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Après quatre années de gel, le prix du gasoil augmente au Burkina Faso. Depuis ce lundi 10 août, le litre est vendu à 750 FCFA contre 675 FCFA auparavant, soit une hausse de 75 FCFA, équivalente à environ 11,1 % selon l'agence Ecofin. La décision, annoncée au journal de 20 heures de la RTB par Abdou-Salam Gampéné, secrétaire général de la Primature et président du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures (CIDPH), intervient dans un contexte économique et social particulièrement sensible. Éric Ngarlem Toldé.. Pour les autorités burkinabè, il ne s’agit pas d’une augmentation décidée à la légère. Le gouvernement invoque l’évolution des coûts sur les marchés internationaux, l’augmentation des frais logistiques et de transport ainsi que les difficultés liées à l’approvisionnement du pays. Le prix de 675 FCFA était maintenu depuis août 2022, malgré les fluctuations intervenues depuis sur les marchés pétroliers internationaux. Mais derrière ces 75 francs supplémentaires se joue une question autrement plus importante : jusqu’où l’État burkinabè peut-il continuer à protéger le consommateur contre la hausse des coûts sans fragiliser ses propres finances et son système d’approvisionnement ? Quatre années de prix bloqué Abdou-Salam Gampéné a défendu une décision qui marque une rupture avec la politique de stabilité des prix conduite depuis 2022. Selon lui, les autorités avaient fait le choix de maintenir le prix du gasoil à 675 FCFA afin de préserver la stabilité économique et sociale du pays. Cette politique avait une justification politique évidente. Dans un Burkina Faso confronté à une crise sécuritaire majeure, à des déplacements de populations et à une pression croissante sur le pouvoir d’achat, une flambée du prix des carburants aurait pu constituer une étincelle supplémentaire dans une société déjà soumise à de multiples tensions. Pendant quatre ans, l’État a donc absorbé une partie du choc Mais un prix administré qui reste figé pendant que les coûts évoluent finit nécessairement par produire une facture. Celle-ci peut prendre plusieurs formes : pression sur les finances publiques, accumulation de besoins de compensation, difficultés d’approvisionnement ou réduction des marges des opérateurs. C’est précisément ce que les autorités mettent aujourd’hui en avant. Le gouvernement affirme que le nouveau tarif doit contribuer à sécuriser les approvisionnements et à renforcer les réserves disponibles. Autrement dit, le débat ne porterait pas uniquement sur le prix payé à la pompe, mais également sur la capacité du pays à disposer durablement de carburant. Le carburant, nerf de l’économie burkinabè Au Burkina Faso, le gasoil ne concerne évidemment pas uniquement les automobilistes. Son prix se retrouve indirectement dans une multitude de secteurs : transport routier, agriculture, commerce, construction, logistique, production industrielle et services. Une augmentation de 75 FCFA du litre peut donc progressivement se transmettre à l’ensemble de l’économie. Le premier secteur exposé est naturellement celui du transport. Pour les transporteurs, le carburant représente une dépense incompressible. Lorsque son coût augmente, la tentation de répercuter la différence sur les tarifs de transport devient forte. À leur tour, les commerçants intègrent ces coûts supplémentaires dans leurs prix. Et lorsque le transport coûte plus cher, le déplacement des marchandises coûte davantage. Le mécanisme est aussi simple qu’implacable : le gasoil augmente, le transport renchérit, les marchandises suivent. Dans un pays enclavé comme le Burkina Faso, où une grande partie des produits importés doit parcourir de longues distances par voie terrestre, cette équation est particulièrement sensible. La hausse du gasoil intervient donc à un moment où les ménages restent attentifs au coût de la vie. Le gouvernement devra éviter que la mesure ne se transforme en nouvelle pression généralisée sur les prix. Une décision économiquement compréhensible, politiquement risquée Sur le plan strictement économique, la décision peut se défendre. Le Fonds monétaire international souligne d’ailleurs que le Burkina Faso demeure exposé aux chocs sur les matières premières et dépend fortement des produits pétroliers importés. L’institution estime également que les perturbations de l’offre énergétique et l’évolution des prix mondiaux constituent des risques pour les perspectives économiques du pays. Le FMI projette néanmoins une croissance proche de 5 % pour la période 2026-2028, tandis que l’économie burkinabè bénéficie notamment de la dynamique du secteur minier et de la hausse des cours de l’or. Mais l’institution appelle également à la prudence budgétaire et à une meilleure protection des dépenses sociales. Le problème est donc moins celui de la légitimité économique de la hausse que celui de son coût social et politique. Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a fait de la souveraineté économique un élément central de son discours politique. Son pouvoir cherche à présenter la transition comme une rupture avec les anciennes pratiques et comme une reconquête de la capacité de décision nationale. La création et la consolidation de la Confédération des États du Sahel avec le Mali et le Niger s’inscrivent dans cette logique de souveraineté revendiquée. Les autorités burkinabè défendent parallèlement une stratégie visant à renforcer la production locale, l’agriculture, l’industrie et la mobilisation des ressources nationales. Dans ce récit politique, chaque hausse touchant directement le portefeuille des citoyens peut toutefois devenir un sujet sensible. Le paradoxe de la souveraineté C’est ici que se trouve le paradoxe. Le discours de souveraineté promet davantage d’autonomie. Mais le Burkina Faso reste dépendant de l’extérieur pour une partie importante de ses besoins en produits pétroliers. La réalité géographique est brutale : le pays ne dispose pas d’accès à la mer et demeure dépendant des corridors régionaux pour ses approvisionnements. Les tensions sécuritaires compliquent encore davantage le transport des marchandises. La question du carburant devient ainsi une question de souveraineté très concrète. Il ne suffit pas de proclamer l’indépendance économique. Il faut pouvoir garantir le carburant aux agriculteurs, aux transporteurs, aux entreprises, aux services publics et aux ménages. C’est justement ce que le gouvernement affirme vouloir préserver avec cette nouvelle tarification. Une économie sous pression sécuritaire La situation sécuritaire reste au cœur de toutes les équations burkinabè. Depuis plusieurs années, les autorités consacrent d’importantes ressources à la lutte contre les groupes armés. Cette priorité absorbe une partie considérable des capacités financières et administratives de l’État. Dans le même temps, le gouvernement doit financer les services publics, soutenir les populations déplacées, investir dans les infrastructures et maintenir les mécanismes de soutien à certains secteurs stratégiques. Cette contrainte explique en partie la difficulté de maintenir indéfiniment des prix artificiellement bas. Les autorités présentent d’ailleurs la situation du pays sous un jour plus favorable qu’auparavant. En juillet, la présidence burkinabè faisait état d’une dynamique sécuritaire et socio-économique positive dans certaines régions, avec notamment des investissements dans les infrastructures de défense, la santé et l’agriculture. Mais cette amélioration revendiquée doit encore se traduire par une réduction durable de la vulnérabilité économique des populations. Le risque d’un effet domino La principale inquiétude concerne désormais l’effet domino. Si les transporteurs augmentent leurs tarifs, les producteurs agricoles pourraient voir leurs coûts progresser. Les commerçants pourraient répercuter la hausse sur les produits alimentaires. Les entreprises pourraient augmenter leurs coûts de fonctionnement. Dans les villes, le consommateur final risque de payer la différence. Le gouvernement devra donc surveiller de très près les prix du transport et des produits de première nécessité afin d’empêcher que la hausse du gasoil ne serve de justification à des augmentations sans rapport avec les coûts réels. La communication gouvernementale sera également déterminante. Une hausse de 75 FCFA peut sembler limitée dans les bureaux où l’on manipule des tableaux budgétaires. Elle prend une autre dimension lorsqu’elle est multipliée par des dizaines de litres consommés chaque semaine par un transporteur, un agriculteur ou une entreprise. Et dans une économie où les revenus d’une grande partie de la population restent modestes, quelques centaines de francs