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Le gouvernement nigérian veut tourner la page d’une législation héritée de l’époque coloniale. Le Conseil exécutif fédéral a approuvé une réforme visant à dépénaliser la tentative de suicide et à substituer à la sanction pénale une prise en charge médicale, psychologique et sociale. Une évolution majeure dans un pays confronté à une crise silencieuse de santé mentale. Par Éric Ngarlem Toldé.. Au Nigeria, survivre à une tentative de suicide pourrait bientôt cesser d’être synonyme de poursuites judiciaires. Le gouvernement fédéral a engagé une réforme qui pourrait mettre fin à une disposition particulièrement controversée de la législation nigériane : celle qui permet encore de traiter comme un délinquant une personne ayant tenté de mettre fin à ses jours. Le Conseil exécutif fédéral a approuvé, le 19 août 2026, un amendement à la loi nationale sur la santé mentale destiné à dépénaliser la tentative de suicide. Le texte doit désormais être transmis à l’Assemblée nationale, qui devra l’examiner et l’adopter avant son entrée en vigueur. La réforme n’est donc pas encore une loi, mais elle constitue une étape importante dans un processus engagé depuis plusieurs années. L’annonce a été faite par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Muhammad Ali Pate. Pour le gouvernement, le principe doit être simple : une personne qui tente de se suicider n’est pas un criminel. Elle est avant tout une personne en détresse qui a besoin d’aide. Une survivante pouvait encore devenir une justiciable Le paradoxe du système nigérian est saisissant. Alors que le pays s’est doté en 2021 d’une loi nationale sur la santé mentale privilégiant la protection, les soins et l’accompagnement des personnes vulnérables, des dispositions pénales héritées de la période coloniale continuent de criminaliser la tentative de suicide. L’article 327 du Criminal Code Act prévoit actuellement une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement. Dans le cadre du, applicable notamment dans le nord du pays, la tentative de suicide peut également entraîner une peine d’emprisonnement pouvant atteindre un an, une amende ou les deux. Autrement dit, une personne qui vient de survivre à un épisode de détresse psychologique peut, au lieu d’être immédiatement orientée vers un médecin, un psychologue ou un service spécialisé, se retrouver confrontée à la police et à la justice. C’est précisément cette logique que le gouvernement veut remettre en cause « L’idée est que la tentative de suicide n’est pas un crime », a expliqué le ministre Muhammad Ali Pate, estimant que la criminalisation pouvait décourager les personnes en crise de rechercher de l’aide. Derrière cette réforme juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : que doit faire une société lorsqu’un individu est arrivé au point de vouloir mourir ? Punir ou soigner ? Enfermer ou écouter ? Accuser ou protéger ? Pour Abuja, la réponse commence désormais à pencher clairement vers la seconde option. La peur de la prison peut aussi empêcher de demander de l’aide. Les autorités nigérianes considèrent que la menace de poursuites constitue un obstacle supplémentaire pour les personnes en détresse. Une personne qui sait qu’une tentative de suicide peut lui valoir une arrestation peut hésiter à appeler les secours, à se rendre dans un établissement de santé ou à parler de ses pensées suicidaires. Or, dans ce type de situation, le silence peut être particulièrement dangereux La réforme entend donc changer le premier réflexe des institutions. Au lieu de considérer le survivant comme l’auteur d’une infraction, il s’agirait de déterminer ce qui l’a conduit à cette situation et de lui apporter une réponse adaptée : soins médicaux, évaluation psychologique, accompagnement psychiatrique, soutien psychosocial et suivi dans la durée. Le changement ne serait pas seulement juridique. Il serait également culturel Pendant longtemps, la détresse psychologique a été entourée de honte, de stigmatisation et parfois de considérations morales. Dans de nombreuses sociétés, la personne ayant tenté de se suicider est encore perçue comme quelqu’un qui a commis une faute, plutôt que comme une personne traversant une crise. Le Nigeria veut désormais déplacer le curseur : de la culpabilité vers la prévention, de la sanction vers le soin. Cette orientation rejoint celle défendue par l’Organisation mondiale de la santé. Dans