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Sénégal : les amis d’hier devenus les adversaires d’aujourd’hui

Sénégal : les amis d’hier devenus les adversaires d’aujourd’hui. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 9 août 2026à 20h00

⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes

Il fut un temps où Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko apparaissaient comme les deux faces d’une même pièce politique. L’un portait la parole, l’autre incarnait la fidélité et la discipline. Ensemble, ils avaient traversé les années de contestation, les procès, les arrestations, les manifestations et les tempêtes politiques qui ont finalement conduit leur camp aux portes du pouvoir. En 2024, le tandem semblait indestructible. Deux ans plus tard, le décor a radicalement changé : les deux hommes ne se regardent plus comme des camarades de combat, mais comme deux pôles concurrents d’un même pouvoir. Par Éric Ngarlem Toldé.. La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est désormais plus une simple querelle de palais. Elle est devenue une véritable recomposition de la vie politique sénégalaise. Le limogeage de Sonko de la Primature, le 22 mai 2026, a officialisé une séparation que plusieurs mois de tensions avaient déjà rendue presque inévitable. Quelques jours plus tard, Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165, démontrant qu’il conservait une capacité de mobilisation politique considérable. Le symbole est puissant. Le président de la République se retrouve désormais face à un ancien Premier ministre installé au perchoir parlementaire, chef d’un parti qui demeure une force politique majeure. Le divorce n’a donc pas supprimé Sonko du paysage institutionnel ; il l’a déplacé. Et, à certains égards, il l’a rendu encore plus difficile à contourner. Du compagnonnage à la rivalité Pendant plus d’une décennie, les deux hommes ont évolué dans le même espace politique. Ousmane Sonko était la figure populaire, le tribun, le leader charismatique de la contestation. Bassirou Diomaye Faye, longtemps moins exposé médiatiquement, était considéré comme l’un des hommes de confiance de cette aventure politique. Le destin leur a toutefois joué une drôle de partition. Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, Sonko a porté la candidature de Faye, alors détenu. Celui-ci est devenu président de la République, tandis que Sonko a pris la tête du gouvernement. Le compromis paraissait alors naturel : l’un à l’exécutif suprême, l’autre à la manœuvre gouvernementale. Mais le pouvoir transforme les alliances. Celui qui hier acceptait d’être le numéro deux peut difficilement rester éternellement dans l’ombre lorsqu’il dispose lui-même d’une base militante considérable. Et celui qui occupe le fauteuil présidentiel finit nécessairement par vouloir exercer pleinement les prérogatives attachées à sa fonction. C’est précisément là que le tandem s’est fissuré Les désaccords ont progressivement gagné du terrain, jusqu’à devenir publics. En mai, Bassirou Diomaye Faye mettait notamment en garde contre la « personnification » du PASTEF autour de Sonko. Une déclaration qui révélait une question fondamentale : à qui appartient politiquement la victoire de 2024 ? Au président élu ? Au parti ? À son chef historique ? Ou à un mouvement populaire qui dépasse désormais ses deux dirigeants ? Le nouveau parti de Diomaye : une déclaration de souveraineté politique Le lancement, le 25 juillet 2026, de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, marque une étape supplémentaire. La coalition « Diomaye Président » a été transformée en véritable formation politique lors d’une assemblée générale constitutive à Dakar. Cette création consacre la séparation organisationnelle entre le président de la République et le PASTEF dirigé par Ousmane Sonko. Il ne s’agit donc plus seulement d’un désaccord entre deux hommes. Il existe désormais deux appareils politiques. C’est probablement l’élément le plus important de cette nouvelle séquence. Bassirou Diomaye Faye ne cherche plus simplement à gouverner avec une partie de l’ancien camp présidentiel ; il cherche à construire sa propre base politique. En d’autres termes, le président veut désormais pouvoir dire : « Je suis élu par le peuple, mais je dispose également d’une organisation politique qui m’est propre. » Cette démarche répond à une nécessité stratégique. Tant que Faye demeurait politiquement adossé au PASTEF, Sonko conservait une influence considérable sur l’appareil militant. En créant KIIRAAY, le président tente de reprendre le contrôle de son propre destin politique. Des responsables issus du PASTEF ont déjà rejoint ou manifesté leur soutien au camp présidentiel, tandis que la nouvelle formation cherche à agréger des élus, des mouvements et des personnalités autour du chef de l’État. Mais une question demeure : peut-on construire rapidement une machine politique capable de rivaliser avec un parti qui a passé plus d’une décennie à organiser sa base militante ? Sonko conserve l’arme du parti et celle du Parlement. Ousmane Sonko n’est pas politiquement désarmé. Loin de là. Après son départ de la Primature, il a été reconduit à la tête du PASTEF avec une majorité écrasante : 589 voix sur 598 lors du vote interne du 6 juin 2026. Ce résultat montre que la rupture avec le président n’a pas entraîné son isolement au sein de sa formation. Au contraire, le parti s’est largement resserré autour de lui. Sonko dispose donc d’un double levier : le parti et l’Assemblée nationale Cette position peut devenir particulièrement inconfortable pour le président. Dans un régime où l’exécutif et la majorité parlementaire sont politiquement liés, une