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Mali : Bamako sous pression : l’enquête qui accuse les drones de tuer des civils

Mali : Bamako sous pression : l’enquête qui accuse les drones de tuer des civils. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 18 septembre 2026à 14h13

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

Les drones de la junte dans le viseur d’une enquête qui recense 146 morts civils. Au Mali, les drones censés traquer les groupes armés sont désormais au cœur d’une enquête qui soulève de graves questions sur le sort des populations civiles. Publiée le 16 septembre 2026 par le collectif d’investigation Bellingcat en partenariat avec Jeune Afrique, l’enquête affirme avoir identifié plus d’une douzaine de frappes de drones attribuées aux Forces armées maliennes (FAMa), au cours desquelles des civils auraient été tués ou blessés. Par Éric Ngarlem Toldé.. Dans douze frappes examinées, Jeune Afrique recense 146 morts civils. Un bilan qui, s’il est confirmé, donne une autre dimension à l’usage croissant des drones dans la guerre menée par Bamako contre les groupes jihadistes et les mouvements armés. Quand le drone ne distingue plus le combattant du civil Les frappes étudiées se sont principalement déroulées dans le nord du Mali, une vaste région où se croisent populations civiles, commerçants, groupes armés et forces gouvernementales. Selon Bellingcat, plusieurs attaques auraient visé des véhicules ou des activités commerciales. Le collectif affirme avoir utilisé des images, des données de géolocalisation et différentes sources accessibles publiquement pour localiser ces frappes et analyser leurs conséquences. Les enquêteurs prennent toutefois soin de préciser que les cas étudiés ne représentent qu’une partie des opérations aériennes conduites dans le nord du pays. Le nombre réel de victimes civiles pourrait donc être supérieur au bilan recensé dans l’enquête. Les autorités maliennes, qui présentent régulièrement leurs opérations aériennes comme des actions contre les groupes qualifiés de « terroristes », n’avaient pas fourni de réponse substantielle à Bellingcat au moment de la publication. La culpabilité par localisation L’un des points les plus préoccupants soulevés par l’enquête concerne l’identification des cibles. Le chercheur Yvan Guichaoua parle de « culpabilité par localisation ». Selon cette expression, une personne pourrait être considérée comme suspecte simplement en raison de l’endroit où elle se trouve ou de l’activité qu’elle y exerce. Dans les zones où les groupes armés sont présents, un véhicule transportant des marchandises ou une activité commerciale peuvent ainsi se retrouver dans le viseur d’une opération militaire. Le problème est alors celui de la distinction entre une cible militaire et une population civile. Dans un conflit où les combattants peuvent se déplacer parmi les habitants et où les activités économiques se poursuivent malgré l’insécurité, cette distinction devient particulièrement délicate. Une guerre menée dans le ciel Depuis plusieurs années, Bamako a considérablement renforcé le recours aux moyens aériens dans ses opérations militaires. Les frappes de drones sont régulièrement mises en avant dans les médias publics maliens pour illustrer les opérations conduites contre les groupes armés. Elles constituent pour les forces maliennes un moyen de frapper à distance des positions ou des mouvements identifiés comme appartenant aux adversaires du pouvoir. Mais l’enquête de Bellingcat remet la question des victimes civiles au centre du débat. Selon des données de l’ONG ACLED citées dans l’enquête, 27 % des opérations offensives conduites par l’armée malienne et ses partenaires russes impliqueraient des frappes ou des bombardements. Ce chiffre témoigne de l’importance prise par les moyens aériens dans le conflit. Il ne permet cependant pas, à lui seul, d’établir combien de frappes ont causé des victimes civiles ni si celles-ci étaient intentionnelles. Les Russes dans l’équation Cette polémique intervient alors que les forces maliennes et leurs partenaires russes sont déjà accusés, depuis plusieurs années, de violations des droits humains. Le groupe Wagner, dont la présence au Mali a fait l’objet de nombreuses enquêtes et accusations, a progressivement laissé place à l’Africa Corps, dispositif lié à la Russie. Les forces gouvernementales et leurs partenaires russes ne sont toutefois pas les seuls acteurs armés du conflit. Les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, les mouvements armés touaregs et diverses milices ou groupes criminels participent également aux violences. Les groupes armés adverses utilisent eux aussi des drones et d’autres moyens pour mener des attaques. Mais cette réalité ne dispense aucun acteur du respect des règles applicables à la conduite des hostilités et à la protection des civils. Une plainte déjà déposée devant la justice africaine Les révélations de Bellingcat et Jeune Afrique interviennent alors que plusieurs organisations de défense des droits humains ont engagé des démarches contre les violations présumées commises au Mali. Le 20 avril 2026, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Elles mettent en cause des violations présumées impliquant notamment les forces armées maliennes et des paramilitaires russes. Cette procédure apparaît dans un contexte de relations particulièrement tendues entre les autorités maliennes et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains et les puissances occidentales. Depuis avril, le front s’est embrasé La situation sécuritaire malienne s’est encore dégradée depuis la fin avril 2026. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, allié aux indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), a lancé une série d’attaques coordonnées contre des positions stratégiques de l’armée et de la junte. Plusieurs villes et zones stratégiques ont été touchées, jusque dans les environs de Bamako. Face à cette pression, les autorités maliennes misent davantage sur leurs capacités militaires et aériennes. Mais plus les drones occupent le ciel, plus une question s’impose au sol : qui paie le prix de cette guerre ? L’enquête de Bellingcat et Jeune Afrique apporte un début de réponse, avec un bilan de 146 civils morts dans douze frappes analysées. Ces conclusions restent celles des auteurs de l’enquête et doivent être confrontées aux explications des autorités maliennes ainsi qu’à d’éventuelles investigations indépendantes. Dans une guerre où chaque camp invoque la lutte contre son adversaire, les civils, eux, ne devraient jamais devenir une simple variable dans les coordonnées GPS d’un drone..

