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De toutes les compétitions électorales en Afrique, comme d’ailleurs dans tout régime présidentiel ou présidentialiste, le scrutin pour la magistrature suprême est celui qui cristallise les enjeux les plus importants, mais aussi des tensions, des ruptures ou des reconfigurations d’alliances. Éric Topona.. Si, comme d’ordinaire dans une démocratie apaisée, ces dynamiques participent de la respiration habituelle de la société politique, en Afrique, il pourrait s’en suivre des crispations de nature à transformer le champ politique en théâtre d’affrontements susceptibles de générer de graves périls pour la cohésion sociale. Le vaste mouvement de démocratisation dans lequel l’Afrique s’est engagée au début des années 90 avait pourtant posé des jalons institutionnels modernes pour une expression libre des idées ou des projets de société, bien évidemment dans les limites autorisées par les dispositifs législatifs et réglementaires. Mais le constat qui s’impose depuis au moins une décennie, c’est de relever qu’à un moment ou à un autre de leurs parcours sur la scène politique nationale, avant d’arriver au fauteuil présidentiel pour ceux qui y parviennent, certains opposants font un détour par la case prison. Détente politique Les cas les plus récents et les plus préoccupants retiennent notre attention. Il est d’emblée important de préciser qu’il ne s’agit pas ici pour nous de refaire les procès au terme desquels certaines de ces figures politiques ont été condamnées, parfois à de très lourdes peines de prison. Ou de nous prononcer sur les chefs d’inculpation pour lesquels ils ont été attraits devant la justice. Notre démarche s’inscrit dans le souhait de voir quelques-uns des pays africains où ont cours les situations politiques que nous évoquons parvenir à une détente politique durable. Dans ce sillage, les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont une trajectoire toute particulière. Ce ne serait guère leur faire injure que de relever qu’ils ont ostensiblement tourné le dos au système politique démocratique, dans la mesure où les formations politiques ont été quasiment toutes dissoutes et l’organisation d’élections est repoussée aux calendes grecques, un rituel politique que même les régimes de parti unique en Afrique n’avaient guère banni. Dès lors, comment envisager la libération de grandes figures politiques ou de la société civile comme Moussa Mara et Choguel Kokala Maïga au Mali, Moussa Tchangari au Niger, Guy-Hervé Kam au Burkina Faso ? Seul l’humanisme des chefs d’État actuellement au pouvoir pourrait rendre possible leur élargissement. Vecteur de cohésion nationale Même si leur liberté ne pourra objectivement pas se traduire par leur retour dans le jeu politique, car désormais réduit à l’exercice solitaire du pouvoir des régimes militaires aux affaires. Il n’en demeure pas moins que ces personnalités politiques ou de la société civile représentent des courants d’opinion, des mouvements de pensée qui, certes, sont condamnés à faire actuellement profil bas, mais ne demeurent pas moins nécessaires à la construction de la cohésion nationale. Pour les pays de l’AES, il est d’autant plus vital de créer un rassemblement le plus large possible de la nation que leur véritable ennemi commun, et depuis plusieurs décennies, demeure le terrorisme djihadiste. Or, ces ennemis de l’extérieur qui sont aux portes et même à l’intérieur du pays, mettent à contribution ces dissensions internes pour tisser leur toile ou l’agrandir. Ailleurs sur le continent africain, notamment en Afrique subsaharienne francophone, il est sain pour la cohésion nationale de voir le Tchad et le Bénin s’engager sur la voie de la décrispation de l’espace politique et de la réconciliation des acteurs politiques autour de règles du jeu saines et consensuelles. Ces pays ont d’ailleurs à plusieurs reprises administré la preuve dans leur histoire politique qu’ils peuvent surmonter des divergences