fracture entre le palais présidentiel et le chef de la majorité peut transformer chaque réforme en bras de fer. Le risque est alors de voir apparaître un pouvoir à deux têtes : un président disposant de la légitimité constitutionnelle et un leader parlementaire disposant d’une forte légitimité militante. Autrement dit, le Sénégal pourrait connaître une situation dans laquelle chacun possède une partie de la légitimité politique nécessaire pour prétendre incarner la volonté populaire. Derrière les hommes, deux visions du pouvoir Réduire cette crise à une simple querelle d’ego serait toutefois trop facile. Les divergences portent aussi sur la conduite de l’État, l’économie et la stratégie de transformation du pays. Le Sénégal traverse une période financière délicate, marquée par une lourde dette et par les conséquences des révélations sur la situation budgétaire héritée du précédent régime. Dans ce contexte, les choix économiques deviennent forcément politiques. Le camp de Sonko défend une ligne de rupture plus affirmée, notamment sur la souveraineté économique, les relations avec les partenaires financiers internationaux et la capacité du Sénégal à définir seul ses priorités. Le président Faye apparaît davantage soucieux de préserver la stabilité institutionnelle et financière du pays et de maintenir un dialogue avec les partenaires extérieurs. Cette différence de méthode peut sembler technique. Elle est en réalité profondément politique. Car gouverner, c’est choisir entre plusieurs urgences : tenir les promesses de transformation, rassurer les marchés, protéger les finances publiques, créer des emplois, financer les politiques sociales et conserver la confiance d’une population qui attend des résultats rapides. Le « projet » qui avait uni les deux hommes se retrouve ainsi confronté à son propre paradoxe : une fois arrivé au pouvoir, le mouvement de rupture doit gérer les contraintes du pouvoir. Le grand perdant pourrait être le « Projet ». C’est ici que réside le principal danger. Le PASTEF avait bâti sa force sur une promesse de transformation profonde du Sénégal. Ses dirigeants avaient dénoncé les pratiques de l’ancien système, promis davantage de transparence, de souveraineté et de justice sociale. Or, à peine deux ans après leur victoire, les principaux protagonistes du changement se retrouvent engagés dans une bataille politique interne. Le citoyen sénégalais pourrait légitimement demander : qu’est devenue la promesse de transformation si ceux qui étaient censés l’incarner passent désormais une partie de leur énergie à se combattre ? Le lancement de KIIRAAY donne une dimension durable à cette confrontation. Il ne s’agit plus d’une brouille susceptible d’être réglée autour d’une table. Deux structures politiques distinctes commencent à se mettre en place. Le PASTEF autour de Sonko ; KIIRAAY autour de Faye. La présidentielle de 2029 apparaît déjà en arrière-plan, même si l’échéance demeure lointaine. Les prochaines élections locales de 2027 constitueront toutefois un premier test grandeur nature pour mesurer les forces respectives des deux camps. L’issue de ce scrutin pourrait déterminer qui contrôle réellement le terrain politique sénégalais. Une bataille qui dépasse Faye et Sonko Le véritable enjeu n’est finalement pas de savoir lequel des deux hommes est le plus populaire. Il est de savoir si le Sénégal peut supporter durablement une confrontation entre deux légitimités issues de la même révolution politique. Faye possède le fauteuil présidentiel. Sonko possède une organisation politique solidement implantée et dirige désormais l’Assemblée nationale. Chacun peut donc empêcher l’autre de dormir tranquillement. Mais le Sénégal n’est pas un terrain de jeu pour ambitions personnelles. Il s’agit d’un État, d’une économie, d’une administration et de millions de citoyens qui attendent des réponses sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation, la santé, les infrastructures et la gouvernance. La rupture entre les deux anciens compagnons de lutte peut donc produire deux scénarios. Le premier serait celui d’une clarification démocratique. Deux formations politiques distinctes, deux projets assumés, un débat public plus lisible et une compétition électorale pacifique. Dans ce cas, la séparation pourrait paradoxalement renforcer la démocratie sénégalaise. Le second serait celui de l’affrontement permanent : blocages institutionnels, surenchères politiques, accusations réciproques, fractures militantes et paralysie des réformes. Dans cette hypothèse, le rêve de transformation pourrait se transformer en interminable règlement de comptes. Pour l’heure, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont choisi de prendre des chemins différents. Hier, ils combattaient côte à côte contre un système qu’ils jugeaient à bout de souffle. Aujourd’hui, ils se disputent l’héritage de la victoire. La politique a parfois cette cruauté : les compagnons de marche se séparent lorsque la destination est enfin atteinte. Le Sénégal observe désormais ses deux anciens frères d’armes se transformer en concurrents. L’un construit son parti pour consolider son pouvoir présidentiel. L’autre conserve son parti pour préserver son influence parlementaire et populaire. La grande question n’est donc plus de savoir si Faye et Sonko sont encore amis. La réponse semble désormais évidente. La véritable question est de savoir lequel des deux parviendra à convaincre les Sénégalais qu’il est le meilleur héritier du changement qu’ils avaient promis ensemble. Et, dans cette bataille, le peuple sénégalais ne devrait pas être réduit au rôle de spectateur d’un duel entre deux anciens alliés. Il doit rester l’arbitre..

⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes

Il fut un temps où Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko apparaissaient comme les deux faces d’une même pièce politique. L’un portait la parole, l’autre incarnait la fidélité et la discipline. Ensemble, ils avaient traversé les années de contestation, les procès, les arrestations, les manifestations et les tempêtes politiques qui ont finalement conduit leur camp aux portes du pouvoir. En 2024, le tandem semblait indestructible. Deux ans plus tard, le décor a radicalement changé : les deux hommes ne se regardent plus comme des camarades de combat, mais comme deux pôles concurrents d’un même pouvoir. Par Éric Ngarlem Toldé.

La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est désormais plus une simple querelle de palais. Elle est devenue une véritable recomposition de la vie politique sénégalaise. Le limogeage de Sonko de la Primature, le 22 mai 2026, a officialisé une séparation que plusieurs mois de tensions avaient déjà rendue presque inévitable. Quelques jours plus tard, Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 165, démontrant qu’il conservait une capacité de mobilisation politique considérable.

Le symbole est puissant. Le président de la République se retrouve désormais face à un ancien Premier ministre installé au perchoir parlementaire, chef d’un parti qui demeure une force politique majeure. Le divorce n’a donc pas supprimé Sonko du paysage institutionnel ; il l’a déplacé. Et, à certains égards, il l’a rendu encore plus difficile à contourner.

Du compagnonnage à la rivalité

Pendant plus d’une décennie, les deux hommes ont évolué dans le même espace politique. Ousmane Sonko était la figure populaire, le tribun, le leader charismatique de la contestation. Bassirou Diomaye Faye, longtemps moins exposé médiatiquement, était considéré comme l’un des hommes de confiance de cette aventure politique.

Le destin leur a toutefois joué une drôle de partition. Empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, Sonko a porté la candidature de Faye, alors détenu. Celui-ci est devenu président de la République, tandis que Sonko a pris la tête du gouvernement. Le compromis paraissait alors naturel : l’un à l’exécutif suprême, l’autre à la manœuvre gouvernementale.