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

Les drones de la junte dans le viseur d’une enquête qui recense 146 morts civils. Au Mali, les drones censés traquer les groupes armés sont désormais au cœur d’une enquête qui soulève de graves questions sur le sort des populations civiles. Publiée le 16 septembre 2026 par le collectif d’investigation Bellingcat en partenariat avec Jeune Afrique, l’enquête affirme avoir identifié plus d’une douzaine de frappes de drones attribuées aux Forces armées maliennes (FAMa), au cours desquelles des civils auraient été tués ou blessés. Par Éric Ngarlem Toldé.

Dans douze frappes examinées, Jeune Afrique recense 146 morts civils. Un bilan qui, s’il est confirmé, donne une autre dimension à l’usage croissant des drones dans la guerre menée par Bamako contre les groupes jihadistes et les mouvements armés.

Quand le drone ne distingue plus le combattant du civil

Les frappes étudiées se sont principalement déroulées dans le nord du Mali, une vaste région où se croisent populations civiles, commerçants, groupes armés et forces gouvernementales.

Selon Bellingcat, plusieurs attaques auraient visé des véhicules ou des activités commerciales. Le collectif affirme avoir utilisé des images, des données de géolocalisation et différentes sources accessibles publiquement pour localiser ces frappes et analyser leurs conséquences.

Les enquêteurs prennent toutefois soin de préciser que les cas étudiés ne représentent qu’une partie des opérations aériennes conduites dans le nord du pays. Le nombre réel de victimes civiles pourrait donc être supérieur au bilan recensé dans l’enquête.

Les autorités maliennes, qui présentent régulièrement leurs opérations aériennes comme des actions contre les groupes qualifiés de « terroristes », n’avaient pas fourni de réponse substantielle à Bellingcat au moment de la publication.

La culpabilité par localisation

L’un des points les plus préoccupants soulevés par l’enquête concerne l’identification des cibles.

