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La disparition du G5 Sahel a souvent été analysée sous l’angle de la sécurité, de l’échec de la coopération militaire ou encore de la rupture entre les pays du Sahel et leurs partenaires occidentaux. Mais derrière la fin de cette organisation régionale se trouve une autre réalité, moins visible : celle des projets de développement, des mécanismes de coopération et des initiatives destinées aux populations, qui ont été fragilisés par cette rupture. Par Sandra Topona.. Créé en 2014 par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, le G5 Sahel avait pour ambition de répondre à des défis qui dépassaient largement la seule question sécuritaire. Développement, lutte contre la pauvreté, emploi, infrastructures, gouvernance et cohésion sociale figuraient également parmi ses priorités. Mais à partir de 2022, les crises politiques successives ont profondément bouleversé cette architecture. Le Mali s’est retiré du G5 Sahel en 2022. Le Burkina Faso et le Niger lui ont emboîté le pas en 2023, avant que l’organisation ne disparaisse de fait. Dans le même temps, ces trois États ont construit une nouvelle alliance : l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette rupture a-t-elle seulement modifié les alliances politiques de la région ? Ou a-t-elle également interrompu des dynamiques de coopération qui bénéficiaient directement aux populations ? Une coopération régionale qui ne se limitait pas aux militaires Le G5 Sahel était souvent réduit à sa force conjointe et à la lutte contre les groupes armés. Pourtant, son action reposait également sur des programmes de développement et sur une coopération destinée à renforcer les liens entre les sociétés civiles. La jeunesse occupait une place particulière dans cette stratégie. Réseau des jeunes du G5 Sahel : que reste-t-il de cette voix régionale ? Le Réseau des jeunes du G5 Sahel s’est progressivement structuré à partir de 2016 afin d’impliquer davantage les jeunes dans les politiques de paix, de sécurité et de développement de la région. Le réseau comptait plus de 1 250 jeunes et avait vocation à fédérer la jeunesse des cinq pays autour de préoccupations communes, tout en soutenant ses initiatives. À travers des programmes comme « La Voix des jeunes du Sahel », soutenus notamment par l’Union européenne et le Danemark, des espaces de dialogue avaient été créés entre les jeunes et les institutions. Le réseau avait ainsi permis à de nombreuses organisations de travailler ensemble sur des questions aussi essentielles que l’emploi, l’éducation, la participation citoyenne, la paix ou encore la prévention de la radicalisation. L’objectif était également de donner aux jeunes les moyens de faire entendre leurs préoccupations et de participer à la définition des politiques publiques dans des domaines qui conditionnent directement leur avenir : emploi, formation, éducation, paix, sécurité et citoyenneté. Avec la disparition du G5 Sahel, cet espace régional de dialogue, de rencontre et de portage de projets s’est progressivement fragilisé. Certaines initiatives ont été suspendues ou privées de leur cadre de coopération, tandis que d’autres ont dû rechercher de nouveaux partenaires et de nouvelles sources de financement. Quand les financements changent de route, les projets sont les premiers touchés. La question financière est essentielle pour comprendre les conséquences de cette rupture. La première phase de « La Voix des jeunes du Sahel » avait bénéficié d’une contribution européenne de plus de 2 millions d’euros, avant qu’une deuxième phase ne bénéficie à son tour d’un financement européen de plusieurs millions d’euros. Ces ressources avaient permis de financer des activités de dialogue, de renforcer les organisations de jeunesse et de soutenir des initiatives locales et régionales. Il serait toutefois inexact d’affirmer que la disparition du G5 Sahel a mécaniquement entraîné la disparition de l’ensemble des financements européens. La rupture a surtout modifié les conditions institutionnelles et politiques dans lesquelles ces programmes pouvaient être mis en œuvre. Des projets ont été suspendus, d’autres ont perdu leur cadre institutionnel, tandis que certaines initiatives ont dû rechercher de nouveaux partenaires ou de nouvelles structures d’accueil. C’est précisément cette conséquence qu’il faut regarder de près : lorsqu’une architecture régionale disparaît, ce ne sont pas seulement des bureaux et des institutions qui ferment. Ce sont aussi des projets qui peuvent perdre leur