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Côte d’Ivoire : en treize ans, la production d’eau potable a presque triplé, mais l’accès reste inégal

Côte d’Ivoire : en treize ans, la production d’eau potable a presque triplé, mais l’accès reste inégal. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 3 septembre 2026à 13h11

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

La Côte d’Ivoire a considérablement renforcé ses capacités de production d’eau potable au cours des treize dernières années. Entre 2011 et 2024, les volumes produits quotidiennement sont passés de 350 000 à plus d’un million de mètres cubes. Une progression spectaculaire qui ne suffit toutefois pas à résorber les fortes disparités d’accès entre les villes et les campagnes.. En Côte d’Ivoire, les chiffres témoignent d’un effort massif en faveur de l’accès à l’eau potable. En un peu plus d’une décennie, le pays a quasiment multiplié par trois sa production quotidienne. Selon les données communiquées par le gouvernement ivoirien le lundi 31 août, les capacités de production sont passées de 350 000 m³ par jour en 2011 à 1 004 944 m³ en 2024, soit une augmentation proche de 187 %. Cette progression traduit les investissements engagés par les autorités pour répondre à une demande croissante, notamment sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation rapide du pays. Elle traduit également la volonté d’accélérer le développement des infrastructures hydrauliques et de réduire les déficits enregistrés dans plusieurs régions. Mais derrière cette spectaculaire hausse des volumes produits se cache une réalité plus contrastée. Produire davantage d’eau ne signifie pas automatiquement que toutes les populations disposent d’un accès régulier, sécurisé et durable à cette ressource essentielle. Plus de 650 milliards FCFA investis Pour accompagner l’augmentation de la production, l’État ivoirien a consacré d’importantes ressources au développement des infrastructures hydrauliques. Depuis 2011, 654 milliards de francs CFA, soit environ 1,16 milliard de dollars, auraient ainsi été investis dans plus de 500 localités précise l’agence Ecofin. Ces financements ont notamment permis de renforcer les capacités de production, de construire ou réhabiliter des installations et d’étendre les dispositifs de distribution. L’objectif est de rapprocher progressivement les infrastructures des populations et d’améliorer la continuité du service. L’État ne porte cependant pas seul cet effort financier. Les partenaires internationaux participent également au financement des projets destinés à améliorer la desserte en eau potable. En juillet 2024, le gouvernement ivoirien et la Banque mondiale ont notamment conclu un accord portant sur 825 millions de dollars en faveur du Projet d’appui à la sécurité de l’eau et de l’assainissement, connu sous le sigle PASEA rapporte l’agence Ecofin. Ce programme cible prioritairement les zones défavorisées du nord du pays. À terme, plus de 2 millions de personnes devraient bénéficier de l’amélioration des services liés à l’eau et à l’assainissement. Des milliards encore nécessaires Malgré les progrès enregistrés, les autorités ivoiriennes reconnaissent que les investissements actuels demeurent insuffisants au regard des besoins du secteur. Le Pacte Eau Côte d’Ivoire 2026-2030 estime que les ressources actuellement consacrées au secteur représentent moins de 0,5 % du produit intérieur brut. Or, les besoins nécessiteraient des investissements correspondant à environ 1,5 % du PIB. Le défi financier est donc considérable. Le pays estime à 7,5 milliards de dollars les ressources nécessaires pour atteindre ses ambitions à l’horizon 2030. Cette enveloppe doit permettre de poursuivre la construction des infrastructures, d’étendre les réseaux de distribution, de renforcer les capacités de production et surtout de garantir la pérennité des équipements existants. Car l’enjeu ivoirien n’est désormais plus uniquement de produire suffisamment d’eau. Il consiste également à faire parvenir cette eau aux populations dans des conditions satisfaisantes, à entretenir les réseaux et à assurer la continuité du service. Le monde rural reste à la traîne Les écarts entre les territoires constituent l’un des principaux points faibles de la politique d’accès à l’eau potable. En 2024, 77 % de la population ivoirienne disposait d’un accès au moins basique à l’eau. Mais cette moyenne nationale masque d’importantes disparités géographiques. Dans les zones urbaines, 51 % de la population bénéficiait d’un service d’eau considéré comme géré de manière sûre. En milieu rural, cette proportion tombait à seulement 19 %. Autrement dit, les progrès réalisés au niveau national ne profitent pas encore de manière uniforme à l’ensemble des habitants. Les populations rurales demeurent confrontées à des difficultés plus importantes liées à l’éloignement des infrastructures, à l’insuffisance des réseaux et parfois à la faiblesse des moyens d’entretien. Cette fracture territoriale constitue l’un des principaux défis à relever dans les prochaines années. Cap sur l’accès universel en 2030 Le gouvernement ivoirien veut désormais transformer l’augmentation de la production en amélioration concrète du service fourni aux ménages. L’objectif affiché pour 2030 est ambitieux : parvenir à un accès basique universel à l’eau potable et faire passer à 55 % la proportion de la population rurale bénéficiant de services d’eau gérés de manière sûre. Pour y parvenir, l’extension des réseaux apparaît indispensable. Les infrastructures de production doivent être accompagnées de canalisations capables d’acheminer l’eau vers les localités éloignées, tandis que les installations existantes devront faire l’objet d’un entretien régulier. Cette question est d’autant plus importante que les infrastructures hydrauliques représentent des investissements lourds dont la durabilité dépend de la maintenance, de la disponibilité des financements et de la capacité des opérateurs à assurer un service continu. Le privé appelé à mettre la main à la poche Pour financer cette transformation, Abidjan compte également sur le secteur privé. Dans le cadre de son Pacte national pour l’eau, la Côte d’Ivoire prévoit de mobiliser 7,5 milliards de dollars d’ici 2030, dont plus d’un milliard provenant de capitaux privés. Cette stratégie vise à diversifier les sources de financement du secteur et à accélérer la réalisation des infrastructures nécessaires. Le défi est donc double pour les autorités ivoiriennes : maintenir la dynamique de production tout en corrigeant les inégalités d’accès. En treize ans, le pays a franchi un cap impressionnant en faisant passer sa production quotidienne de 350 000 à plus d’un million de mètres cubes. Mais le véritable indicateur de réussite, dans les prochaines années, ne sera pas seulement le volume d’eau produit dans les stations. Il se mesurera surtout au nombre de ménages capables d’ouvrir un robinet et d’obtenir, où qu’ils vivent, une eau disponible, sûre et durable..

