissance étrangère dans le but de déstabiliser le Niger. Tout en soutenant la demande nigérienne de création d’une commission d’enquête indépendante afin de faire toute la lumière sur les faits, le Tchad déplore des accusations qu’il juge récurrentes. Selon les autorités tchadiennes, chaque difficulté sécuritaire rencontrée par le Niger se traduit désormais par une mise en cause de son voisin. Pourtant, cette détérioration des relations entre les deux pays a de quoi surprendre. Le Tchad et le Niger partagent plus de 1 000 kilomètres de frontière commune et entretiennent des liens historiques, culturels et humains profonds. De part et d’autre de la frontière vivent notamment les mêmes communautés, parmi lesquelles les Toubous, les Kanouri, les Peuls ou encore les Haoussa. Intérêts économiques et sécuritaires communs Les deux pays sont également liés par des intérêts économiques stratégiques. Ils ont notamment en commun un projet de pipeline de 2 055 kilomètres qui a donné lieu à de nombreuses réunions de travail entre leurs responsables respectifs jusqu’en novembre 2025. Malgré les tensions actuelles, ce projet n’a jamais été officiellement abandonné. Au regard de ces intérêts partagés, on peut s’interroger sur l’intérêt qu’aurait le gouvernement tchadien à chercher à déstabiliser le Niger ou à servir de base arrière à une puissance étrangère poursuivant cet objectif. Conscient de cette interdépendance et de la nécessité de préserver les projets communs, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a effectué une visite officielle au Niger les 6 et 7 août 2025. Les discussions avaient alors porté principalement sur les enjeux économiques et sécuritaires. Il convient également de rappeler qu’en août 2023, pour son premier déplacement à l’étranger après sa nomination à la tête du gouvernement issu du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine avait choisi le Tchad comme destination. Le rapprochement entre la France et le Tchad en cause Pour comprendre les accusations actuelles de Niamey contre N’Djamena, il faut également prendre en compte le contexte géopolitique régional. Depuis le rapprochement entre le Tchad et la France, les autorités tchadiennes sont régulièrement mises en cause chaque fois que le Niger est confronté à une crise sécuritaire. En raison du renforcement de sa coopération avec Paris, N’Djamena est devenu, aux yeux de certains observateurs, le bouc émissaire des difficultés sécuritaires que peine à résoudre le Niger, malgré le recentrage de sa coopération militaire vers Moscou. Cette tendance à désigner des acteurs extérieurs comme responsables des problèmes sécuritaires du pays s’est déjà manifestée par le passé à l’égard de plusieurs États ouest-africains jugés proches de la France ou de l’Union européenne. Or, malgré la gravité de ces accusations, elles ont rarement été accompagnées de preuves ou d’enquêtes indépendantes permettant d’en établir les responsabilités de manière incontestable. Faux-fuyant ? Le recours récurrent à ce type de communication à l’encontre d’un voisin historique conduit certains analystes à s’interroger sur la qualité des renseignements sur lesquels s’appuient les autorités nigériennes. D’autres estiment que cette stratégie pourrait également servir à détourner l’attention des difficultés rencontrées dans la lutte contre les groupes armés djihadistes présents sur le territoire nigérien. Dans ce contexte, le récit officiel des événements du 24 octobre 2026, tout comme celui de la récente tentative de coup d’État visant les autorités de transition du Niger, continue de susciter des interrogations. Seule une commission d’enquête véritablement indépendante, régulièrement annoncée mais jamais mise en place jusqu’à présent, pourrait permettre d’établir les faits et de clarifier définitivement les accusations récurrentes portées contre le Tchad..⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes
Selon les autorités nigériennes, un drone a frappé, le 24 octobre 2026, la zone d’Emi Lulu, dans la région d’Agadez (nord), causant d’importants dégâts humains et matériels. L’attaque aurait fait deux morts parmi les populations civiles, plusieurs blessés et endommagé divers véhicules.
Dans le cadre de sa protestation officielle, le gouvernement nigérien a réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante et saisi le Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Au-delà des accusations visant l’État tchadien, Niamey met également en cause la France, qu’il soupçonne d’avoir favorisé cette attaque.