un document consacré à la dépénalisation du suicide et des tentatives de suicide, l’OMS considère la suppression des sanctions pénales comme une mesure susceptible de favoriser la prévention et l’accès aux soins. Elle rappelle également que plusieurs pays ont déjà engagé cette évolution. Une réforme qui arrive dans un système de santé mentale sous tension Mais supprimer la prison ne suffira pas C’est probablement le principal défi auquel sera confronté le Nigeria après une éventuelle adoption de la réforme. Car dépénaliser une tentative de suicide signifie nécessairement renforcer la capacité du système de santé à prendre en charge les personnes concernées. Or les besoins sont immenses. Le ministre Muhammad Ali Pate a cité des estimations de l’OMS faisant état de plus de 7 000 décès par suicide chaque année au Nigeria et d’environ 300 000 tentatives annuelles. Ces chiffres donnent la mesure du problème. Derrière chaque statistique se trouvent des familles, des proches, des parcours de souffrance et des situations de détresse souvent invisibles. Le pays doit donc être capable de proposer une réponse après la crise, mais également avant qu’elle ne survienne. Cela suppose davantage de professionnels de santé mentale, des services accessibles, des structures d’écoute, des mécanismes d’intervention rapide, un meilleur accompagnement communautaire et une véritable politique de prévention. La disponibilité des soins constitue justement l’un des points faibles du système. L’OMS souligne que le Nigeria travaille encore à renforcer l’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires et à améliorer la couverture des services. Elle rappelle notamment que la protection financière et l’accès aux soins restent des défis majeurs. Des professionnels qui réclament plus qu’un changement de loi La dépénalisation est donc accueillie comme une avancée, mais elle ne doit pas devenir une réforme cosmétique. Les spécialistes de la santé mentale plaident depuis longtemps pour que les personnes ayant survécu à une tentative de suicide bénéficient d’une prise en charge et non d’une condamnation. Le professeur Jibril Abdulmalik, psychiatre et directeur de la fondation Asido, considère notamment que la législation ne s’attaque pas aux causes profondes des tentatives de suicide. Les personnes concernées ont besoin de traitement, d’écoute et d’accompagnement. Cette réalité pose une question embarrassante au gouvernement : que se passera-t-il le lendemain de la dépénalisation ? Si une personne n’est plus envoyée devant un tribunal mais qu’elle ne trouve aucun psychiatre disponible, aucun psychologue, aucune structure d’accueil et aucun programme de suivi, la réforme aura déplacé le problème sans réellement le résoudre. Le Nigeria devra donc éviter un scénario dans lequel la loi devient moderne tandis que les services restent insuffisants. Un objectif : réduire de 15 % les suicides et les tentatives d’ici 2030 Le gouvernement a fixé un objectif précis : réduire de 15 % les suicides et les tentatives de suicide d’ici 2030. La dépénalisation constitue l’un des instruments de cette stratégie. Pour Abuja, retirer la menace pénale pourrait contribuer à améliorer le recours aux soins, mais aussi à obtenir de meilleures données sur le phénomène. Une partie des situations demeure difficile à documenter lorsque les familles et les personnes concernées craignent la stigmatisation ou les conséquences judiciaires. Or, sans données fiables, il est difficile de concevoir des politiques publiques efficaces. La prévention doit permettre d’identifier les facteurs de risque, les populations particulièrement vulnérables, les zones où les services sont insuffisants et les moments où les interventions peuvent sauver des vies. La santé mentale ne peut donc plus être traitée comme une question marginale. Une vieille loi face à une nouvelle conception de la santé mentale La réforme nigériane met également en lumière une contradiction héritée de l’histoire juridique du pays. D’un côté, certaines dispositions pénales remontent à une époque où la santé mentale était largement abordée sous l’angle de la déviance, de la morale ou de la sanction. De l’autre côté, les politiques contemporaines de santé publique considèrent de plus en plus la souffrance psychologique comme une question médicale, sociale et communautaire. Le Nigeria tente aujourd’hui de faire correspondre son droit à cette nouvelle conception. L’OMS estime