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​​Faut-il supprimer le FCFA?

​​Faut-il supprimer le FCFA?. Article écrit par Éric Topona. Publié le 10 novembre 2025à 07h00

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

​Rarement dans l’histoire des relations internationales, une monnaie n’a autant suscité controverses et polémiques que le FCFA​, deux monnaies communes — une ​d​'Afrique de l'ouest (franc de la Communauté financière africaine) et une ​d​'Afrique centrale (franc de la Coopération financière en Afrique) — héritées de la colonisation française et utilisées par quatorze pays d'Afrique constituant en partie la zone franc.​ Éric Topona.. On se souvient encore d’un ancien ministre italien de l’intérieur qui expliquait non sans caricatures et exagérations, les flux migratoires massifs et récurrents en provenance d’Afrique subsaharienne par le fait que la France maintenait dans la pauvreté ses anciennes colonies de cette région, par le biais d’une tutelle monétaire néocoloniale qui empêche de fait tout développement. Cette monnaie de singe, c’est ce qui fut à sa création « le franc des colonies françaises d’Afrique ». Il faut rappeler que le débat autour du maintien de l’usage de cette monnaie dans les anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne francophone est quasiment contemporain de l’accession de ces pays à l’indépendance, pour la plupart en 1960. Pour comprendre son actualité et les vifs débats qu’il suscite jusqu’à ce premier quart du XXIe siècle, il faut remonter au contexte dans lequel se sont effectués les processus de décolonisation. ​Quête d’autonomie La France du général de Gaulle, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, doit faire face aux revendications de plus en plus pressantes de ses anciennes colonies qui estiment et de bon droit, que le moment historique est venu pour qu’elles jouissent dans leurs territoires respectifs des idéaux de liberté et d’égalité pour lesquels elles ont combattu au prix du sang, au côté de la métropole coloniale et de ses alliés. Conscient que cette quête d’autonomie s’inscrit inexorablement dans le sens de l’Histoire, le général de Gaulle estime donc que le temps est venu pour la France de répondre favorablement à cette demande, mais de l’encadrer avec comme leitmotiv, la préservation des intérêts économiques, géopolitiques et géostratégiques de la France. C’est ainsi que sera créée l’Union France, un cadre de coopération entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne, au sein duquel seront posées les balises pour leur accession à l’indépendance. De toutes ces colonies appelées à se prononcer sur l’acceptation de cette modalité d’autodétermination​. Seule la Guinée d’Ahmed Sékou Touré répondra par un « Non » historique​ le 2 octobre 1958. Le franc des colonies françaises d’Afrique (FCFA), est l’une des conséquences des accords économiques et monétaires signés entre la France et ces pays nouvellement indépendants et qui demeure en vigueur, tout au moins pour ce qui concerne leurs dispositions essentielles. Anachronisme monétaire Ils sont nombreux, pas seulement dans ces pays africains et bien au-delà, qui estiment que l’heure est venue de supprimer ce qui à leurs yeux est un anachronisme monétaire, une traduction en actes de l’emprise néocoloniale que la France conserve sur les Etats d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale qui continuent de faire usage de cette monnaie. Si cette revendication a été mise en sourdine des années 60 jusqu’aux années 90, elle a repris de plus belle au début des années 2000, notamment à la faveur d’un immense besoin de refondation idéologique et sociétale exprimé par de larges pans des populations africaines, notamment sa jeunesse, les milieux universitaires, des leaders et faiseurs d’opinion, et de nombreux milieux politiques. L’ancien chef de l’Etat du Tchad, Idriss Deby Itno, ne faisait guère mystère de son accord pour une réforme en profondeur des accords qui instituent cette monnaie. Bien plus, la suppression pure et simple du FCFA est l’une des revendications phares des néo-panafricanistes actuels, lesquelles sont puissamment relayées dans les réseaux sociaux et autres plateformes numériques d’information. Des avancées majeures La France n’a pas été sourde à cette revendication. Des avancées ont été faites même si elles demeurent selon certains observateurs de l’ordre du symbole. Pour lui ôter sa connotation néocoloniale, une mue a été faite quant à sa dénomination. Désormais le FCFA, c’est « le franc de la communauté financière africaine ». Par ailleurs, en Afrique de l’Ouest, notamment dans la zone UEMOA​ (Union économique et monétaire ouest-africaine), une démarche est amorcée pour un passage du FCFA à l’ECO, au sein d’une zone monétaire à laquelle seront intégrés les pays anglophones de la région.​ La mise en service de ​l’ECO est prévue pour l’année 2027.​ Du moins théoriquement. Passions idéologiques Ces aménagements jugés cosmétiques par les contempteurs les plus virulents du FCFA sont loin de leur donner satisfaction. Il y’a cependant lieu de noter que le débat sur la suppression du FCFA est entaché en Afrique de vives passions idéologiques et de manipulations géopolitiques, notamment de la part de certains activistes qui revendiquent un panafricanisme à la solde des intérêts russes en Afrique. Or, les questions monétaires sont d’une délicatesse telle que leur maniement hasardeux, idéologique ou opportuniste a conduit à l’effondrement de certains empires, voire de certains Etats. Par ailleurs, un décret ne suffit ​pas pour décider de dissoudre une zone monétaire ou de créer une monnaie nationale. Des garanties doivent être réunies en termes de gouvernance, de planification et de saine gestion de l’économie. Pour conclure, il est très important de relever que seuls 14 Etats en Afrique sont arrimés à cette zone monétaire. Les autres qui n’en font pas partie ne sont pas pour autant plus prospères que ceux-là ; bien au contraire, leurs performances économiques et en termes de développement économique et humain, sont parfois bien inférieures à celles de certains pays de la zone CFA..

