La mutinerie repoussée au Niger, symbole de la dépendance des putschistes à la Russie
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Le combat autour des « fonds spéciaux » marque une nouvelle tournure dans la bataille entre l’exécutif dirigé par Bassirou Diomaye Faye et le parlement dirigé par Ousmane Sonko. Derrière une querelle de procédure constitutionnelle se dessine surtout une lutte pour le contrôle de la conduite des affaires publiques. Par Éric Ngarlem Toldé.. Au Sénégal, les retrouvailles politiques entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont décidément tout d’un mauvais scénario de feuilleton gouvernemental. Hier compagnons de lutte, les deux hommes se retrouvent désormais face à face dans un duel institutionnel dont chaque épisode révèle un peu plus les fissures de l’attelage au pouvoir. Le dernier champ de bataille en date : les « fonds spéciaux », ou plus exactement les crédits spéciaux. La proposition de loi nᵒ 36/2026 destinée à encadrer leur régime juridique vient de subir un sérieux coup d’arrêt. Le Conseil constitutionnel l’a déclarée irrecevable le 25 août 2026, donnant ainsi raison au gouvernement dans son bras de fer avec l’Assemblée nationale. Une guerre qui n’a jamais atteint l’hémicycle Contrairement à certaines présentations qui circulent, l’Assemblée nationale n’a pas voté cette proposition de loi en séance plénière. Le texte avait certes été adopté en commission, puis inscrit à l’ordre du jour de la première session extraordinaire de 2026. Son examen en plénière a été programmé pour le mercredi 19 août 2026. Mais le gouvernement a sorti avant même que les élus ne puissent se prononcer Le 18 août 2026, à la veille de l’examen du texte, le Premier ministre Mohamed Al Aminou Lô a saisi le Conseil constitutionnel afin de contester sa constitutionnalité. Le Premier ministre estimait que plusieurs dispositions empiétaient sur le domaine réservé au pouvoir réglementaire. Il (le Premier ministre) s’appuyait notamment sur les articles 67 et 76 de la Constitution ainsi que sur les dispositions du règlement intérieur de l’hémicycle. La réaction du Parlement ne s’est pas fait attendre. L’Assemblée nationale a annoncé la suspension de la séance plénière du 19 août 2026, tout en dénonçant ce qu’elle qualifiait de volonté d’« obstruction systématique » au processus législatif destiné, selon elle, à renforcer la transparence dans la gestion des deniers publics. Autrement dit, le duel n’a même pas eu besoin d’attendre le vote des députés pour devenir explosif. Le Conseil constitutionnel siffle… et tranche Saisi par le chef du gouvernement, le Conseil constitutionnel devait déterminer si le Parlement pouvait légiférer sur les modalités prévues par le texte. Le verdict est tombé le 25 août 2026. La haute juridiction a déclaré irrecevable la proposition de loi relative au régime juridique des crédits spéciaux. Selon les Sages, les modalités d’engagement, de liquidation, d’ordonnancement, de paiement, de justification et de contrôle de ces crédits relèvent d’une compétence confiée au pouvoir réglementaire dans le cadre constitutionnel et organique existant. La décision met donc une fin, du moins pour l’instant, à l’initiative parlementaire Mais au-delà du mot constitutionnel, le symbole politique est lourd. Le gouvernement a obtenu l’arbitrage qu’il sollicitait, tandis que l’Assemblée nationale dirigée par Ousmane Sonko voit son initiative stoppée avant même son examen en séance publique. Ousmane-Diomaye, de la fraternité politique à une bataille institutionnelle Le plus spectaculaire dans cette histoire demeure le parcours des deux hommes au cœur de cette confrontation. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont longtemps incarné le même projet politique. Le premier a été choisi pour porter la candidature présidentielle de leur camp lorsque le second ne pouvait pas se présenter. Ensemble, ils ont conquis le pouvoir au nom de la rupture, de la souveraineté et de la refondation des institutions. Mais une fois arrivés au pouvoir, leurs trajectoires institutionnelles ont commencé à diverger. Ousman Sonko dirige aujourd’hui l’Assemblée nationale, tandis que Diomaye Faye exerce la fonction présidentielle. Cette configuration transforme chaque désaccord juridique en possible affrontement politique. Le dossier des crédits spéciaux en fournit une illustration particulièrement nette. L’Assemblée nationale veut renforcer son pouvoir de contrôle et de législation sur un mécanisme financier longtemps entouré d’un épais brouillard institutionnel. L’Exécutif, lui, rappelle que le Parlement ne peut légiférer au-delà des compétences que lui confère la loi fondamentale. Sur le papier, il s’agit d’un conflit de compétences. Dans les faits, la question est beaucoup plus politique : qui détient réellement la main sur les leviers de l’État ? Les fonds spéciaux, une vieille zone grise La question n’est pas anodine. Les crédits spéciaux constituent depuis longtemps un sujet sensible dans la gouvernance financière de l’État sénégalais. Leur régime particulier nourrit régulièrement les interrogations sur la transparence, le