financement, leur coordination ou, tout simplement, leur cadre d’existence. Radio Jeunesse Sahel, symbole d’un projet interrompu L’un des exemples les plus révélateurs est celui de Radio Jeunesse Sahel. Le projet avait été conçu pour donner une voix aux jeunes des cinq pays du G5 Sahel. Il devait constituer un espace régional d’information, de dialogue et de participation destiné notamment aux 15-35 ans. Le projet était déjà largement engagé : des locaux avaient été aménagés, du matériel installé et du personnel recruté puis formé. Mais en avril 2024, dans le contexte de la recomposition régionale, le projet a été suspendu. Les contrats des agents ont été interrompus et les émetteurs arrêtés. Un projet qui avait nécessité plusieurs années de préparation et mobilisé des partenaires internationaux s’est ainsi retrouvé privé de continuité dans sa forme initiale. Le cas de Radio Jeunesse Sahel résume à lui seul la fragilité des projets régionaux : une initiative peut être techniquement prête à fonctionner, disposer de personnel et avoir bénéficié de financements, mais devenir vulnérable dès lors que le cadre politique qui la porte disparaît. Une jeunesse qui perd plus qu’un financement La perte ne se résume donc pas à l’arrêt de quelques programmes. Pour les jeunes du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, le G5 Sahel avait créé un espace dans lequel les frontières nationales comptaient moins que les problèmes communs. Chômage, accès à l’éducation, formation professionnelle, migration, précarité, radicalisation et insécurité ne s’arrêtent pas aux frontières. Les mécanismes régionaux permettaient précisément de mettre en relation des organisations confrontées aux mêmes difficultés et de construire des réponses communes. La disparition de ces espaces risque donc de renforcer la fragmentation d’une région dont les problèmes, eux, demeurent profondément transfrontaliers. L’enjeu est d’autant plus important que le Sahel demeure l’une des régions les plus jeunes du monde. La perte des espaces de dialogue et des possibilités de financement signifie aussi moins d’opportunités de collaboration, de formation, d’entrepreneuriat et de participation citoyenne. Au-delà de la jeunesse, c’est toute une architecture qui s’est effondrée. Mais réduire les conséquences de la disparition du G5 Sahel à la seule jeunesse serait insuffisant. La rupture a affecté un ensemble plus large de mécanismes de coopération : projets de développement, initiatives transfrontalières, programmes de la société civile, dispositifs destinés aux femmes, coopération avec les partenaires internationaux et mécanismes de coordination régionale. Le changement a également eu une dimension sécuritaire majeure La force conjointe du G5 Sahel, créée pour permettre aux armées des cinq pays de lutter ensemble contre les groupes armés, a perdu sa cohérence avec le retrait progressif du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La disparition du G5 a ainsi accompagné une transformation beaucoup plus profonde : le passage d’un modèle de coopération régionale soutenu par plusieurs partenaires internationaux à une nouvelle architecture fondée davantage sur la souveraineté des États membres de l’AES. Qui remplace les anciens partenaires ? C’est probablement l’une des questions centrales de l’après-G5. L’Union européenne et d’autres partenaires occidentaux avaient joué un rôle important dans le financement de nombreux programmes de développement et de coopération. Avec les tensions diplomatiques et le retrait de plusieurs partenaires occidentaux, les États de l’AES cherchent désormais à diversifier leurs relations. De nouveaux partenaires occupent progressivement davantage de place dans la région, notamment la Russie, la Turquie, la Chine et certains pays du Golfe. Cette évolution peut être présentée comme une volonté d’indépendance et de diversification des partenariats. Mais elle soulève une question fondamentale : les nouveaux partenaires sont-ils prêts à reprendre les investissements sociaux et les programmes de développement autrefois soutenus par les anciens bailleurs ? Un changement de partenaire ne garantit pas automatiquement la continuité d’un projet. Et c’est précisément là que la jeunesse risque de payer le prix de la transition. L’AES peut-elle reconstruire ce qui a été perdu ? L’Alliance des États du Sahel ne part toutefois pas de zéro. Les trois pays ont commencé à mettre en place leurs propres mécanismes de coopération dans différents domaines, notamment en direction de la jeunesse. Des forums régionaux