que certains observateurs extérieurs jugeaient irréconciliables, et ce pour l’intérêt supérieur de la Nation. Au Bénin, il faut se souvenir de la rupture violente entre le chef de l’État Thomas Yayi Boni et son fidèle allié Patrice Talon, à tel enseigne qu’il dut prendre le chemin de l’exil. Mais cette parenthèse dramatique pour la démocratie béninoise fut close par une réconciliation entre les deux hommes, au terme de laquelle Patrice Talon put alors recouvrer ses droits civiques et politiques et se présenter victorieusement à l’élection présidentielle de 2016. Il y a donc lieu de souhaiter que son successeur, Romuald Wadagni, s’inscrive dans une trajectoire similaire, en élargissant ses concitoyens Reckya Madougou et Joël Aivo. Au Tchad, le retour au pays de Succès Masra le 3 novembre 2023 après un exil consécutif aux manifestations dramatiques d’octobre 2022 semblait ouvrir une ère politique nouvelle pour le pays de Toumaï. Celle d’un jeu politique consensuel. Mais la soudaine dégradation de ses relations avec le chef de l’État Mahamat Idriss Deby Itno suite à l’élection présidentielle du 6 mai 2024, après la signature d’un « accord de réconciliation » avec le pouvoir de transition, demeure un mystère qui continue de susciter moult interrogations. Avec sa condamnation définitive à 20 ans de prison par la Cour suprême du Tchad, seule une grâce ou une amnistie présidentielles pourraient conduire à son élargissement. Succès Masra et plus de 70 autres personnes sont déclarés coupables d’avoir « diffusé des messages de nature raciste et xénophobe », d’« association de malfaiteurs » et de « complicité de meurtre », dans le cadre du massacre de Mandakao (sud du Tchad). Début mai 2026, huit opposants au président tchadien, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), principale coalition d’opposition au président Mahamat Idriss Déby Itno, ont été condamnés à huit ans de prison. Ils avaient été arrêtés avant une « marche de protestation et d’indignation », à laquelle le GCAP avait appelé à participer et qui a été interdite par le gouvernement. Dans un monde en proie à de profondes convulsions et qui nécessite dans chaque pays la mobilisation de toutes ses forces vives, il est indispensable que ces pays parviennent à un apaisement durable. Bien évidemment, pour y parvenir, il sera indispensable que chacune des parties fasse d’indispensables concessions dans l’intérêt de tous..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Si, comme d’ordinaire dans une démocratie apaisée, ces dynamiques participent de la respiration habituelle de la société politique, en Afrique, il pourrait s’en suivre des crispations de nature à transformer le champ politique en théâtre d’affrontements susceptibles de générer de graves périls pour la cohésion sociale.
Le vaste mouvement de démocratisation dans lequel l’Afrique s’est engagée au début des années 90 avait pourtant posé des jalons institutionnels modernes pour une expression libre des idées ou des projets de société, bien évidemment dans les limites autorisées par les dispositifs législatifs et réglementaires. Mais le constat qui s’impose depuis au moins une décennie, c’est de relever qu’à un moment ou à un autre de leurs parcours sur la scène politique nationale, avant d’arriver au fauteuil présidentiel pour ceux qui y parviennent, certains opposants font un détour par la case prison.
Détente politique
Les cas les plus récents et les plus préoccupants retiennent notre attention. Il est d’emblée important de préciser qu’il ne s’agit pas ici pour nous de refaire les procès au terme desquels certaines de ces figures politiques ont été condamnées, parfois à de très lourdes peines de prison. Ou de nous prononcer sur les chefs d’inculpation pour lesquels ils ont été attraits devant la justice.
Notre démarche s’inscrit dans le souhait de voir quelques-uns des pays africains où ont cours les situations politiques que nous évoquons parvenir à une détente politique durable.