Le chercheur Yvan Guichaoua parle de « culpabilité par localisation ». Selon cette expression, une personne pourrait être considérée comme suspecte simplement en raison de l’endroit où elle se trouve ou de l’activité qu’elle y exerce.

Dans les zones où les groupes armés sont présents, un véhicule transportant des marchandises ou une activité commerciale peuvent ainsi se retrouver dans le viseur d’une opération militaire.

Le problème est alors celui de la distinction entre une cible militaire et une population civile. Dans un conflit où les combattants peuvent se déplacer parmi les habitants et où les activités économiques se poursuivent malgré l’insécurité, cette distinction devient particulièrement délicate.

Une guerre menée dans le ciel

Depuis plusieurs années, Bamako a considérablement renforcé le recours aux moyens aériens dans ses opérations militaires.

Les frappes de drones sont régulièrement mises en avant dans les médias publics maliens pour illustrer les opérations conduites contre les groupes armés. Elles constituent pour les forces maliennes un moyen de frapper à distance des positions ou des mouvements identifiés comme appartenant aux adversaires du pouvoir.

Mais l’enquête de Bellingcat remet la question des victimes civiles au centre du débat.

Selon des données de l’ONG ACLED citées dans l’enquête, 27 % des opérations offensives conduites par l’armée malienne et ses partenaires russes impliqueraient des frappes ou des bombardements.

Ce chiffre témoigne de l’importance prise par les moyens aériens dans le conflit. Il ne permet cependant pas, à lui seul, d’établir combien de frappes ont causé des victimes civiles ni si celles-ci étaient intentionnelles.

Les Russes dans l’équation

Cette polémique intervient alors que les forces maliennes et leurs partenaires russes sont déjà accusés, depuis plusieurs années, de violations des droits humains.

Le groupe Wagner, dont la présence au Mali a fait l’objet de nombreuses enquêtes et accusations, a progressivement laissé place à l’Africa Corps, dispositif lié à la Russie.

Les forces gouvernementales et leurs partenaires russes ne sont toutefois pas les seuls acteurs armés du conflit. Les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, les mouvements armés touaregs et diverses milices ou groupes criminels participent également aux violences.

Les groupes armés adverses utilisent eux aussi des drones et d’autres moyens pour mener des attaques. Mais cette réalité ne dispense aucun acteur du respect des règles applicables à la conduite des hostilités et à la protection des civils.

Une plainte déjà déposée devant la justice africaine

Les révélations de Bellingcat et Jeune Afrique interviennent alors que plusieurs organisations de défense des droits humains ont engagé des démarches contre les violations présumées commises au Mali. Le 20 avril 2026, trois organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Elles mettent en cause des violations présumées impliquant notamment les forces armées maliennes et des paramilitaires russes.

Cette procédure apparaît dans un contexte de relations particulièrement tendues entre les autorités maliennes et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains et les puissances occidentales.

Depuis avril, le front s’est embrasé

La situation sécuritaire malienne s’est encore dégradée depuis la fin avril 2026. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, allié aux indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), a lancé une série d’attaques coordonnées contre des positions stratégiques de l’armée et de la junte. Plusieurs villes et zones stratégiques ont été touchées, jusque dans les environs de Bamako.

Face à cette pression, les autorités maliennes misent davantage sur leurs capacités militaires et aériennes. Mais plus les drones occupent le ciel, plus une question s’impose au sol : qui paie le prix de cette guerre ?

L’enquête de Bellingcat et Jeune Afrique apporte un début de réponse, avec un bilan de 146 civils morts dans douze frappes analysées. Ces conclusions restent celles des auteurs de l’enquête et doivent être confrontées aux explications des autorités maliennes ainsi qu’à d’éventuelles investigations indépendantes. Dans une guerre où chaque camp invoque la lutte contre son adversaire, les civils, eux, ne devraient jamais devenir une simple variable dans les coordonnées GPS d’un drone.

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