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Trois scrutins présidentiels majeurs viennent de se tenir en Afrique, tous au mois d’octobre. Chacun dans l’une des grandes régions du continent, à savoir le Cameroun pour l’Afrique Centrale, la Côte d'Ivoire pour l’Afrique de l’Ouest, la Tanzanie pour l’Afrique de l’Est. L'éditorial d'Éric Topona.. Il faut d’emblée observer que ces trois scrutins ont en commun de s’être déroulés sans grand suspense. Ce n’est pas faire injure aux institutions ni aux citoyens électeurs de ces pays d’affirmer que l’issue était connue d’avance. Au Cameroun, Paul Biya, 92 ans, après 43 années de pouvoir, était candidat à un huitième mandat. En dépit de son âge très avancé, de signes évidents de lassitude et d’un septième mandat durant lequel le Cameroun aura été gouverné « sous hautes instructions » et « en mode pilotage automatique», comme le lui reprochent nombre de ses compatriotes, il aura affronté l’adversité inattendue de son ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, démissionnaire à trois mois de l’échéance électorale. À l’issue d’une campagne électorale menée tambour battant, drainant dans ses meetings des dizaines de milliers de Camerounais, celui qui n’était alors que le challenger de Paul Biya n’aura pas attendu la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel pour se déclarer « largement » vainqueur du scrutin, sur la base des procès-verbaux qu’il aura publiés durant plusieurs jours sur les réseaux sociaux, invitant par ailleurs le chef de l’État sortant à reconnaître sa défaite. Mais, au bout du compte, les juges constitutionnels ont plutôt proclamé la victoire de Paul Biya. En Côte d’Ivoire, le suspense était encore moins grand. Le chef de l’État sortant, Alassane Ouattara, octogénaire, candidat à sa propre succession, en dépit des vives critiques de l’opposition et de nombre d’acteurs de la société civile qui ont jugé sa candidature contraire à la Constitution, l’a emporté avec un score à la soviétique, plus de 80 % des suffrages. Il faut relever que, comme au Cameroun, où les institutions en charge de la conduite du processus électoral avaient préalablement mis hors de course Maurice Kamto, le principal opposant à Paul Biya, tout semble avoir été fait pour une victoire à la Pyrrhus de Ouattara. Le leader du PDCI-RDA et candidat déclaré, Tidiane Thiam, a été écarté de la compétition par une décision de justice au sujet de son « ivoirité » jugée douteuse. Ce serpent de mer de la politique ivoirienne, qui a pourtant longtemps banni Ouattara de la course à la présidentielle en Côte d’Ivoire. Pis encore, Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro, tous trois sous le coup de lourdes condamnations de justice, n’ont pu faire acte de candidature, parce qu’inéligibles selon la Constitution ivoirienne. En Tanzanie, ce n’est pas seulement en excluant du scrutin les principales forces d’opposition que la présidente Samia Suluhu Hassan a été proclamée élue, le 29 octobre 2025, mais aussi pourrait-on dire, et sans céder à la caricature, en faisant un usage guerrier de la kalachnikov. Celle qui fut la vice-présidente de l’ex-chef d’État John Magufuli, décédé en fonction (le 17 mars 2021), réputé pour sa gouvernance vertueuse, a fait basculer le pays de Julius Nyerere dans un régime répressif d’une rare férocité. La répression consécutive aux manifestations de protestation contre sa réélection aurait fait des centaines de morts. Si, sur cette carte sombre et désespérante de la démocratie en Afrique, on peut citer l’exception notable du Malawi ou lors du récent scrutin présidentiel, le chef de l’État et candidat sortant a non seulement reconnu sa défaite, mais a félicité son successeur et s’est engagé à prendre toutes les dispositions pour lui faciliter la passation du pouvoir, pour le reste, force est de constater que, dans la quasi-totalité des pays africains, y compris ceux qui furent longtemps cités en exemple, on assiste au retour triomphal et parfois arrogant des hommes forts. Cette régression est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne d’un piétinement des libertés fondamentales et de toutes les dérives caractéristiques de la mauvaise gouvernance. Or, les défis colossaux auxquels l’Afrique est confrontée exigent une gouvernance plus inclusive et plus transparente..⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes
Il faut d’emblée observer que ces trois scrutins ont en commun de s’être déroulés sans grand suspense. Ce n’est pas faire injure aux institutions ni aux citoyens électeurs de ces pays d’affirmer que l’issue était connue d’avance.