contrôle et la justification de certaines dépenses publiques. La proposition parlementaire entendait précisément intervenir sur ce terrain. Mais le Conseil constitutionnel vient de rappeler une frontière essentielle : l’objectif de transparence, aussi légitime soit-il, ne permet pas au législateur de s’affranchir de la répartition constitutionnelle des compétences. C’est là que réside la portée de la décision. Le Conseil ne s’est pas simplement prononcé sur les fonds spéciaux. Il a également rappelé à l’hémicycle les limites de son pouvoir législatif. Un précédent à surveiller Cette nouvelle passe d’armes arrive après une autre décision constitutionnelle qui avait déjà opposé les deux anciens compagnons de lutte. Le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale avait adopté la loi nᵒ 18/2026 portant révision de la Constitution. Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye, le Conseil constitutionnel l’a déclaré anticonstitutionnelle le 9 juillet 2026. Les Sages avaient notamment relevé des violations liées à la procédure législative et aux règles constitutionnelles encadrant l’adoption du texte. Deux mois plus tard, l’histoire se répète, avec un autre texte et une autre bataille. Mais cette fois, le scénario est différent : il n’y a pas eu de vote en séance plénière sur les crédits spéciaux. Le texte avait été adopté en commission, puis la procédure a été suspendue après la saisine du Conseil constitutionnel. Cette précision est essentielle pour éviter de transformer une bataille institutionnelle déjà suffisamment spectaculaire en bataille imaginaire. Le pouvoir face à son propre camp Le paradoxe sénégalais est désormais manifeste : le pouvoir politique issu d’une même victoire électorale se retrouve à gérer des tensions entre institutions pourtant contrôlées par le même camp. L’exécutif de Diomaye Faye entend préserver ses prérogatives constitutionnelles. L’Assemblée nationale, conduite par Sonko, entend, elle, exercer pleinement ses pouvoirs de contrôle et d’initiative législative. Et derrière les textes, les articles de Constitution et les décisions des Sages, une question politique s’installe : les anciens camarades de lutte peuvent-ils continuer à gouverner ensemble lorsqu’ils ne partagent plus nécessairement la même lecture de l’exercice du pouvoir ? Le dossier des fonds spéciaux ne constitue peut-être qu’un épisode. Mais il est révélateur d’une nouvelle réalité politique au Sénégal : après avoir combattu ensemble pour conquérir le pouvoir, les deux anciens alliés doivent désormais apprendre à se supporter lorsqu’ils sont devenus, chacun à leur manière, les gardiens d’une parcelle de ce même pouvoir. La lutte continue donc. Elle a simplement quitté les estrades électorales pour investir les couloirs du Conseil constitutionnel, les bureaux de la Primature et les travées de l’Assemblée nationale. Et, pour une fois, les coups ne se portent pas avec des slogans : ils se donnent à coups d’articles de Constitution..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
Au Sénégal, les retrouvailles politiques entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont décidément tout d’un mauvais scénario de feuilleton gouvernemental. Hier compagnons de lutte, les deux hommes se retrouvent désormais face à face dans un duel institutionnel dont chaque épisode révèle un peu plus les fissures de l’attelage au pouvoir.
Le dernier champ de bataille en date : les « fonds spéciaux », ou plus exactement les crédits spéciaux. La proposition de loi nᵒ 36/2026 destinée à encadrer leur régime juridique vient de subir un sérieux coup d’arrêt. Le Conseil constitutionnel l’a déclarée irrecevable le 25 août 2026, donnant ainsi raison au gouvernement dans son bras de fer avec l’Assemblée nationale.
Contrairement à certaines présentations qui circulent, l’Assemblée nationale n’a pas voté cette proposition de loi en séance plénière. Le texte avait certes été adopté en commission, puis inscrit à l’ordre du jour de la première session extraordinaire de 2026. Son examen en plénière a été programmé pour le mercredi 19 août 2026.
Le 18 août 2026, à la veille de l’examen du texte, le Premier ministre Mohamed Al Aminou Lô a saisi le Conseil constitutionnel afin de contester sa constitutionnalité. Le Premier ministre estimait que plusieurs dispositions empiétaient sur le domaine réservé au pouvoir réglementaire. Il (le Premier ministre) s’appuyait notamment sur les articles 67 et 76 de la Constitution ainsi que sur les dispositions du règlement intérieur de l’hémicycle.
La réaction du Parlement ne s’est pas fait attendre. L’Assemblée nationale a annoncé la suspension de la séance plénière du 19 août 2026, tout en dénonçant ce qu’elle qualifiait de volonté d’« obstruction systématique » au processus législatif destiné, selon elle, à renforcer la transparence dans la gestion des deniers publics.
Autrement dit, le duel n’a même pas eu besoin d’attendre le vote des députés pour devenir explosif.
Saisi par le chef du gouvernement, le Conseil constitutionnel devait déterminer si le Parlement pouvait légiférer sur les modalités prévues par le texte.