d’ailleurs que la criminalisation du suicide et des tentatives de suicide demeure un obstacle à la prévention dans les pays qui la pratiquent encore. Selon son analyse, dépénaliser permet notamment de réduire la peur de demander de l’aide et de favoriser une approche davantage centrée sur la santé publique. Le mouvement n’est donc pas propre au Nigeria. Plusieurs États ont déjà supprimé les sanctions pénales liées au suicide ou aux tentatives de suicide. Abuja s’inscrit désormais dans cette dynamique internationale. Le Parlement face à une réforme symbolique La prochaine bataille se déroulera à l’Assemblée nationale. Le gouvernement fédéral devra convaincre les parlementaires de traduire son engagement en modification effective de la législation. Jusqu’à l’adoption définitive du texte, les dispositions actuelles restent applicables. Le débat parlementaire sera donc déterminant Au-delà de la suppression d’une peine de prison, c’est une conception de la responsabilité publique qui est en jeu. Si une personne tente de mourir, la question n’est pas seulement de savoir quelle sanction lui appliquer. Il faut aussi se demander pourquoi elle en est arrivée là, comment éviter une récidive et comment protéger ceux qui, autour d’elle, peuvent eux aussi être affectés. Le gouvernement nigérian semble avoir compris que la prison n’est pas un traitement. Reste maintenant à transformer cette prise de conscience en politique publique suffisamment solide pour que la dépénalisation ne soit pas seulement un changement dans le Code, mais une véritable porte ouverte vers les soins. Une avancée juridique, un immense chantier humain Le Nigeria est donc à la veille d’un changement important. Si le Parlement adopte la réforme, une personne ayant survécu à une tentative de suicide ne sera plus juridiquement considérée comme quelqu’un qu’il faut punir, mais comme quelqu’un qu’il faut protéger et soigner. La portée symbolique est considérable. Mais le véritable test commencera après le vote. Car dépénaliser la tentative de suicide est le premier pas. Encore faut-il disposer des médecins pour accueillir, des psychologues pour écouter, des structures pour accompagner, des familles pour soutenir et des politiques publiques pour prévenir. Le Nigeria ne pourra pas combattre le suicide avec le seul langage de la loi. Il devra également investir dans celui de la santé, de la dignité et de la solidarité. La réforme annoncée par Abuja pourrait ainsi marquer la fin d’une absurdité juridique : punir celui qui vient de survivre à sa propre détresse. Mais elle ne deviendra une victoire de santé publique que si, derrière la porte du tribunal désormais fermée, une autre porte s’ouvre réellement, celle des soins..⏱ Temps de lecture estimé : 11 minutes
Au Nigeria, survivre à une tentative de suicide pourrait bientôt cesser d’être synonyme de poursuites judiciaires. Le gouvernement fédéral a engagé une réforme qui pourrait mettre fin à une disposition particulièrement controversée de la législation nigériane : celle qui permet encore de traiter comme un délinquant une personne ayant tenté de mettre fin à ses jours.
Le Conseil exécutif fédéral a approuvé, le 19 août 2026, un amendement à la loi nationale sur la santé mentale destiné à dépénaliser la tentative de suicide. Le texte doit désormais être transmis à l’Assemblée nationale, qui devra l’examiner et l’adopter avant son entrée en vigueur. La réforme n’est donc pas encore une loi, mais elle constitue une étape importante dans un processus engagé depuis plusieurs années.
L’annonce a été faite par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Muhammad Ali Pate. Pour le gouvernement, le principe doit être simple : une personne qui tente de se suicider n’est pas un criminel. Elle est avant tout une personne en détresse qui a besoin d’aide.
Le paradoxe du système nigérian est saisissant. Alors que le pays s’est doté en 2021 d’une loi nationale sur la santé mentale privilégiant la protection, les soins et l’accompagnement des personnes vulnérables, des dispositions pénales héritées de la période coloniale continuent de criminaliser la tentative de suicide.
L’article 327 du Criminal Code Act prévoit actuellement une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement. Dans le cadre du, applicable notamment dans le nord du pays, la tentative de suicide peut également entraîner une peine d’emprisonnement pouvant atteindre un an, une amende ou les deux.