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

La Côte d’Ivoire a considérablement renforcé ses capacités de production d’eau potable au cours des treize dernières années. Entre 2011 et 2024, les volumes produits quotidiennement sont passés de 350 000 à plus d’un million de mètres cubes. Une progression spectaculaire qui ne suffit toutefois pas à résorber les fortes disparités d’accès entre les villes et les campagnes.

En Côte d’Ivoire, les chiffres témoignent d’un effort massif en faveur de l’accès à l’eau potable. En un peu plus d’une décennie, le pays a quasiment multiplié par trois sa production quotidienne. Selon les données communiquées par le gouvernement ivoirien le lundi 31 août, les capacités de production sont passées de 350 000 m³ par jour en 2011 à 1 004 944 m³ en 2024, soit une augmentation proche de 187 %.

Cette progression traduit les investissements engagés par les autorités pour répondre à une demande croissante, notamment sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation rapide du pays. Elle traduit également la volonté d’accélérer le développement des infrastructures hydrauliques et de réduire les déficits enregistrés dans plusieurs régions.

Mais derrière cette spectaculaire hausse des volumes produits se cache une réalité plus contrastée. Produire davantage d’eau ne signifie pas automatiquement que toutes les populations disposent d’un accès régulier, sécurisé et durable à cette ressource essentielle.

Plus de 650 milliards FCFA investis

Pour accompagner l’augmentation de la production, l’État ivoirien a consacré d’importantes ressources au développement des infrastructures hydrauliques. Depuis 2011, 654 milliards de francs CFA, soit environ 1,16 milliard de dollars, auraient ainsi été investis dans plus de 500 localités précise l’agence Ecofin.

Ces financements ont notamment permis de renforcer les capacités de production, de construire ou réhabiliter des installations et d’étendre les dispositifs de distribution. L’objectif est de rapprocher progressivement les infrastructures des populations et d’améliorer la continuité du service.

L’État ne porte cependant pas seul cet effort financier. Les partenaires internationaux participent également au financement des projets destinés à améliorer la desserte en eau potable.