Au Cameroun, Paul Biya, 92 ans, après 43 années de pouvoir, était candidat à un huitième mandat. En dépit de son âge très avancé, de signes évidents de lassitude et d’un septième mandat durant lequel le Cameroun aura été gouverné « sous hautes instructions » et « en mode pilotage automatique», comme le lui reprochent nombre de ses compatriotes, il aura affronté l’adversité inattendue de son ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, démissionnaire à trois mois de l’échéance électorale. À l’issue d’une campagne électorale menée tambour battant, drainant dans ses meetings des dizaines de milliers de Camerounais, celui qui n’était alors que le challenger de Paul Biya n’aura pas attendu la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel pour se déclarer « largement » vainqueur du scrutin, sur la base des procès-verbaux qu’il aura publiés durant plusieurs jours sur les réseaux sociaux, invitant par ailleurs le chef de l’État sortant à reconnaître sa défaite. Mais, au bout du compte, les juges constitutionnels ont plutôt proclamé la victoire de Paul Biya.
En Côte d’Ivoire, le suspense était encore moins grand. Le chef de l’État sortant, Alassane Ouattara, octogénaire, candidat à sa propre succession, en dépit des vives critiques de l’opposition et de nombre d’acteurs de la société civile qui ont jugé sa candidature contraire à la Constitution, l’a emporté avec un score à la soviétique, plus de 80 % des suffrages. Il faut relever que, comme au Cameroun, où les institutions en charge de la conduite du processus électoral avaient préalablement mis hors de course Maurice Kamto, le principal opposant à Paul Biya, tout semble avoir été fait pour une victoire à la Pyrrhus de Ouattara. Le leader du PDCI-RDA et candidat déclaré, Tidiane Thiam, a été écarté de la compétition par une décision de justice au sujet de son « ivoirité » jugée douteuse. Ce serpent de mer de la politique ivoirienne, qui a pourtant longtemps banni Ouattara de la course à la présidentielle en Côte d’Ivoire. Pis encore, Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé, Guillaume Soro, tous trois sous le coup de lourdes condamnations de justice, n’ont pu faire acte de candidature, parce qu’inéligibles selon la Constitution ivoirienne.
En Tanzanie, ce n’est pas seulement en excluant du scrutin les principales forces d’opposition que la présidente Samia Suluhu Hassan a été proclamée élue, le 29 octobre 2025, mais aussi pourrait-on dire, et sans céder à la caricature, en faisant un usage guerrier de la kalachnikov. Celle qui fut la vice-présidente de l’ex-chef d’État John Magufuli, décédé en fonction (le 17 mars 2021), réputé pour sa gouvernance vertueuse, a fait basculer le pays de Julius Nyerere dans un régime répressif d’une rare férocité. La répression consécutive aux manifestations de protestation contre sa réélection aurait fait des centaines de morts.
Si, sur cette carte sombre et désespérante de la démocratie en Afrique, on peut citer l’exception notable du Malawi ou lors du récent scrutin présidentiel, le chef de l’État et candidat sortant a non seulement reconnu sa défaite, mais a félicité son successeur et s’est engagé à prendre toutes les dispositions pour lui faciliter la passation du pouvoir, pour le reste, force est de constater que, dans la quasi-totalité des pays africains, y compris ceux qui furent longtemps cités en exemple, on assiste au retour triomphal et parfois arrogant des hommes forts.
Cette régression est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne d’un piétinement des libertés fondamentales et de toutes les dérives caractéristiques de la mauvaise gouvernance. Or, les défis colossaux auxquels l’Afrique est confrontée exigent une gouvernance plus inclusive et plus transparente.
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