consacrés aux jeunes ont ainsi été organisés dans l’espace AES. Au Niger, les anciennes installations de Radio Jeunesse Sahel ont également été envisagées pour accueillir un projet de Radio AES. Cette évolution montre que tout n’a pas disparu. Certains projets et certaines idées cherchent à être réorientés vers la nouvelle architecture régionale. Mais une interrogation demeure : ces nouveaux mécanismes permettront-ils de retrouver le niveau de coopération, de financement et de mobilisation régionale qui existait auparavant ? L’enjeu n’est pas de savoir si l’AES doit reproduire le G5 Sahel. Les deux organisations reposent sur des visions politiques différentes. La véritable question est de savoir si les populations continueront à bénéficier de programmes concrets capables d’améliorer leur quotidien. Le vrai bilan du G5 se mesure aussi à ce qui n’a pas survécu. La disparition du G5 Sahel ne peut donc pas être évaluée uniquement à travers ses résultats militaires ou ses échecs diplomatiques. Elle doit également être regardée à travers les projets interrompus, les financements réorientés, les réseaux qui ont perdu leur cadre régional et les populations contraintes d’attendre de nouvelles réponses. Pour la jeunesse, le bilan est particulièrement préoccupant Le G5 avait réussi, malgré ses limites, à créer une dynamique permettant à des jeunes de cinq pays de travailler ensemble. Des financements européens avaient permis de transformer certaines ambitions en projets concrets. La disparition de l’organisation a fragilisé cette dynamique au moment même où les défis sociaux et économiques du Sahel demeurent considérables. Aujourd’hui, l’AES promet une nouvelle page Mais cette nouvelle page ne pourra pas être écrite uniquement avec des déclarations politiques et des sommets. Car derrière les cartes géopolitiques que les dirigeants redessinent, il y a des projets arrêtés, des financements qui changent de route et une génération qui attend toujours des réponses. Le G5 Sahel est peut-être mort. Mais si l’AES veut réellement incarner un nouveau départ, elle devra démontrer que le changement d’architecture régionale ne signifie pas l’abandon des populations. Du G5 Sahel à l’AES, les alliances ont changé. Les partenaires changent. Les institutions changent. Mais pour les jeunes du Sahel, une question demeure : qui financera désormais leurs projets, qui portera leur voix et, surtout, qui leur donnera les moyens de construire l’avenir d’une région dont ils seront les premiers héritiers ?.⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes
Créé en 2014 par le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, le G5 Sahel avait pour ambition de répondre à des défis qui dépassaient largement la seule question sécuritaire. Développement, lutte contre la pauvreté, emploi, infrastructures, gouvernance et cohésion sociale figuraient également parmi ses priorités.
Mais à partir de 2022, les crises politiques successives ont profondément bouleversé cette architecture. Le Mali s’est retiré du G5 Sahel en 2022. Le Burkina Faso et le Niger lui ont emboîté le pas en 2023, avant que l’organisation ne disparaisse de fait. Dans le même temps, ces trois États ont construit une nouvelle alliance : l’Alliance des États du Sahel (AES).
Cette rupture a-t-elle seulement modifié les alliances politiques de la région ? Ou a-t-elle également interrompu des dynamiques de coopération qui bénéficiaient directement aux populations ?
Le G5 Sahel était souvent réduit à sa force conjointe et à la lutte contre les groupes armés. Pourtant, son action reposait également sur des programmes de développement et sur une coopération destinée à renforcer les liens entre les sociétés civiles.
La jeunesse occupait une place particulière dans cette stratégie.
Le Réseau des jeunes du G5 Sahel s’est progressivement structuré à partir de 2016 afin d’impliquer davantage les jeunes dans les politiques de paix, de sécurité et de développement de la région.
Le réseau comptait plus de 1 250 jeunes et avait vocation à fédérer la jeunesse des cinq pays autour de préoccupations communes, tout en soutenant ses initiatives.
À travers des programmes comme « La Voix des jeunes du Sahel », soutenus notamment par l’Union européenne et le Danemark, des espaces de dialogue avaient été créés entre les jeunes et les institutions. Le réseau avait ainsi permis à de nombreuses organisations de travailler ensemble sur des questions aussi essentielles que l’emploi, l’éducation, la participation citoyenne, la paix ou encore la prévention de la radicalisation.
