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Économie, ressources minières, alimentation, financement de l’État et programmes scolaires : quatre ans après son arrivée au pouvoir, le régime d’Ibrahim Traoré veut inscrire la souveraineté dans tous les secteurs de la vie nationale. Une stratégie qui affiche des résultats revendiqués, mais qui reste confrontée à la hausse des prix, aux besoins de financement et aux défis sécuritaires.. Au Burkina Faso, la souveraineté n’est plus seulement un slogan politique. Elle devient progressivement une doctrine déclinée dans l’économie, l’industrie, l’exploitation minière, l’agriculture et même l’école. Depuis le coup d’État de septembre 2022 qui a porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, les autorités multiplient les initiatives destinées à réduire la dépendance extérieure et à favoriser la production nationale. Le mot d’ordre est désormais bien établi : produire au Burkina, transformer au Burkina et, autant que possible, consommer burkinabè. Le gouvernement a d’ailleurs placé la deuxième phase des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne 2026 sous le thème « Produisons burkinabè, consommons burkinabè ». Transformer plutôt que simplement extraire L’un des symboles les plus visibles de cette politique concerne l’or. Le Burkina Faso a inauguré, le 28 septembre à Ouagadougou, sa première raffinerie nationale d’or. Selon les autorités, l’installation dispose, pour sa première phase, d’une capacité théorique d’affinage de 164 tonnes par an. Pour le pouvoir burkinabè, l’objectif est de ne plus se contenter d’extraire les ressources avant de les exporter, mais d’en conserver davantage de valeur sur le territoire national. Le gouvernement présente ainsi la raffinerie comme une étape de sa politique de souveraineté minière. Cette orientation s’accompagne de la création d’un fonds souverain minier destiné, selon les autorités, à canaliser une partie des revenus issus du secteur extractif vers des investissements structurants. L’or occupe une place centrale dans cette stratégie. Mais, derrière les discours sur la souveraineté se pose une question essentielle : comment transformer durablement les revenus tirés des ressources naturelles en emplois, en infrastructures et en amélioration du niveau de vie ? L’État cherche aussi à se financer davantage lui-même La stratégie ne concerne pas uniquement les mines. Le gouvernement cherche également à renforcer les mécanismes de financement interne. Le Fonds de soutien patriotique en est l’un des principaux instruments. Selon les chiffres officiels, près de 497 milliards de francs CFA avaient été mobilisés entre 2023 et 2025. Au 29 septembre 2026, le montant annoncé dépassait désormais 250 milliards de francs CFA pour la seule année en cours, au-delà de l’objectif annuel fixé à 200 milliards. Le dispositif permet notamment de financer les dépenses liées à l’effort de guerre. Pour les autorités, il constitue un mécanisme de mobilisation nationale et de financement endogène. Mais cette mobilisation a aussi un coût pour les ménages et les travailleurs soumis aux différents prélèvements destinés à alimenter le fonds. La souveraineté financière ne se construit donc pas uniquement avec les recettes minières ou fiscales : elle repose également sur une contribution directe de la population. Le « produire local » face à la réalité des marchés Le gouvernement met en avant les progrès réalisés dans l’agriculture et la transformation locale. L’objectif affiché est de renforcer l’autosuffisance alimentaire et de réduire la dépendance aux importations. Sur le terrain, cependant, le discours de souveraineté économique bute sur une autre réalité : le pouvoir d’achat des ménages. Dans les marchés, la hausse de certains produits alimentaires et de première nécessité continue d’alimenter les préoccupations. Le décalage entre les prix officiellement fixés et ceux effectivement pratiqués peut également compliquer l’application de la politique de contrôle des prix. Autrement dit, produire davantage localement ne signifie pas automatiquement produire moins cher. La véritable épreuve pour le modèle burkinabè sera donc de parvenir à transformer la production nationale en biens accessibles au plus grand nombre. Après l’économie, la bataille se déplace dans les manuels scolaires La logique souverainiste ne s’arrête pas aux usines et aux champs. Elle gagne désormais les salles de classe. Le gouvernement a engagé une révision des programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique afin de ce qu’il présente comme une « décolonisation des savoirs ». Le ministère de l’Enseignement secondaire entend notamment revoir certains termes employés dans les enseignements et renforcer la place accordée aux résistances africaines. Les autorités souhaitent ainsi modifier le regard porté sur l’histoire du pays et sur la période coloniale. Des expressions considérées comme héritées de cette période doivent être abandonnées au profit d’une terminologie davantage centrée sur l’expérience historique africaine. À Boussé, une conférence pédagogique organisée le 7 octobre a d’ailleurs placé la « décolonisation » et la contextualisation des programmes au cœur des discussions consacrées à l’histoire, à la géographie et à l’éducation civique. Le changement est donc autant lexical que politique : le gouvernement veut que l’école participe elle aussi à la construction d’une identité nationale débarrassée, selon ses termes, des références jugées héritées de la colonisation. Une souveraineté confrontée à ses propres contradictions Le modèle défendu par Ouagadougou repose ainsi sur plusieurs piliers : produire localement, transformer les matières premières, mobiliser davantage de ressources nationales et réorienter les programmes scolaires. Mais l’ambition de souveraineté ne signifie pas pour autant autarcie. Le Burkina Faso continue de recourir à des financements et à des partenariats extérieurs pour soutenir son économie et ses investissements. C’est toute la difficulté de l’exercice. Le pays veut réduire ses dépendances tout en conservant l’accès aux capitaux, aux technologies et aux marchés internationaux nécessaires à son développement. À cela s’ajoute le poids de la crise sécuritaire, qui absorbe une part considérable des ressources publiques et impose à l’économie nationale des contraintes particulières. Le pari d’Ibrahim Traoré est donc considérable : faire de la souveraineté non seulement un discours politique, mais un modèle économique et social capable de produire davantage, de transformer davantage et de redistribuer davantage. Pour l’heure, les autorités peuvent brandir plusieurs réalisations concrètes, notamment la raffinerie d’or et les mécanismes de financement endogène. Reste désormais la question la plus difficile : combien de temps faudra-t-il pour que cette souveraineté revendiquée se traduise directement dans le quotidien des Burkinabè, dans leurs assiettes, leurs revenus et leur pouvoir d’achat ?.⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Au Burkina Faso, la souveraineté n’est plus seulement un slogan politique. Elle devient progressivement une doctrine déclinée dans l’économie, l’industrie, l’exploitation minière, l’agriculture et même l’école. Depuis le coup d’État de septembre 2022 qui a porté le capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir, les autorités multiplient les initiatives destinées à réduire la dépendance extérieure et à favoriser la production nationale.
Le mot d’ordre est désormais bien établi : produire au Burkina, transformer au Burkina et, autant que possible, consommer burkinabè. Le gouvernement a d’ailleurs placé la deuxième phase des Journées nationales d’engagement patriotique et de participation citoyenne 2026 sous le thème « Produisons burkinabè, consommons burkinabè ».
L’un des symboles les plus visibles de cette politique concerne l’or. Le Burkina Faso a inauguré, le 28 septembre à Ouagadougou, sa première raffinerie nationale d’or. Selon les autorités, l’installation dispose, pour sa première phase, d’une capacité théorique d’affinage de 164 tonnes par an.
Pour le pouvoir burkinabè, l’objectif est de ne plus se contenter d’extraire les ressources avant de les exporter, mais d’en conserver davantage de valeur sur le territoire national. Le gouvernement présente ainsi la raffinerie comme une étape de sa politique de souveraineté minière.
Cette orientation s’accompagne de la création d’un fonds souverain minier destiné, selon les autorités, à canaliser une partie des revenus issus du secteur extractif vers des investissements structurants.
L’or occupe une place centrale dans cette stratégie. Mais, derrière les discours sur la souveraineté se pose une question essentielle : comment transformer durablement les revenus tirés des ressources naturelles en emplois, en infrastructures et en amélioration du niveau de vie ?
La stratégie ne concerne pas uniquement les mines. Le gouvernement cherche également à renforcer les mécanismes de financement interne.