Dans ce sillage, les régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont une trajectoire toute particulière. Ce ne serait guère leur faire injure que de relever qu’ils ont ostensiblement tourné le dos au système politique démocratique, dans la mesure où les formations politiques ont été quasiment toutes dissoutes et l’organisation d’élections est repoussée aux calendes grecques, un rituel politique que même les régimes de parti unique en Afrique n’avaient guère banni. Dès lors, comment envisager la libération de grandes figures politiques ou de la société civile comme Moussa Mara et Choguel Kokala Maïga au Mali, Moussa Tchangari au Niger, Guy-Hervé Kam au Burkina Faso ? Seul l’humanisme des chefs d’État actuellement au pouvoir pourrait rendre possible leur élargissement.
Vecteur de cohésion nationale
Même si leur liberté ne pourra objectivement pas se traduire par leur retour dans le jeu politique, car désormais réduit à l’exercice solitaire du pouvoir des régimes militaires aux affaires. Il n’en demeure pas moins que ces personnalités politiques ou de la société civile représentent des courants d’opinion, des mouvements de pensée qui, certes, sont condamnés à faire actuellement profil bas, mais ne demeurent pas moins nécessaires à la construction de la cohésion nationale. Pour les pays de l’AES, il est d’autant plus vital de créer un rassemblement le plus large possible de la nation que leur véritable ennemi commun, et depuis plusieurs décennies, demeure le terrorisme djihadiste. Or, ces ennemis de l’extérieur qui sont aux portes et même à l’intérieur du pays, mettent à contribution ces dissensions internes pour tisser leur toile ou l’agrandir.
Ailleurs sur le continent africain, notamment en Afrique subsaharienne francophone, il est sain pour la cohésion nationale de voir le Tchad et le Bénin s’engager sur la voie de la décrispation de l’espace politique et de la réconciliation des acteurs politiques autour de règles du jeu saines et consensuelles. Ces pays ont d’ailleurs à plusieurs reprises administré la preuve dans leur histoire politique qu’ils peuvent surmonter des divergences que certains observateurs extérieurs jugeaient irréconciliables, et ce pour l’intérêt supérieur de la Nation.
Au Bénin, il faut se souvenir de la rupture violente entre le chef de l’État Thomas Yayi Boni et son fidèle allié Patrice Talon, à tel enseigne qu’il dut prendre le chemin de l’exil. Mais cette parenthèse dramatique pour la démocratie béninoise fut close par une réconciliation entre les deux hommes, au terme de laquelle Patrice Talon put alors recouvrer ses droits civiques et politiques et se présenter victorieusement à l’élection présidentielle de 2016. Il y a donc lieu de souhaiter que son successeur, Romuald Wadagni, s’inscrive dans une trajectoire similaire, en élargissant ses concitoyens Reckya Madougou et Joël Aivo.
Au Tchad, le retour au pays de Succès Masra le 3 novembre 2023 après un exil consécutif aux manifestations dramatiques d’octobre 2022 semblait ouvrir une ère politique nouvelle pour le pays de Toumaï. Celle d’un jeu politique consensuel. Mais la soudaine dégradation de ses relations avec le chef de l’État Mahamat Idriss Deby Itno suite à l’élection présidentielle du 6 mai 2024, après la signature d’un « accord de réconciliation » avec le pouvoir de transition, demeure un mystère qui continue de susciter moult interrogations. Avec sa condamnation définitive à 20 ans de prison par la Cour suprême du Tchad, seule une grâce ou une amnistie présidentielles pourraient conduire à son élargissement. Succès Masra et plus de 70 autres personnes sont déclarés coupables d’avoir « diffusé des messages de nature raciste et xénophobe », d’« association de malfaiteurs » et de « complicité de meurtre », dans le cadre du massacre de Mandakao (sud du Tchad).
Dans un monde en proie à de profondes convulsions et qui nécessite dans chaque pays la mobilisation de toutes ses forces vives, il est indispensable que ces pays parviennent à un apaisement durable. Bien évidemment, pour y parvenir, il sera indispensable que chacune des parties fasse d’indispensables concessions dans l’intérêt de tous.
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