Mais le pouvoir transforme les alliances. Celui qui hier acceptait d’être le numéro deux peut difficilement rester éternellement dans l’ombre lorsqu’il dispose lui-même d’une base militante considérable. Et celui qui occupe le fauteuil présidentiel finit nécessairement par vouloir exercer pleinement les prérogatives attachées à sa fonction.

C’est précisément là que le tandem s’est fissuré

Les désaccords ont progressivement gagné du terrain, jusqu’à devenir publics. En mai, Bassirou Diomaye Faye mettait notamment en garde contre la « personnification » du PASTEF autour de Sonko. Une déclaration qui révélait une question fondamentale : à qui appartient politiquement la victoire de 2024 ? Au président élu ? Au parti ? À son chef historique ? Ou à un mouvement populaire qui dépasse désormais ses deux dirigeants ?

Le nouveau parti de Diomaye : une déclaration de souveraineté politique

Le lancement, le 25 juillet 2026, de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, marque une étape supplémentaire. La coalition « Diomaye Président » a été transformée en véritable formation politique lors d’une assemblée générale constitutive à Dakar. Cette création consacre la séparation organisationnelle entre le président de la République et le PASTEF dirigé par Ousmane Sonko.

Il ne s’agit donc plus seulement d’un désaccord entre deux hommes. Il existe désormais deux appareils politiques.

C’est probablement l’élément le plus important de cette nouvelle séquence. Bassirou Diomaye Faye ne cherche plus simplement à gouverner avec une partie de l’ancien camp présidentiel ; il cherche à construire sa propre base politique. En d’autres termes, le président veut désormais pouvoir dire : « Je suis élu par le peuple, mais je dispose également d’une organisation politique qui m’est propre. »

Cette démarche répond à une nécessité stratégique. Tant que Faye demeurait politiquement adossé au PASTEF, Sonko conservait une influence considérable sur l’appareil militant. En créant KIIRAAY, le président tente de reprendre le contrôle de son propre destin politique.

Des responsables issus du PASTEF ont déjà rejoint ou manifesté leur soutien au camp présidentiel, tandis que la nouvelle formation cherche à agréger des élus, des mouvements et des personnalités autour du chef de l’État.

Mais une question demeure : peut-on construire rapidement une machine politique capable de rivaliser avec un parti qui a passé plus d’une décennie à organiser sa base militante ?

Sonko conserve l’arme du parti et celle du Parlement.

Ousmane Sonko n’est pas politiquement désarmé. Loin de là.

Après son départ de la Primature, il a été reconduit à la tête du PASTEF avec une majorité écrasante : 589 voix sur 598 lors du vote interne du 6 juin 2026. Ce résultat montre que la rupture avec le président n’a pas entraîné son isolement au sein de sa formation. Au contraire, le parti s’est largement resserré autour de lui.

Sonko dispose donc d’un double levier : le parti et l’Assemblée nationale

Cette position peut devenir particulièrement inconfortable pour le président. Dans un régime où l’exécutif et la majorité parlementaire sont politiquement liés, une fracture entre le palais présidentiel et le chef de la majorité peut transformer chaque réforme en bras de fer.

Le risque est alors de voir apparaître un pouvoir à deux têtes : un président disposant de la légitimité constitutionnelle et un leader parlementaire disposant d’une forte légitimité militante.

Autrement dit, le Sénégal pourrait connaître une situation dans laquelle chacun possède une partie de la légitimité politique nécessaire pour prétendre incarner la volonté populaire.

Derrière les hommes, deux visions du pouvoir

Réduire cette crise à une simple querelle d’ego serait toutefois trop facile. Les divergences portent aussi sur la conduite de l’État, l’économie et la stratégie de transformation du pays.

Le Sénégal traverse une période financière délicate, marquée par une lourde dette et par les conséquences des révélations sur la situation budgétaire héritée du précédent régime. Dans ce contexte, les choix économiques deviennent forcément politiques.

Le camp de Sonko défend une ligne de rupture plus affirmée, notamment sur la souveraineté économique, les relations avec les partenaires financiers internationaux et la capacité du Sénégal à définir seul ses priorités. Le président Faye apparaît davantage soucieux de préserver la stabilité institutionnelle et financière du pays et de maintenir un dialogue avec les partenaires extérieurs.