Autrement dit, une personne qui vient de survivre à un épisode de détresse psychologique peut, au lieu d’être immédiatement orientée vers un médecin, un psychologue ou un service spécialisé, se retrouver confrontée à la police et à la justice.
« L’idée est que la tentative de suicide n’est pas un crime », a expliqué le ministre Muhammad Ali Pate, estimant que la criminalisation pouvait décourager les personnes en crise de rechercher de l’aide.
Derrière cette réforme juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : que doit faire une société lorsqu’un individu est arrivé au point de vouloir mourir ?
Pour Abuja, la réponse commence désormais à pencher clairement vers la seconde option.
La peur de la prison peut aussi empêcher de demander de l’aide.
Les autorités nigérianes considèrent que la menace de poursuites constitue un obstacle supplémentaire pour les personnes en détresse. Une personne qui sait qu’une tentative de suicide peut lui valoir une arrestation peut hésiter à appeler les secours, à se rendre dans un établissement de santé ou à parler de ses pensées suicidaires.
La réforme entend donc changer le premier réflexe des institutions. Au lieu de considérer le survivant comme l’auteur d’une infraction, il s’agirait de déterminer ce qui l’a conduit à cette situation et de lui apporter une réponse adaptée : soins médicaux, évaluation psychologique, accompagnement psychiatrique, soutien psychosocial et suivi dans la durée.
Pendant longtemps, la détresse psychologique a été entourée de honte, de stigmatisation et parfois de considérations morales. Dans de nombreuses sociétés, la personne ayant tenté de se suicider est encore perçue comme quelqu’un qui a commis une faute, plutôt que comme une personne traversant une crise.
Le Nigeria veut désormais déplacer le curseur : de la culpabilité vers la prévention, de la sanction vers le soin.
Cette orientation rejoint celle défendue par l’Organisation mondiale de la santé. Dans un document consacré à la dépénalisation du suicide et des tentatives de suicide, l’OMS considère la suppression des sanctions pénales comme une mesure susceptible de favoriser la prévention et l’accès aux soins. Elle rappelle également que plusieurs pays ont déjà engagé cette évolution.
Une réforme qui arrive dans un système de santé mentale sous tension
C’est probablement le principal défi auquel sera confronté le Nigeria après une éventuelle adoption de la réforme. Car dépénaliser une tentative de suicide signifie nécessairement renforcer la capacité du système de santé à prendre en charge les personnes concernées.
Or les besoins sont immenses.
Le ministre Muhammad Ali Pate a cité des estimations de l’OMS faisant état de plus de 7 000 décès par suicide chaque année au Nigeria et d’environ 300 000 tentatives annuelles.
Ces chiffres donnent la mesure du problème. Derrière chaque statistique se trouvent des familles, des proches, des parcours de souffrance et des situations de détresse souvent invisibles.
Le pays doit donc être capable de proposer une réponse après la crise, mais également avant qu’elle ne survienne.
Cela suppose davantage de professionnels de santé mentale, des services accessibles, des structures d’écoute, des mécanismes d’intervention rapide, un meilleur accompagnement communautaire et une véritable politique de prévention.
La disponibilité des soins constitue justement l’un des points faibles du système. L’OMS souligne que le Nigeria travaille encore à renforcer l’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires et à améliorer la couverture des services. Elle rappelle notamment que la protection financière et l’accès aux soins restent des défis majeurs.
La dépénalisation est donc accueillie comme une avancée, mais elle ne doit pas devenir une réforme cosmétique.
Les spécialistes de la santé mentale plaident depuis longtemps pour que les personnes ayant survécu à une tentative de suicide bénéficient d’une prise en charge et non d’une condamnation.
Le professeur Jibril Abdulmalik, psychiatre et directeur de la fondation Asido, considère notamment que la législation ne s’attaque pas aux causes profondes des tentatives de suicide. Les personnes concernées ont besoin de traitement, d’écoute et d’accompagnement.
Cette réalité pose une question embarrassante au gouvernement : que se passera-t-il le lendemain de la dépénalisation ?