L’objectif était également de donner aux jeunes les moyens de faire entendre leurs préoccupations et de participer à la définition des politiques publiques dans des domaines qui conditionnent directement leur avenir : emploi, formation, éducation, paix, sécurité et citoyenneté.
Avec la disparition du G5 Sahel, cet espace régional de dialogue, de rencontre et de portage de projets s’est progressivement fragilisé. Certaines initiatives ont été suspendues ou privées de leur cadre de coopération, tandis que d’autres ont dû rechercher de nouveaux partenaires et de nouvelles sources de financement.
Quand les financements changent de route, les projets sont les premiers touchés.
La question financière est essentielle pour comprendre les conséquences de cette rupture.
La première phase de « La Voix des jeunes du Sahel » avait bénéficié d’une contribution européenne de plus de 2 millions d’euros, avant qu’une deuxième phase ne bénéficie à son tour d’un financement européen de plusieurs millions d’euros.
Ces ressources avaient permis de financer des activités de dialogue, de renforcer les organisations de jeunesse et de soutenir des initiatives locales et régionales.
Il serait toutefois inexact d’affirmer que la disparition du G5 Sahel a mécaniquement entraîné la disparition de l’ensemble des financements européens. La rupture a surtout modifié les conditions institutionnelles et politiques dans lesquelles ces programmes pouvaient être mis en œuvre.
Des projets ont été suspendus, d’autres ont perdu leur cadre institutionnel, tandis que certaines initiatives ont dû rechercher de nouveaux partenaires ou de nouvelles structures d’accueil.
C’est précisément cette conséquence qu’il faut regarder de près : lorsqu’une architecture régionale disparaît, ce ne sont pas seulement des bureaux et des institutions qui ferment. Ce sont aussi des projets qui peuvent perdre leur financement, leur coordination ou, tout simplement, leur cadre d’existence.
L’un des exemples les plus révélateurs est celui de Radio Jeunesse Sahel.
Le projet avait été conçu pour donner une voix aux jeunes des cinq pays du G5 Sahel. Il devait constituer un espace régional d’information, de dialogue et de participation destiné notamment aux 15-35 ans.
Le projet était déjà largement engagé : des locaux avaient été aménagés, du matériel installé et du personnel recruté puis formé.
Mais en avril 2024, dans le contexte de la recomposition régionale, le projet a été suspendu. Les contrats des agents ont été interrompus et les émetteurs arrêtés.
Un projet qui avait nécessité plusieurs années de préparation et mobilisé des partenaires internationaux s’est ainsi retrouvé privé de continuité dans sa forme initiale.
Le cas de Radio Jeunesse Sahel résume à lui seul la fragilité des projets régionaux : une initiative peut être techniquement prête à fonctionner, disposer de personnel et avoir bénéficié de financements, mais devenir vulnérable dès lors que le cadre politique qui la porte disparaît.
La perte ne se résume donc pas à l’arrêt de quelques programmes.
Pour les jeunes du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, le G5 Sahel avait créé un espace dans lequel les frontières nationales comptaient moins que les problèmes communs.
Chômage, accès à l’éducation, formation professionnelle, migration, précarité, radicalisation et insécurité ne s’arrêtent pas aux frontières.
Les mécanismes régionaux permettaient précisément de mettre en relation des organisations confrontées aux mêmes difficultés et de construire des réponses communes.
La disparition de ces espaces risque donc de renforcer la fragmentation d’une région dont les problèmes, eux, demeurent profondément transfrontaliers.
L’enjeu est d’autant plus important que le Sahel demeure l’une des régions les plus jeunes du monde. La perte des espaces de dialogue et des possibilités de financement signifie aussi moins d’opportunités de collaboration, de formation, d’entrepreneuriat et de participation citoyenne.
Au-delà de la jeunesse, c’est toute une architecture qui s’est effondrée.
Mais réduire les conséquences de la disparition du G5 Sahel à la seule jeunesse serait insuffisant.