« Depuis plusieurs mois, le Tchad s’est inscrit dans une démarche hostile à l’égard de notre pays et offre une profondeur stratégique à des mercenaires qui s’attaquent à notre pays », affirmait encore le gouvernement nigérien le 26 octobre.
Dans une déclaration officielle diffusée le 27 octobre à la télévision nationale, le gouvernement tchadien a fermement rejeté ces accusations, qualifiées d’extrêmement graves. N’Djamena nie toute implication dans cette attaque de drones ainsi que tout soutien, direct ou indirect, à une puissance étrangère dans le but de déstabiliser le Niger.
Tout en soutenant la demande nigérienne de création d’une commission d’enquête indépendante afin de faire toute la lumière sur les faits, le Tchad déplore des accusations qu’il juge récurrentes. Selon les autorités tchadiennes, chaque difficulté sécuritaire rencontrée par le Niger se traduit désormais par une mise en cause de son voisin.
Pourtant, cette détérioration des relations entre les deux pays a de quoi surprendre. Le Tchad et le Niger partagent plus de 1 000 kilomètres de frontière commune et entretiennent des liens historiques, culturels et humains profonds. De part et d’autre de la frontière vivent notamment les mêmes communautés, parmi lesquelles les Toubous, les Kanouri, les Peuls ou encore les Haoussa.
Les deux pays sont également liés par des intérêts économiques stratégiques. Ils ont notamment en commun un projet de pipeline de 2 055 kilomètres qui a donné lieu à de nombreuses réunions de travail entre leurs responsables respectifs jusqu’en novembre 2025. Malgré les tensions actuelles, ce projet n’a jamais été officiellement abandonné.
Au regard de ces intérêts partagés, on peut s’interroger sur l’intérêt qu’aurait le gouvernement tchadien à chercher à déstabiliser le Niger ou à servir de base arrière à une puissance étrangère poursuivant cet objectif. Conscient de cette interdépendance et de la nécessité de préserver les projets communs, le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a effectué une visite officielle au Niger les 6 et 7 août 2025. Les discussions avaient alors porté principalement sur les enjeux économiques et sécuritaires.
Il convient également de rappeler qu’en août 2023, pour son premier déplacement à l’étranger après sa nomination à la tête du gouvernement issu du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine avait choisi le Tchad comme destination.
Pour comprendre les accusations actuelles de Niamey contre N’Djamena, il faut également prendre en compte le contexte géopolitique régional. Depuis le rapprochement entre le Tchad et la France, les autorités tchadiennes sont régulièrement mises en cause chaque fois que le Niger est confronté à une crise sécuritaire. En raison du renforcement de sa coopération avec Paris, N’Djamena est devenu, aux yeux de certains observateurs, le bouc émissaire des difficultés sécuritaires que peine à résoudre le Niger, malgré le recentrage de sa coopération militaire vers Moscou.
Cette tendance à désigner des acteurs extérieurs comme responsables des problèmes sécuritaires du pays s’est déjà manifestée par le passé à l’égard de plusieurs États ouest-africains jugés proches de la France ou de l’Union européenne.
Or, malgré la gravité de ces accusations, elles ont rarement été accompagnées de preuves ou d’enquêtes indépendantes permettant d’en établir les responsabilités de manière incontestable.
Le recours récurrent à ce type de communication à l’encontre d’un voisin historique conduit certains analystes à s’interroger sur la qualité des renseignements sur lesquels s’appuient les autorités nigériennes. D’autres estiment que cette stratégie pourrait également servir à détourner l’attention des difficultés rencontrées dans la lutte contre les groupes armés djihadistes présents sur le territoire nigérien.
Dans ce contexte, le récit officiel des événements du 24 octobre 2026, tout comme celui de la récente tentative de coup d’État visant les autorités de transition du Niger, continue de susciter des interrogations. Seule une commission d’enquête véritablement indépendante, régulièrement annoncée mais jamais mise en place jusqu’à présent, pourrait permettre d’établir les faits et de clarifier définitivement les accusations récurrentes portées contre le Tchad.