Si une personne n’est plus envoyée devant un tribunal mais qu’elle ne trouve aucun psychiatre disponible, aucun psychologue, aucune structure d’accueil et aucun programme de suivi, la réforme aura déplacé le problème sans réellement le résoudre.
Le Nigeria devra donc éviter un scénario dans lequel la loi devient moderne tandis que les services restent insuffisants.
Le gouvernement a fixé un objectif précis : réduire de 15 % les suicides et les tentatives de suicide d’ici 2030.
La dépénalisation constitue l’un des instruments de cette stratégie.
Pour Abuja, retirer la menace pénale pourrait contribuer à améliorer le recours aux soins, mais aussi à obtenir de meilleures données sur le phénomène. Une partie des situations demeure difficile à documenter lorsque les familles et les personnes concernées craignent la stigmatisation ou les conséquences judiciaires.
Or, sans données fiables, il est difficile de concevoir des politiques publiques efficaces.
La prévention doit permettre d’identifier les facteurs de risque, les populations particulièrement vulnérables, les zones où les services sont insuffisants et les moments où les interventions peuvent sauver des vies.
La santé mentale ne peut donc plus être traitée comme une question marginale.
Une vieille loi face à une nouvelle conception de la santé mentale
La réforme nigériane met également en lumière une contradiction héritée de l’histoire juridique du pays.
D’un côté, certaines dispositions pénales remontent à une époque où la santé mentale était largement abordée sous l’angle de la déviance, de la morale ou de la sanction. De l’autre côté, les politiques contemporaines de santé publique considèrent de plus en plus la souffrance psychologique comme une question médicale, sociale et communautaire.
Le Nigeria tente aujourd’hui de faire correspondre son droit à cette nouvelle conception.
L’OMS estime d’ailleurs que la criminalisation du suicide et des tentatives de suicide demeure un obstacle à la prévention dans les pays qui la pratiquent encore. Selon son analyse, dépénaliser permet notamment de réduire la peur de demander de l’aide et de favoriser une approche davantage centrée sur la santé publique.
Le mouvement n’est donc pas propre au Nigeria. Plusieurs États ont déjà supprimé les sanctions pénales liées au suicide ou aux tentatives de suicide. Abuja s’inscrit désormais dans cette dynamique internationale.
La prochaine bataille se déroulera à l’Assemblée nationale.
Le gouvernement fédéral devra convaincre les parlementaires de traduire son engagement en modification effective de la législation. Jusqu’à l’adoption définitive du texte, les dispositions actuelles restent applicables.
Au-delà de la suppression d’une peine de prison, c’est une conception de la responsabilité publique qui est en jeu. Si une personne tente de mourir, la question n’est pas seulement de savoir quelle sanction lui appliquer. Il faut aussi se demander pourquoi elle en est arrivée là, comment éviter une récidive et comment protéger ceux qui, autour d’elle, peuvent eux aussi être affectés.
Le gouvernement nigérian semble avoir compris que la prison n’est pas un traitement.
Reste maintenant à transformer cette prise de conscience en politique publique suffisamment solide pour que la dépénalisation ne soit pas seulement un changement dans le Code, mais une véritable porte ouverte vers les soins.
Le Nigeria est donc à la veille d’un changement important. Si le Parlement adopte la réforme, une personne ayant survécu à une tentative de suicide ne sera plus juridiquement considérée comme quelqu’un qu’il faut punir, mais comme quelqu’un qu’il faut protéger et soigner.
La portée symbolique est considérable.
Mais le véritable test commencera après le vote.
Car dépénaliser la tentative de suicide est le premier pas. Encore faut-il disposer des médecins pour accueillir, des psychologues pour écouter, des structures pour accompagner, des familles pour soutenir et des politiques publiques pour prévenir.
Le Nigeria ne pourra pas combattre le suicide avec le seul langage de la loi. Il devra également investir dans celui de la santé, de la dignité et de la solidarité.
La réforme annoncée par Abuja pourrait ainsi marquer la fin d’une absurdité juridique : punir celui qui vient de survivre à sa propre détresse. Mais elle ne deviendra une victoire de santé publique que si, derrière la porte du tribunal désormais fermée, une autre porte s’ouvre réellement, celle des soins.
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