La rupture a affecté un ensemble plus large de mécanismes de coopération : projets de développement, initiatives transfrontalières, programmes de la société civile, dispositifs destinés aux femmes, coopération avec les partenaires internationaux et mécanismes de coordination régionale.
La force conjointe du G5 Sahel, créée pour permettre aux armées des cinq pays de lutter ensemble contre les groupes armés, a perdu sa cohérence avec le retrait progressif du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
La disparition du G5 a ainsi accompagné une transformation beaucoup plus profonde : le passage d’un modèle de coopération régionale soutenu par plusieurs partenaires internationaux à une nouvelle architecture fondée davantage sur la souveraineté des États membres de l’AES.
Qui remplace les anciens partenaires ?
C’est probablement l’une des questions centrales de l’après-G5.
L’Union européenne et d’autres partenaires occidentaux avaient joué un rôle important dans le financement de nombreux programmes de développement et de coopération.
Avec les tensions diplomatiques et le retrait de plusieurs partenaires occidentaux, les États de l’AES cherchent désormais à diversifier leurs relations. De nouveaux partenaires occupent progressivement davantage de place dans la région, notamment la Russie, la Turquie, la Chine et certains pays du Golfe.
Cette évolution peut être présentée comme une volonté d’indépendance et de diversification des partenariats. Mais elle soulève une question fondamentale : les nouveaux partenaires sont-ils prêts à reprendre les investissements sociaux et les programmes de développement autrefois soutenus par les anciens bailleurs ?
Un changement de partenaire ne garantit pas automatiquement la continuité d’un projet.
Et c’est précisément là que la jeunesse risque de payer le prix de la transition.
L’AES peut-elle reconstruire ce qui a été perdu ?
L’Alliance des États du Sahel ne part toutefois pas de zéro.
Les trois pays ont commencé à mettre en place leurs propres mécanismes de coopération dans différents domaines, notamment en direction de la jeunesse. Des forums régionaux consacrés aux jeunes ont ainsi été organisés dans l’espace AES.
Au Niger, les anciennes installations de Radio Jeunesse Sahel ont également été envisagées pour accueillir un projet de Radio AES.
Cette évolution montre que tout n’a pas disparu. Certains projets et certaines idées cherchent à être réorientés vers la nouvelle architecture régionale.
Mais une interrogation demeure : ces nouveaux mécanismes permettront-ils de retrouver le niveau de coopération, de financement et de mobilisation régionale qui existait auparavant ?
L’enjeu n’est pas de savoir si l’AES doit reproduire le G5 Sahel. Les deux organisations reposent sur des visions politiques différentes.
La véritable question est de savoir si les populations continueront à bénéficier de programmes concrets capables d’améliorer leur quotidien.
Le vrai bilan du G5 se mesure aussi à ce qui n’a pas survécu.
La disparition du G5 Sahel ne peut donc pas être évaluée uniquement à travers ses résultats militaires ou ses échecs diplomatiques.
Elle doit également être regardée à travers les projets interrompus, les financements réorientés, les réseaux qui ont perdu leur cadre régional et les populations contraintes d’attendre de nouvelles réponses.
Le G5 avait réussi, malgré ses limites, à créer une dynamique permettant à des jeunes de cinq pays de travailler ensemble. Des financements européens avaient permis de transformer certaines ambitions en projets concrets. La disparition de l’organisation a fragilisé cette dynamique au moment même où les défis sociaux et économiques du Sahel demeurent considérables.
Mais cette nouvelle page ne pourra pas être écrite uniquement avec des déclarations politiques et des sommets.
Car derrière les cartes géopolitiques que les dirigeants redessinent, il y a des projets arrêtés, des financements qui changent de route et une génération qui attend toujours des réponses.
Le G5 Sahel est peut-être mort. Mais si l’AES veut réellement incarner un nouveau départ, elle devra démontrer que le changement d’architecture régionale ne signifie pas l’abandon des populations.
Du G5 Sahel à l’AES, les alliances ont changé. Les partenaires changent. Les institutions changent. Mais pour les jeunes du Sahel, une question demeure : qui financera désormais leurs projets, qui portera leur voix et, surtout, qui leur donnera les moyens de construire l’avenir d’une région dont ils seront les premiers héritiers ?
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