Le verdict est tombé le 25 août 2026. La haute juridiction a déclaré irrecevable la proposition de loi relative au régime juridique des crédits spéciaux. Selon les Sages, les modalités d’engagement, de liquidation, d’ordonnancement, de paiement, de justification et de contrôle de ces crédits relèvent d’une compétence confiée au pouvoir réglementaire dans le cadre constitutionnel et organique existant.
La décision met donc une fin, du moins pour l’instant, à l’initiative parlementaire
Mais au-delà du mot constitutionnel, le symbole politique est lourd. Le gouvernement a obtenu l’arbitrage qu’il sollicitait, tandis que l’Assemblée nationale dirigée par Ousmane Sonko voit son initiative stoppée avant même son examen en séance publique.
Le plus spectaculaire dans cette histoire demeure le parcours des deux hommes au cœur de cette confrontation.
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont longtemps incarné le même projet politique. Le premier a été choisi pour porter la candidature présidentielle de leur camp lorsque le second ne pouvait pas se présenter. Ensemble, ils ont conquis le pouvoir au nom de la rupture, de la souveraineté et de la refondation des institutions.
Mais une fois arrivés au pouvoir, leurs trajectoires institutionnelles ont commencé à diverger.
Ousman Sonko dirige aujourd’hui l’Assemblée nationale, tandis que Diomaye Faye exerce la fonction présidentielle. Cette configuration transforme chaque désaccord juridique en possible affrontement politique. Le dossier des crédits spéciaux en fournit une illustration particulièrement nette.
L’Assemblée nationale veut renforcer son pouvoir de contrôle et de législation sur un mécanisme financier longtemps entouré d’un épais brouillard institutionnel. L’Exécutif, lui, rappelle que le Parlement ne peut légiférer au-delà des compétences que lui confère la loi fondamentale.
Sur le papier, il s’agit d’un conflit de compétences. Dans les faits, la question est beaucoup plus politique : qui détient réellement la main sur les leviers de l’État ?
La question n’est pas anodine. Les crédits spéciaux constituent depuis longtemps un sujet sensible dans la gouvernance financière de l’État sénégalais. Leur régime particulier nourrit régulièrement les interrogations sur la transparence, le contrôle et la justification de certaines dépenses publiques.
La proposition parlementaire entendait précisément intervenir sur ce terrain. Mais le Conseil constitutionnel vient de rappeler une frontière essentielle : l’objectif de transparence, aussi légitime soit-il, ne permet pas au législateur de s’affranchir de la répartition constitutionnelle des compétences.
C’est là que réside la portée de la décision. Le Conseil ne s’est pas simplement prononcé sur les fonds spéciaux. Il a également rappelé à l’hémicycle les limites de son pouvoir législatif.
Cette nouvelle passe d’armes arrive après une autre décision constitutionnelle qui avait déjà opposé les deux anciens compagnons de lutte.
Le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale avait adopté la loi nᵒ 18/2026 portant révision de la Constitution. Saisi par le président Bassirou Diomaye Faye, le Conseil constitutionnel l’a déclaré anticonstitutionnelle le 9 juillet 2026. Les Sages avaient notamment relevé des violations liées à la procédure législative et aux règles constitutionnelles encadrant l’adoption du texte.
Deux mois plus tard, l’histoire se répète, avec un autre texte et une autre bataille.
Mais cette fois, le scénario est différent : il n’y a pas eu de vote en séance plénière sur les crédits spéciaux. Le texte avait été adopté en commission, puis la procédure a été suspendue après la saisine du Conseil constitutionnel.
Cette précision est essentielle pour éviter de transformer une bataille institutionnelle déjà suffisamment spectaculaire en bataille imaginaire.
Le paradoxe sénégalais est désormais manifeste : le pouvoir politique issu d’une même victoire électorale se retrouve à gérer des tensions entre institutions pourtant contrôlées par le même camp.
L’exécutif de Diomaye Faye entend préserver ses prérogatives constitutionnelles. L’Assemblée nationale, conduite par Sonko, entend, elle, exercer pleinement ses pouvoirs de contrôle et d’initiative législative.
Et derrière les textes, les articles de Constitution et les décisions des Sages, une question politique s’installe : les anciens camarades de lutte peuvent-ils continuer à gouverner ensemble lorsqu’ils ne partagent plus nécessairement la même lecture de l’exercice du pouvoir ?
Le dossier des fonds spéciaux ne constitue peut-être qu’un épisode. Mais il est révélateur d’une nouvelle réalité politique au Sénégal : après avoir combattu ensemble pour conquérir le pouvoir, les deux anciens alliés doivent désormais apprendre à se supporter lorsqu’ils sont devenus, chacun à leur manière, les gardiens d’une parcelle de ce même pouvoir.
La lutte continue donc. Elle a simplement quitté les estrades électorales pour investir les couloirs du Conseil constitutionnel, les bureaux de la Primature et les travées de l’Assemblée nationale.
Et, pour une fois, les coups ne se portent pas avec des slogans : ils se donnent à coups d’articles de Constitution.
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