supplémentaires peuvent rapidement devenir une charge significative. Le gouvernement joue gros. Le pouvoir de transition joue donc une partie délicate. Il doit expliquer pourquoi le prix augmente aujourd’hui après avoir été maintenu à 675 FCFA pendant quatre ans. Il doit surtout convaincre que cette hausse permettra réellement de sécuriser l’approvisionnement et qu’elle ne constitue pas simplement un transfert supplémentaire de la charge économique vers les consommateurs. Le gouvernement affirme que le système actuel était devenu difficilement soutenable et que le réajustement doit permettre de consolider les réserves et de garantir la disponibilité du produit. La question sera désormais celle de la transparence. Combien l’État supportait-il réellement pour maintenir le litre à 675 FCFA ? Quel sera le coût global de l’approvisionnement ? Quelles économies seront réalisées ? Comment les recettes supplémentaires ou les marges dégagées seront-elles utilisées ? Et surtout, quelles mesures sont prévues pour protéger les ménages les plus vulnérables ? Ces questions ne sont pas accessoires. Elles détermineront en grande partie l’acceptabilité sociale de la mesure. La souveraineté à l’épreuve du portefeuille Depuis le début de la transition, le pouvoir burkinabè s’est construit autour d’un discours de mobilisation nationale, de souveraineté et de résistance face aux contraintes extérieures. Cette stratégie rencontre un véritable test avec le carburant. Car la souveraineté ne se mesure pas uniquement au nombre de discours prononcés contre les anciennes dépendances. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à nourrir sa population, à assurer ses approvisionnements, à stabiliser les prix et à financer ses politiques publiques sans faire peser une charge excessive sur les citoyens. Le passage de 675 à 750 FCFA ne constitue donc pas une simple modification tarifaire. Il révèle les contradictions d’une économie confrontée simultanément à l’insécurité, à l’enclavement, aux besoins de financement de l’État et aux fluctuations des marchés internationaux. Pour le gouvernement d’Ibrahim Traoré, le défi sera désormais de démontrer que cette hausse est le prix d’une sécurisation durable de l’approvisionnement, et non le symptôme d’un modèle économique arrivé à ses limites. Car au Burkina Faso, le carburant n’est pas seulement un produit vendu à la pompe. C’est le carburant des camions, des tracteurs, des groupes électrogènes, des entreprises et, indirectement, de toute l’économie. À 750 FCFA le litre, c’est donc toute la chaîne économique burkinabè qui va désormais devoir faire ses comptes..⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes
Pour les autorités burkinabè, il ne s’agit pas d’une augmentation décidée à la légère. Le gouvernement invoque l’évolution des coûts sur les marchés internationaux, l’augmentation des frais logistiques et de transport ainsi que les difficultés liées à l’approvisionnement du pays. Le prix de 675 FCFA était maintenu depuis août 2022, malgré les fluctuations intervenues depuis sur les marchés pétroliers internationaux.
Mais derrière ces 75 francs supplémentaires se joue une question autrement plus importante : jusqu’où l’État burkinabè peut-il continuer à protéger le consommateur contre la hausse des coûts sans fragiliser ses propres finances et son système d’approvisionnement ?
Abdou-Salam Gampéné a défendu une décision qui marque une rupture avec la politique de stabilité des prix conduite depuis 2022. Selon lui, les autorités avaient fait le choix de maintenir le prix du gasoil à 675 FCFA afin de préserver la stabilité économique et sociale du pays.
Cette politique avait une justification politique évidente. Dans un Burkina Faso confronté à une crise sécuritaire majeure, à des déplacements de populations et à une pression croissante sur le pouvoir d’achat, une flambée du prix des carburants aurait pu constituer une étincelle supplémentaire dans une société déjà soumise à de multiples tensions.
Mais un prix administré qui reste figé pendant que les coûts évoluent finit nécessairement par produire une facture. Celle-ci peut prendre plusieurs formes : pression sur les finances publiques, accumulation de besoins de compensation, difficultés d’approvisionnement ou réduction des marges des opérateurs.
C’est précisément ce que les autorités mettent aujourd’hui en avant.