Cette différence de méthode peut sembler technique. Elle est en réalité profondément politique.

Car gouverner, c’est choisir entre plusieurs urgences : tenir les promesses de transformation, rassurer les marchés, protéger les finances publiques, créer des emplois, financer les politiques sociales et conserver la confiance d’une population qui attend des résultats rapides.

Le « projet » qui avait uni les deux hommes se retrouve ainsi confronté à son propre paradoxe : une fois arrivé au pouvoir, le mouvement de rupture doit gérer les contraintes du pouvoir.

Le grand perdant pourrait être le « Projet ».

C’est ici que réside le principal danger.

Le PASTEF avait bâti sa force sur une promesse de transformation profonde du Sénégal. Ses dirigeants avaient dénoncé les pratiques de l’ancien système, promis davantage de transparence, de souveraineté et de justice sociale.

Or, à peine deux ans après leur victoire, les principaux protagonistes du changement se retrouvent engagés dans une bataille politique interne.

Le citoyen sénégalais pourrait légitimement demander : qu’est devenue la promesse de transformation si ceux qui étaient censés l’incarner passent désormais une partie de leur énergie à se combattre ?

Le lancement de KIIRAAY donne une dimension durable à cette confrontation. Il ne s’agit plus d’une brouille susceptible d’être réglée autour d’une table. Deux structures politiques distinctes commencent à se mettre en place. Le PASTEF autour de Sonko ; KIIRAAY autour de Faye.

La présidentielle de 2029 apparaît déjà en arrière-plan, même si l’échéance demeure lointaine. Les prochaines élections locales de 2027 constitueront toutefois un premier test grandeur nature pour mesurer les forces respectives des deux camps. L’issue de ce scrutin pourrait déterminer qui contrôle réellement le terrain politique sénégalais.

Une bataille qui dépasse Faye et Sonko

Le véritable enjeu n’est finalement pas de savoir lequel des deux hommes est le plus populaire. Il est de savoir si le Sénégal peut supporter durablement une confrontation entre deux légitimités issues de la même révolution politique.

Faye possède le fauteuil présidentiel. Sonko possède une organisation politique solidement implantée et dirige désormais l’Assemblée nationale. Chacun peut donc empêcher l’autre de dormir tranquillement.

Mais le Sénégal n’est pas un terrain de jeu pour ambitions personnelles. Il s’agit d’un État, d’une économie, d’une administration et de millions de citoyens qui attendent des réponses sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation, la santé, les infrastructures et la gouvernance.

La rupture entre les deux anciens compagnons de lutte peut donc produire deux scénarios.

Le premier serait celui d’une clarification démocratique. Deux formations politiques distinctes, deux projets assumés, un débat public plus lisible et une compétition électorale pacifique. Dans ce cas, la séparation pourrait paradoxalement renforcer la démocratie sénégalaise.

Le second serait celui de l’affrontement permanent : blocages institutionnels, surenchères politiques, accusations réciproques, fractures militantes et paralysie des réformes. Dans cette hypothèse, le rêve de transformation pourrait se transformer en interminable règlement de comptes.

Pour l’heure, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont choisi de prendre des chemins différents. Hier, ils combattaient côte à côte contre un système qu’ils jugeaient à bout de souffle. Aujourd’hui, ils se disputent l’héritage de la victoire.

La politique a parfois cette cruauté : les compagnons de marche se séparent lorsque la destination est enfin atteinte.

Le Sénégal observe désormais ses deux anciens frères d’armes se transformer en concurrents. L’un construit son parti pour consolider son pouvoir présidentiel. L’autre conserve son parti pour préserver son influence parlementaire et populaire.

La grande question n’est donc plus de savoir si Faye et Sonko sont encore amis. La réponse semble désormais évidente.

La véritable question est de savoir lequel des deux parviendra à convaincre les Sénégalais qu’il est le meilleur héritier du changement qu’ils avaient promis ensemble.

Et, dans cette bataille, le peuple sénégalais ne devrait pas être réduit au rôle de spectateur d’un duel entre deux anciens alliés. Il doit rester l’arbitre.

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