Le Fonds de soutien patriotique en est l’un des principaux instruments. Selon les chiffres officiels, près de 497 milliards de francs CFA avaient été mobilisés entre 2023 et 2025. Au 29 septembre 2026, le montant annoncé dépassait désormais 250 milliards de francs CFA pour la seule année en cours, au-delà de l’objectif annuel fixé à 200 milliards.
Le dispositif permet notamment de financer les dépenses liées à l’effort de guerre. Pour les autorités, il constitue un mécanisme de mobilisation nationale et de financement endogène.
Mais cette mobilisation a aussi un coût pour les ménages et les travailleurs soumis aux différents prélèvements destinés à alimenter le fonds. La souveraineté financière ne se construit donc pas uniquement avec les recettes minières ou fiscales : elle repose également sur une contribution directe de la population.
Le gouvernement met en avant les progrès réalisés dans l’agriculture et la transformation locale. L’objectif affiché est de renforcer l’autosuffisance alimentaire et de réduire la dépendance aux importations.
Sur le terrain, cependant, le discours de souveraineté économique bute sur une autre réalité : le pouvoir d’achat des ménages.
Dans les marchés, la hausse de certains produits alimentaires et de première nécessité continue d’alimenter les préoccupations. Le décalage entre les prix officiellement fixés et ceux effectivement pratiqués peut également compliquer l’application de la politique de contrôle des prix.
Autrement dit, produire davantage localement ne signifie pas automatiquement produire moins cher. La véritable épreuve pour le modèle burkinabè sera donc de parvenir à transformer la production nationale en biens accessibles au plus grand nombre.
La logique souverainiste ne s’arrête pas aux usines et aux champs. Elle gagne désormais les salles de classe.
Le gouvernement a engagé une révision des programmes d’histoire, de géographie et d’instruction civique afin de ce qu’il présente comme une « décolonisation des savoirs ». Le ministère de l’Enseignement secondaire entend notamment revoir certains termes employés dans les enseignements et renforcer la place accordée aux résistances africaines.
Les autorités souhaitent ainsi modifier le regard porté sur l’histoire du pays et sur la période coloniale. Des expressions considérées comme héritées de cette période doivent être abandonnées au profit d’une terminologie davantage centrée sur l’expérience historique africaine.
À Boussé, une conférence pédagogique organisée le 7 octobre a d’ailleurs placé la « décolonisation » et la contextualisation des programmes au cœur des discussions consacrées à l’histoire, à la géographie et à l’éducation civique.
Le changement est donc autant lexical que politique : le gouvernement veut que l’école participe elle aussi à la construction d’une identité nationale débarrassée, selon ses termes, des références jugées héritées de la colonisation.
Le modèle défendu par Ouagadougou repose ainsi sur plusieurs piliers : produire localement, transformer les matières premières, mobiliser davantage de ressources nationales et réorienter les programmes scolaires.
Mais l’ambition de souveraineté ne signifie pas pour autant autarcie. Le Burkina Faso continue de recourir à des financements et à des partenariats extérieurs pour soutenir son économie et ses investissements.
C’est toute la difficulté de l’exercice. Le pays veut réduire ses dépendances tout en conservant l’accès aux capitaux, aux technologies et aux marchés internationaux nécessaires à son développement.
À cela s’ajoute le poids de la crise sécuritaire, qui absorbe une part considérable des ressources publiques et impose à l’économie nationale des contraintes particulières.
Le pari d’Ibrahim Traoré est donc considérable : faire de la souveraineté non seulement un discours politique, mais un modèle économique et social capable de produire davantage, de transformer davantage et de redistribuer davantage.
Pour l’heure, les autorités peuvent brandir plusieurs réalisations concrètes, notamment la raffinerie d’or et les mécanismes de financement endogène. Reste désormais la question la plus difficile : combien de temps faudra-t-il pour que cette souveraineté revendiquée se traduise directement dans le quotidien des Burkinabè, dans leurs assiettes, leurs revenus et leur pouvoir d’achat ?