Le gouvernement affirme que le nouveau tarif doit contribuer à sécuriser les approvisionnements et à renforcer les réserves disponibles. Autrement dit, le débat ne porterait pas uniquement sur le prix payé à la pompe, mais également sur la capacité du pays à disposer durablement de carburant.
Au Burkina Faso, le gasoil ne concerne évidemment pas uniquement les automobilistes.
Son prix se retrouve indirectement dans une multitude de secteurs : transport routier, agriculture, commerce, construction, logistique, production industrielle et services. Une augmentation de 75 FCFA du litre peut donc progressivement se transmettre à l’ensemble de l’économie.
Le premier secteur exposé est naturellement celui du transport.
Pour les transporteurs, le carburant représente une dépense incompressible. Lorsque son coût augmente, la tentation de répercuter la différence sur les tarifs de transport devient forte. À leur tour, les commerçants intègrent ces coûts supplémentaires dans leurs prix. Et lorsque le transport coûte plus cher, le déplacement des marchandises coûte davantage.
Le mécanisme est aussi simple qu’implacable : le gasoil augmente, le transport renchérit, les marchandises suivent.
Dans un pays enclavé comme le Burkina Faso, où une grande partie des produits importés doit parcourir de longues distances par voie terrestre, cette équation est particulièrement sensible.
La hausse du gasoil intervient donc à un moment où les ménages restent attentifs au coût de la vie. Le gouvernement devra éviter que la mesure ne se transforme en nouvelle pression généralisée sur les prix.
Sur le plan strictement économique, la décision peut se défendre. Le Fonds monétaire international souligne d’ailleurs que le Burkina Faso demeure exposé aux chocs sur les matières premières et dépend fortement des produits pétroliers importés. L’institution estime également que les perturbations de l’offre énergétique et l’évolution des prix mondiaux constituent des risques pour les perspectives économiques du pays.
Le FMI projette néanmoins une croissance proche de 5 % pour la période 2026-2028, tandis que l’économie burkinabè bénéficie notamment de la dynamique du secteur minier et de la hausse des cours de l’or. Mais l’institution appelle également à la prudence budgétaire et à une meilleure protection des dépenses sociales.
Le problème est donc moins celui de la légitimité économique de la hausse que celui de son coût social et politique.
Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a fait de la souveraineté économique un élément central de son discours politique. Son pouvoir cherche à présenter la transition comme une rupture avec les anciennes pratiques et comme une reconquête de la capacité de décision nationale.
La création et la consolidation de la Confédération des États du Sahel avec le Mali et le Niger s’inscrivent dans cette logique de souveraineté revendiquée. Les autorités burkinabè défendent parallèlement une stratégie visant à renforcer la production locale, l’agriculture, l’industrie et la mobilisation des ressources nationales.
Dans ce récit politique, chaque hausse touchant directement le portefeuille des citoyens peut toutefois devenir un sujet sensible.
C’est ici que se trouve le paradoxe.
Le discours de souveraineté promet davantage d’autonomie. Mais le Burkina Faso reste dépendant de l’extérieur pour une partie importante de ses besoins en produits pétroliers.
La réalité géographique est brutale : le pays ne dispose pas d’accès à la mer et demeure dépendant des corridors régionaux pour ses approvisionnements. Les tensions sécuritaires compliquent encore davantage le transport des marchandises.
La question du carburant devient ainsi une question de souveraineté très concrète.
Il ne suffit pas de proclamer l’indépendance économique. Il faut pouvoir garantir le carburant aux agriculteurs, aux transporteurs, aux entreprises, aux services publics et aux ménages.
C’est justement ce que le gouvernement affirme vouloir préserver avec cette nouvelle tarification.
La situation sécuritaire reste au cœur de toutes les équations burkinabè.
Depuis plusieurs années, les autorités consacrent d’importantes ressources à la lutte contre les groupes armés. Cette priorité absorbe une partie considérable des capacités financières et administratives de l’État.
Dans le même temps, le gouvernement doit financer les services publics, soutenir les populations déplacées, investir dans les infrastructures et maintenir les mécanismes de soutien à certains secteurs stratégiques.