En juillet 2024, le gouvernement ivoirien et la Banque mondiale ont notamment conclu un accord portant sur 825 millions de dollars en faveur du Projet d’appui à la sécurité de l’eau et de l’assainissement, connu sous le sigle PASEA rapporte l’agence Ecofin.

Ce programme cible prioritairement les zones défavorisées du nord du pays. À terme, plus de 2 millions de personnes devraient bénéficier de l’amélioration des services liés à l’eau et à l’assainissement.

Des milliards encore nécessaires

Malgré les progrès enregistrés, les autorités ivoiriennes reconnaissent que les investissements actuels demeurent insuffisants au regard des besoins du secteur.

Le Pacte Eau Côte d’Ivoire 2026-2030 estime que les ressources actuellement consacrées au secteur représentent moins de 0,5 % du produit intérieur brut. Or, les besoins nécessiteraient des investissements correspondant à environ 1,5 % du PIB.

Le défi financier est donc considérable. Le pays estime à 7,5 milliards de dollars les ressources nécessaires pour atteindre ses ambitions à l’horizon 2030.

Cette enveloppe doit permettre de poursuivre la construction des infrastructures, d’étendre les réseaux de distribution, de renforcer les capacités de production et surtout de garantir la pérennité des équipements existants.

Car l’enjeu ivoirien n’est désormais plus uniquement de produire suffisamment d’eau. Il consiste également à faire parvenir cette eau aux populations dans des conditions satisfaisantes, à entretenir les réseaux et à assurer la continuité du service.

Le monde rural reste à la traîne

Les écarts entre les territoires constituent l’un des principaux points faibles de la politique d’accès à l’eau potable.

En 2024, 77 % de la population ivoirienne disposait d’un accès au moins basique à l’eau. Mais cette moyenne nationale masque d’importantes disparités géographiques.

Dans les zones urbaines, 51 % de la population bénéficiait d’un service d’eau considéré comme géré de manière sûre. En milieu rural, cette proportion tombait à seulement 19 %.

Autrement dit, les progrès réalisés au niveau national ne profitent pas encore de manière uniforme à l’ensemble des habitants. Les populations rurales demeurent confrontées à des difficultés plus importantes liées à l’éloignement des infrastructures, à l’insuffisance des réseaux et parfois à la faiblesse des moyens d’entretien.

Cette fracture territoriale constitue l’un des principaux défis à relever dans les prochaines années.

Cap sur l’accès universel en 2030

Le gouvernement ivoirien veut désormais transformer l’augmentation de la production en amélioration concrète du service fourni aux ménages.

L’objectif affiché pour 2030 est ambitieux : parvenir à un accès basique universel à l’eau potable et faire passer à 55 % la proportion de la population rurale bénéficiant de services d’eau gérés de manière sûre.

Pour y parvenir, l’extension des réseaux apparaît indispensable. Les infrastructures de production doivent être accompagnées de canalisations capables d’acheminer l’eau vers les localités éloignées, tandis que les installations existantes devront faire l’objet d’un entretien régulier.

Cette question est d’autant plus importante que les infrastructures hydrauliques représentent des investissements lourds dont la durabilité dépend de la maintenance, de la disponibilité des financements et de la capacité des opérateurs à assurer un service continu.

Le privé appelé à mettre la main à la poche

Pour financer cette transformation, Abidjan compte également sur le secteur privé. Dans le cadre de son Pacte national pour l’eau, la Côte d’Ivoire prévoit de mobiliser 7,5 milliards de dollars d’ici 2030, dont plus d’un milliard provenant de capitaux privés.

Cette stratégie vise à diversifier les sources de financement du secteur et à accélérer la réalisation des infrastructures nécessaires.

Le défi est donc double pour les autorités ivoiriennes : maintenir la dynamique de production tout en corrigeant les inégalités d’accès.

En treize ans, le pays a franchi un cap impressionnant en faisant passer sa production quotidienne de 350 000 à plus d’un million de mètres cubes. Mais le véritable indicateur de réussite, dans les prochaines années, ne sera pas seulement le volume d’eau produit dans les stations.

Il se mesurera surtout au nombre de ménages capables d’ouvrir un robinet et d’obtenir, où qu’ils vivent, une eau disponible, sûre et durable.

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