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

​Rarement dans l’histoire des relations internationales, une monnaie n’a autant suscité controverses et polémiques que le FCFA​, deux monnaies communes — une ​d​’Afrique de l’ouest (franc de la Communauté financière africaine) et une ​d​’Afrique centrale (franc de la Coopération financière en Afrique) — héritées de la colonisation française et utilisées par quatorze pays d’Afrique constituant en partie la zone franc.​ Éric Topona.

On se souvient encore d’un ancien ministre italien de l’intérieur qui expliquait non sans caricatures et exagérations, les flux migratoires massifs et récurrents en provenance d’Afrique subsaharienne par le fait que la France maintenait dans la pauvreté ses anciennes colonies de cette région, par le biais d’une tutelle monétaire néocoloniale qui empêche de fait tout développement. Cette monnaie de singe, c’est ce qui fut à sa création « le franc des colonies françaises d’Afrique ».

Il faut rappeler que le débat autour du maintien de l’usage de cette monnaie dans les anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne francophone est quasiment contemporain de l’accession de ces pays à l’indépendance, pour la plupart en 1960. Pour comprendre son actualité et les vifs débats qu’il suscite jusqu’à ce premier quart du XXIsiècle, il faut remonter au contexte dans lequel se sont effectués les processus de décolonisation.

​Quête d’autonomie

La France du général de Gaulle, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, doit faire face aux revendications de plus en plus pressantes de ses anciennes colonies qui estiment et de bon droit, que le moment historique est venu pour qu’elles jouissent dans leurs territoires respectifs des idéaux de liberté et d’égalité pour lesquels elles ont combattu au prix du sang, au côté de la métropole coloniale et de ses alliés. Conscient que cette quête d’autonomie s’inscrit inexorablement dans le sens de l’Histoire, le général de Gaulle estime donc que le temps est venu pour la France de répondre favorablement à cette demande, mais de l’encadrer avec comme leitmotiv, la préservation des intérêts économiques, géopolitiques et géostratégiques de la France.

C’est ainsi que sera créée l’Union France, un cadre de coopération entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne, au sein duquel seront posées les balises pour leur accession à l’indépendance. De toutes ces colonies appelées à se prononcer sur l’acceptation de cette modalité d’autodétermination​. Seule la Guinée d’Ahmed Sékou Touré répondra par un « Non » historique​ le 2 octobre 1958.

Le franc des colonies françaises d’Afrique (FCFA), est l’une des conséquences des accords économiques et monétaires signés entre la France et ces pays nouvellement indépendants et qui demeure en vigueur, tout au moins pour ce qui concerne leurs dispositions essentielles.

Anachronisme monétaire

Ils sont nombreux, pas seulement dans ces pays africains et bien au-delà, qui estiment que l’heure est venue de supprimer ce qui à leurs yeux est un anachronisme monétaire, une traduction en actes de l’emprise néocoloniale que la France conserve sur les Etats d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale qui continuent de faire usage de cette monnaie.

Si cette revendication a été mise en sourdine des années 60 jusqu’aux années 90, elle a repris de plus belle au début des années 2000, notamment à la faveur d’un immense besoin de refondation idéologique et sociétale exprimé par de larges pans des populations africaines, notamment sa jeunesse, les milieux universitaires, des leaders et faiseurs d’opinion, et de nombreux milieux politiques. L’ancien chef de l’Etat du Tchad, Idriss Deby Itno, ne faisait guère mystère de son accord pour une réforme en profondeur des accords qui instituent cette monnaie. Bien plus, la suppression pure et simple du FCFA est l’une des revendications phares des néo-panafricanistes actuels, lesquelles sont puissamment relayées dans les réseaux sociaux et autres plateformes numériques d’information.

Des avancées majeures

La France n’a pas été sourde à cette revendication. Des avancées ont été faites même si elles demeurent selon certains observateurs de l’ordre du symbole.

Pour lui ôter sa connotation néocoloniale, une mue a été faite quant à sa dénomination. Désormais le FCFA, c’est « le franc de la communauté financière africaine ». Par ailleurs, en Afrique de l’Ouest, notamment dans la zone UEMOA​ (Union économique et monétaire ouest-africaine), une démarche est amorcée pour un passage du FCFA à l’ECO, au sein d’une zone monétaire à laquelle seront intégrés les pays anglophones de la région.​ La mise en service de ​l’ECO est prévue pour l’année 2027.​ Du moins théoriquement.

Passions idéologiques

Ces aménagements jugés cosmétiques par les contempteurs les plus virulents du FCFA sont loin de leur donner satisfaction.

Il y’a cependant lieu de noter que le débat sur la suppression du FCFA est entaché en Afrique de vives passions idéologiques et de manipulations géopolitiques, notamment de la part de certains activistes qui revendiquent un panafricanisme à la solde des intérêts russes en Afrique.

Or, les questions monétaires sont d’une délicatesse telle que leur maniement hasardeux, idéologique ou opportuniste a conduit à l’effondrement de certains empires, voire de certains Etats. Par ailleurs, un décret ne suffit ​pas pour décider de dissoudre une zone monétaire ou de créer une monnaie nationale.

Des garanties doivent être réunies en termes de gouvernance, de planification et de saine gestion de l’économie.

Pour conclure, il est très important de relever que seuls 14 Etats en Afrique sont arrimés à cette zone monétaire. Les autres qui n’en font pas partie ne sont pas pour autant plus prospères que ceux-là ; bien au contraire, leurs performances économiques et en termes de développement économique et humain, sont parfois bien inférieures à celles de certains pays de la zone CFA.

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