Cette contrainte explique en partie la difficulté de maintenir indéfiniment des prix artificiellement bas.
Les autorités présentent d’ailleurs la situation du pays sous un jour plus favorable qu’auparavant. En juillet, la présidence burkinabè faisait état d’une dynamique sécuritaire et socio-économique positive dans certaines régions, avec notamment des investissements dans les infrastructures de défense, la santé et l’agriculture.
Mais cette amélioration revendiquée doit encore se traduire par une réduction durable de la vulnérabilité économique des populations.
La principale inquiétude concerne désormais l’effet domino.
Si les transporteurs augmentent leurs tarifs, les producteurs agricoles pourraient voir leurs coûts progresser. Les commerçants pourraient répercuter la hausse sur les produits alimentaires. Les entreprises pourraient augmenter leurs coûts de fonctionnement.
Dans les villes, le consommateur final risque de payer la différence.
Le gouvernement devra donc surveiller de très près les prix du transport et des produits de première nécessité afin d’empêcher que la hausse du gasoil ne serve de justification à des augmentations sans rapport avec les coûts réels.
La communication gouvernementale sera également déterminante.
Une hausse de 75 FCFA peut sembler limitée dans les bureaux où l’on manipule des tableaux budgétaires. Elle prend une autre dimension lorsqu’elle est multipliée par des dizaines de litres consommés chaque semaine par un transporteur, un agriculteur ou une entreprise.
Et dans une économie où les revenus d’une grande partie de la population restent modestes, quelques centaines de francs supplémentaires peuvent rapidement devenir une charge significative.
Le gouvernement joue gros.
Le pouvoir de transition joue donc une partie délicate.
Il doit expliquer pourquoi le prix augmente aujourd’hui après avoir été maintenu à 675 FCFA pendant quatre ans. Il doit surtout convaincre que cette hausse permettra réellement de sécuriser l’approvisionnement et qu’elle ne constitue pas simplement un transfert supplémentaire de la charge économique vers les consommateurs.
Le gouvernement affirme que le système actuel était devenu difficilement soutenable et que le réajustement doit permettre de consolider les réserves et de garantir la disponibilité du produit.
La question sera désormais celle de la transparence.
Combien l’État supportait-il réellement pour maintenir le litre à 675 FCFA ? Quel sera le coût global de l’approvisionnement ? Quelles économies seront réalisées ? Comment les recettes supplémentaires ou les marges dégagées seront-elles utilisées ? Et surtout, quelles mesures sont prévues pour protéger les ménages les plus vulnérables ?
Ces questions ne sont pas accessoires. Elles détermineront en grande partie l’acceptabilité sociale de la mesure.
Depuis le début de la transition, le pouvoir burkinabè s’est construit autour d’un discours de mobilisation nationale, de souveraineté et de résistance face aux contraintes extérieures.
Cette stratégie rencontre un véritable test avec le carburant.
Car la souveraineté ne se mesure pas uniquement au nombre de discours prononcés contre les anciennes dépendances. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à nourrir sa population, à assurer ses approvisionnements, à stabiliser les prix et à financer ses politiques publiques sans faire peser une charge excessive sur les citoyens.
Le passage de 675 à 750 FCFA ne constitue donc pas une simple modification tarifaire.
Il révèle les contradictions d’une économie confrontée simultanément à l’insécurité, à l’enclavement, aux besoins de financement de l’État et aux fluctuations des marchés internationaux.
Pour le gouvernement d’Ibrahim Traoré, le défi sera désormais de démontrer que cette hausse est le prix d’une sécurisation durable de l’approvisionnement, et non le symptôme d’un modèle économique arrivé à ses limites.
Car au Burkina Faso, le carburant n’est pas seulement un produit vendu à la pompe. C’est le carburant des camions, des tracteurs, des groupes électrogènes, des entreprises et, indirectement, de toute l’économie.
À 750 FCFA le litre, c’est donc toute la chaîne économique burkinabè qui va désormais devoir faire ses comptes.
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